LIVRE I, CHAPITRE III
pouvoir révocable à tout moment, c'est-à-dire une autorité précaire, telle que fut autrefois la royauté des Vandales en Afrique et des Gothsen Espagne (*), ces peuples déposant leurs rois toutes les fois qu'ils leur déplaisaient (") (Progope, Vandal., I; Aimoïn.. liv. II, ch. xx; liv. IV, ch. xxxv). Chacun des actes de ces chefs peuvent être annulés par ceux qui leur ont concédé la puissance à titre révocable ; et comme l'effet n'est plus le même, ce n'est plus le même droit.
XII. — 1 . Quant à ce que j'ai dit qu'il y a des souverainetés possédées en pleine propriété, c'est-à-dire qui se trouvent dans le patrimoine de celui (|ui gouverne, certains savants combattent cette proposition par l'argument que les hommes libres ne sont pas dans le commei'ce{F7'anc.Holo7nan, quxst. .illuslr.qu. 1 ) .Mais de même qu'autre chose est la puissance dominicale, autre chose la puissance royale, de même la liberté personnelle est différente de la liberté civile, la liberté de chacun en jjarticulier est autre que la liberté de tous en général. Les stoïciens disaient qu'il y avait une sorte d'esclavage dans la sujétion (Diog. Laert.) , et dans les Écritures sacrées les sujets sont appelés esclaves du roi ^I Samuel, XXII, 28; Il irf., X, 2; I Rois, ix, 22). C'est ainsi que Tite-Live fait l'opposition suivante : « Ils demandaient un roi, n'ayant pas encore éprouvé la douceur de la liberté (liv. I). » Le même historien dit : «qu'il paraissait indigne que le peuple romain servant sous les
(*) C'est la trace (l'un antique usage. Voir Mariana, lib. XVI.
Grotius. •
(") rocopc {Gothic, lib. Il) rapporte la même chose des Ilérules ; Paul Wariicfrid (lib. IV et VI), des Lombards ; Ammien Marcellin (lib. XXVlll), des Bourguignons ; Laonic. Cbalcocondyl., des Moldaves; Joan. Léo (lib. VII), du roi d'Agade en Afrique. Parmi les Norwégiens, quiconque avait tué le roi devenait roi lui-même (Gulielm. Neubri^.). On trouve la même chose dans les frugmenls de Dion, au sujet des Quadeset des Jazygiens. Grotius.
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rois n'ait été attaque dans aiuniiic guerre et par aucun ennemi, et que le même peuple devenu libre lïit investi par les Etrusques (liv. 11). » Ailleurs il ajoute ()ue « le peuple romain n'était pas sous des rois, mais (ju'il était libre.» Dans un autre endroit il oppose les nations libres aux nations vivant sous des rois (*). Gicéron avait dit « qu'où bien on ne devait pas chasser les rois, où bien on devait donner au peuple une liberté de fait et non nominale» (liv. 111, des Lois). Après ces auteurs c'est Tacite (jui dit (pie « dans le principe la ville de Rome fut possédée par des rois; L. lîrutus institua la liberté et le consulat {A)uial. 1). » Ailleurs il déclare (|ue « la liberté des Germains était plus rij^idc <|ue la royauté d'Arsace» {Mœurs des Gcim.). Arrien, dans son histoire des Indiens, parle «des rois et des lOtats libres. » Gécina, dans Sénccpie, parle de « foudres royales (pii frappent le lieu où s'assemblent les comices, ou les places principales d'une ville libre', ce (pii signilie
(*) « Ce Tcrès, père de Sitalccs, fut le fondateur de l'empire des Odryses, dont il étendit la domination sur In majeure jiartie de la Thracc, quoiqu'un grand nombre do Thraces soient encore indé|icndants » (Thucydide) (a). Senèquc le père disait que « dans une cité libre on ne donne pas son avis de la même manière qu'on le donne sous les rois » (Suasor. ,1). Josèplie s'exprime ainsi : « Cbez les rois et chez les peuples libres. » (Hist. anliq., lib. XIII). Cicéron dit: «Les secours fournis par les peuples libres et les rois alliés » (Epist. xv, k). « Les habitants des montagnes, dit Pline, qui sur une longue ligne côtoient les rivages de la mer, libres et exempts de rois, etc. » (lib. VI, cap. xx, De Indis). Grotius.
' Cette singulière citation est em|(runtée aux Questions naturelles de Sér^èque, liv. II, cap. xlix. Le philosophe s'occupe dans ce livre II, de l'air, des nuages, des éclairs, de la foudre. Il parle de la doctrine des Toscans sur les augures ; et il conclut en disant (ju'il ne faut pas plus craindre la foudre que tout autre d.inger de mort. « Ainsi, toutes les foudres, dit Sénèque, en examinant l'opinion de certains anciens, et tous les événements ont leur jour maripié... Si je voulais Iraiter à part chacun
(a) Histoire de la guerre du l'clopnnrsc, liv. 11, cliaj). xxix, Iraduclion de A. Bétanl, édil. Ilacliullo, 1863, p. 91. P. V. K.