‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 137 sur 294 · LIVRE 1, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE

Justin (liv. V] parle ainsi de Darius: «Il légua par testament son royaume à Artaxercès, et à Cyrus les villes dont il était gouverneur. » On doit pareillement présumer (jue les successeurs d'Alexandre (*.) lui succédèrent, chacun pour sa part, dans le droit de propriété (pi'il avait sur les peuples qui avaient été sous la domination des Perses, ou que même ils s'en attribuèrent la souveraineté par le droit de la victoire. Aussi ne faut-il pas s'étonner s'ils s'attribuèrent le pouvoir (l'aliéner.

5. De même lorsque le roi Attale ("), fils d'Eumènc, eut lait par testament héritier de ses biens le peuple romain, ce dernier comprit dans le mot biens, même la souveraineté. Florus dit à ce sujet (liv. II) : « Après avoir accepté l'hérédité, le peuple romain possédait cette province, non en vertu du droit de la guerre et des armes, mais, ce qui est plus équitable, en vertu du droit du testament. » Quand, dans la suite, Nicoinède, roi de Dithynie (***), eut en mourant institué le peuple romain pour héritier, son royaume fut réduit en province romaine. Gicéron en parle ainsi dans son second discours contre HuUus : « Nous avons accepté un héritage : le royaume de Bithynie. » Une partie de la Libye, la Gyrénaïque ("**), fut de la même ma-

nii (l'Epire, la ville de Corcyre, qu'Agalhocle, son père, avait conquise. (Plulaniue, l'yrrli.). Grotius.

(•) Ammien Marcellin dit.cn parlant de la Perse, quoique peu exactement selon la vérité de l'histoire ; « qu'Alexandre le Grand donna -par testament tout ce royaume à un de ses successeurs » (lib. XXIII). Grotius.

(•*) Suivant Valère Maxime, ce fut par reconnaissance qu'Attale légua l'Asie au peuple romain. On trouve dans Plutarque que Sertorius disait a celle occasion, que « le peuple romain était à très-juste titre maître de ce pays. » Grotius.

(***) Voyez Appien, Bell. Mithridat., et Civil, lib. I. Grotius.

(*•**) Où se trouvaient les villes de Dérénice, Ptolémaïs, Cyrène {Eutrope, lib. VI) Grotius.

238 LE DROIT DE LA «l'ERRE ET DE J-A l'AlX.

nière laissée par testament au même peuple par le roi Appioii '.

G. Tacite, dans le livre XIY do ses Annales, fait mention des terres qui avaient appartenu autrefois au roi Appion (*), et qui ont été léguées au peuple romain

' Grotius, dit VaUel, nous donne de longues cniiméralions d'aliénations de souverainetés. « Mais lesexeii)|iles ne prouvent souvent que l'aljus du pouvoir, et non jias le droit. Et puis, les iicuples ont consenti à l'aliénation de gré ou de force. Qu'eussent fait les liabitants de Perpanic, de la Bitliynie, de la Cyrénaniue, lors(iue leurs rois les donnèrent par testament au peuple romain? Il ne leur restait (jue le parti de se soumettre de bonne grâce à un légataire si puissant. Pour alléguer un exemple capable de faire autorité, il faudrait nous citer celui de queUiue jieuple résistant à une semblable disposition de son souverain, et condamné généralement comme injuste et rebelle. » (Le Droit des gens, liv. 1 , cliap v, édit. Guillaumain, t. I, p. '138.) V. P. Iv

(') Appien {Bell, ilithrid.), dit ([u'Appion, bâtard de la race des Lagides, laissa par son testament le pays de Cyrcnes an peuple romain. « JVous avons acquis, dit Ammien Marcellin (lib. XXII), l'ariilc Libye, en vertu de la volo7Ué dernière durai Appion; et nous avons obtenu Cyrèncs avec les autres villes qui forment la pcntapole de la Libye, grâce à ta libéralité de Plolémée. » Le roi de Cyrcnes se nommait Appion et Ptolémée (voir le sommaire du livre LXX de Tite-Live). Le même Appion avait reçu le royaume de Cyrcnes par le testament de son père, au rapport de Justin (lib. XXXIX). Il est fait mention dans la chronique d'Eusèbe, sur l'an 1962, de l'autre Appion dont parle Ammien Marcellin, qui avait établi le jieuplc romain héritier des pays arides de la Libye. 'Ajoutez à cela ce que raconte Procope {De a'di/.) du roi Arsace, qui partagea l'Arménie de telle sorte, (ju'il en donna la plus grande portion à son fils Arsuce, et la plus petite à Tigrane. Nous apprenons de Josè|ibe, qu'AugusIe ayant accordé à Hérode de laisser son royaume à celui de ses enfants qu'il voudrait, Ilérode changea plusieurs fois son testament {Ilist , Antiq. Wh. XV et XVi). C'était la coutume des rois goths et vandales, de disposer des pays qu'ils avaient comiuis j^ar les armes. Le vandale Gizéric disposa par testament de l'Espagne (i'rocope, Va)tdalic., lib. I). Theudéric donne pour dot à sa sœur Aniaicsfrides le pays de Lilybée en Sicile (Id., ibid ). Le même usage est établi parmi d'autres nations. Pépin partagea entre ses enfants l'Aquitaine, qu'il avait conquise à la guerre ^Frédég., Cbron., in fine). On voit des dispositions tcslamen-

Page 1