LIVRE I, GHAPITR]: III
autres, mais (ju'ils n'ont pas à se préoccuper si les citoyens de l'un des États alliés se nuisent entre eux.
(S. On objecte ordinairement encore que, dans les histoires, on applique souvent le mot do conmiandcr à l'allié supérieur, et celui d'obéir à l'allié inférieur. Mais cela ne doit pas nous toucher; car il s'agit ou des affaires qui regardent le bien commun des alliés, ou de l'intérêt particulier de celui qui est le supérieur dans le traité. Dans les affaires communes des alliés, en dehors du temps où ils sont assemblés, (|uand même l'alliance est égale, celui qui a été choisi pour chei" de la confédération — « chef de Vaillance » (Daniel, cap. xi, vers. 22) — connnande habituelleuient aux alliés. C'est ainsi qu'Agamenuion a commandé aux rois grecs, et dans la suite les Lacédémoniens, puis les Athéniens, aux Grecs. Nous lisons dans le discours des Corinthiens, reproduit par Thucydide : « 11 convient que ceux auxquels un traité confère la supériorité ne s'arrogent aucun privilège quand il s'agit de leurs intérêts particuliers, mais que pour le soin des affaires comnmnes ils aient la prééminence sur les autres. » Isocrate dit que les anciens Athéniens avaient eu la conduite de la guerre, « ayant le maniement des affaires de tous les alliés, mais de manière à leur laisser leur liberté entière. » « Ils pensaient, ajoute-t-il ailleurs, ([u'ils devaient avoir le commandement de la guerre, mais non pas la domination sur leurs alliés. » « Ils agissaient, dit-il encore, en alliés et non en maîtres. » Ce droit de l'allié principal, les Latins le désignent par le terme de commander; les Grecs, par l'expression plus modeste de régler. Les Athéniens, rapporte Thucydide, ayant été chargés de conduire la guerre contr(! les Perses, « réglèrent quelles villes devaient fournir de l'argent pour cette expédition, et devaient donner des navires. » On disait de même au sujet de ceux qu'on envoyait de Rome dans la Grèce, qu'ils al-
•278 LE liRÛlT DE LA GUERRE ET TtE LA PAIX.
laient pour régler l'état des villes libres (*). Or, si celui qui n'est que le cliet" de la conledération agit ainsi, il n'est pas étonnant que dans une alliance inégale celui qui a la prééminence en vertu du traité iasse la même chose. Le droit de commander, entendu de cette manière, c'est-à-dire Vhégémonic, ne supprime pas la liberté des autres. Les Uiiodiens s'e\|)rinient ainsi dans leur harangue au sénat romain, rapportée par Tite- Live : « Les Grecs mettant autrefois sur i)icd leurs troupes nationales, en retenaient aussi le connnandement; ils souhaitent maintenant que le commandement demeure toujours (tù il se trouve. 11 leur sullil de nuiintenir leur liberté par vos armes, puis((u'ilsne peuvent plus le l'aire par les leurs propres » (Lib. XXX VU). Diodore raconte de même ([u'après (|ue les Tbébains eurent repris la Gadmée, plusieurs cités greccpies convinrent <|ue «-toutes seraient libres, mais (jue les Athéniens auraient la conduite de la guerre » (Lib. XV). Dion de Pruse dit à propos des mêmes Atbéniens, du temps de Philippe de Macédoine, « qu'à cette époque ils avaient renoncé au connnandement de la guerre, et ne retenaient ciue leur seule liberté. » César aussi, après avoir cité des peuples qui se trouvaient placés sous le commandement des Suèves, les appelle bientôt après leurs alliés '.
9. Pour ce qui est des choses qm regardent l'intérêt particulier du supérieur, ses demandes passent habituellement pour des ordres, non (ju'il ait le droit d'ordonner, mais parce que ses volontés sont suivies de leur
(•) Pline, Epistol. viii, 24. Grotius.
' Grotius, Iroiiipé \n\r sa mcinoire, met ici les Suèves, au lieu des Ncrviens. Voir : De hell. Gallic, lib. V, cap. xxxix. Gioiiovius reinaniuc encore que ce n'est pas le mot ii'itnperiHin qui se prciiil ici dans un sens impropre, puis(|ue les peuples dont il s'aj^it, éUiicnl vérilalileinent dépendants des Nerviens; mais le titre d'alliés (|ue les l{o(i\j)ins donnaient même quelquefois aux peuples de leurs provinces. (BarbeyracJ