‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 161 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

aussi ce vers : « Les fautes commises par un roi doivent passer pour' des faits méritoires. » Sénèque avait dit « qu'il faut subir le pouvoir juste ou injuste du prince. » Il avait pris cette pensée à Sophocle, suivant lequel « on doit obéir à celui que l'État a placé à la tête du pouvoir, dans les plus petites choses, dans celles qui sont justes et celles ([ui ne le sont point. » Voyez également ce passage de Salluste : « Agir en tout avec impunité, c'est être roi f) '. »

.']. Delà vient ([ue la majesté, c'est-k dire la dignité soit du peuple, soit de l'individu ([ui exerce le pouvoir souverain, se trouve partout défendue par tant de lois, tant de sanctions; elle ne pourrait pas se manitenir, si on avait laissé à chacun la liberté de la résistance. Le soldat ([ui a résisté au centurion qui veut le châtier, est, s'il a retenu le bâton, placé dans un rang inférieur; s'il l'a brisé avec intention, ou s'il a porté la main sur le

(*) A cela se rapportent les paroles de Marc-Antoine, que nous avons déjà citées, d'après Josèplic. Grotius.

' Grotius, suivant sa coutume, a multiplié sur ce point encore les citations d'auteurs , et, comme il l'a fait trop souvent, il a forcé le sens des passages pour prêter aux auteurs des pensées qui ne leur appartenaient pas. On en jugera par la citation d'Euripide. Polynice s'excuse auprès de sa mère, de ce que pour s'ouvrir un chemin vers sa patrie, il avait épousé la fille d'Adraste, roi d'Argos. Il décrit toutes les douleurs de l'exil, au nombre desquelles il place celle « d'être réduite supporter les bizarreries et les folies de ceux qui régnent » dans les lieux où l'on s'est réfugié. Il s'en faut donc de beaucoup qu'il veuille parler d'un droit qu'auraient les rois de commettre impunément des folies. Quand à la phrase de Salluste, riiistoricn latin la pince dans la bouche du tribun Memmius, grand défenseur de la liberlé publique. Ce tribun n'a certes point la pensée de donner aux rois le droit de faire tout impunément: « Si ces crimes ne sont lias poursuivis, s'écrie-t-il, s'il n'est pas fait justice des coupables, il ne nous reste plus qu'à vivre en esclaves et en sujets ; car faire impunément tout ce qu'on veut, c'est être vraiment roi m (Guerre de Jugurtha, chiip. xxxi). La proposition de Memmius est une exagération de tribun, et rien de plus. Nous avons cru devoir rétablir ces faits, pour l'honneur d'Euripide et de Salluste. P. P. F.

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centurion, il est puni de mort {Ditj., l. mililcs...^ § irrcr verens. De rc niiliL; Rufus,dc Icgib. militarihus, Cdi^. xv) '. On lit dans Aristote que « si un magistrat a irappé quelqu'un, celui-ci ne doit pas le frapper à son tour 2. »

m. — Dans la loi liébraï([ue, celui-là est condamné à mort, qui a désobéi soit au grand ponlile, soit à celui qui a été extraordinaircment établi par Dieu pour gouverner le peuple (Deuter. xvn, 12; Josué i, 18). Pour ce qui est des paroles de Sanmel, touchant le droit du roi (I Samuel, vni, u), si on examine bien le passage, on trouvera qu'il ne laut l'entendre ni d'un véritable droit, c'est-à-dire du pouvoir de l'aire (juelque chose honnêtement et légitimement, car dans l'endroit de la loi qui traite des devoirs du roi, on lui prescrit une toute autre manière de vivre (Deuter. xvn, 14); ni d'un simple pouvoir de fait, — car il n'y aurait rien là de remarquable, puisque les jjarticuliers se font aussi très-souvent du tort les uns aux autres; — mais il s'agit d'un acte (jui est revêtu de quelque effet de droit ', c'est-à-dire qui emporte

< Digeste, lib. XLIX, lit. XVI, De re militari, I. XIII. P. P F.

2 « Il y a bien des cas où ccUe maxime (la maxime de Hhadamanle) ne saurait s'appliquer : par exemple, si un magistral frappe un siniide citoyen, il ne faut pas qu'on le frappe à son tour; et si le citoyen frappe un magistrat, il ne suffit pas qu'il soit frappé de la même manière, il faut encore qu'il soit puni » {La Morale d'Aristole, liv. V, cli. v, traduct. de Thurot; Paris, édil. Firmin Didot, 182:5, p. 2I;î). Il ne s'agit ici, on le voit, que de l'explication de la loi du talion, et nullement de la question de résistance.

Sur le droit de résistance individuelle contre les actes illégaux de l'autorité, voir la note que nous avons écrite sur le g 54 du liv. I, cliap. iv, du Droit des Gens de Vattcl, édit. Guiilaumin, 1&G3, t. 1, p. 202 et suiv. P. P. F.

' Voici le pas^age de Samuel : « Le roi qui vous commnn<Iera, prendra vos nis et les mettra sur ses chariots, et parmi ses gens de cheval, et ils courront devant son charriot. Il les prendra aussi... pour faire son labourage, pour faire sa maison et pour faire ses instrunienis de guerre... Il prendra aussi vos filles pour en faire des parfumeuses, des cuisinières et

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