‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 163 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

consiste dans la félicité de ses sujets. « Ayez à qui commander, » disait quelqu'un (*). C'est un proverbe chez les Hébreux, que « s'il n'y avait pas de puissance publique, on se dévorerait tout vif l'un l'autre. » La même pensée se trouve dans Glirysostôme : « S'U n'y avait pas de magistrats dans les cités, nous vivrions une vie plus sauvage que celle des bêtes farouches, ne nous entre-mordant pas seulement, mais encore nous entre-dévorant réciin'oquement (**). »

3. Que si quelquefois les conducteurs de l'État se laissent détourner par une crainte excessive, par la colère ou par d'autres passions, de la droite voie qui mène à cette tranquillité, cela doit être regardé comme un cas excoplioimel que compensent, selon l'expression de Tacite, des faits meilleurs. Or, les lois ont assez à faire de pourvoir à ce qui se présente le plus souvent, comme disait Théophraslc (To y'^'P Dig. de Legib. — L. III, in

fine, Dig. de pel. hered.K) ; à quoi se rapporte cette parole de Gaton : « Il n'y a pas de loi qui réponde conlplétement à tous les besoins ; on ne demande qu'une seule chose, c'est que la loi soit utile à la majorité et en général » (TiT.-Liv., lib. XXXIV). Quant aux choses qui arrivent ra-

(*) Celle parole fui dite à Sylla, d'après Plularque, Florus el d'aulres ailleurs, auxquels Augustin l'a empruntée, De Civitate Dei, lib. III, cap. XXVIII. Grotius.

(**) Elle se trouve: De statuis, VI. « Supprimez les tribunaux, dit encore le même père, et vous enlevez à la vie toute tranquillité. » Ne me dites pas, ajoute-t-il, qu'il y en a qui abusent de leur autorité ; mais considérez la beauté de l'établissement en lui-même, et vous admirerez la grande sagesse de celui qui en a été le premier auteur. » « Si vous ôlez les magistrats, dit-il encore, tout est perdu. 11 n'y aura plus ni villes, ni champs, ni places pubiiiiues, ni quoique ce soit; tout sera bouleversé, el le plus faible sera dévoré par le plus fort » [In epist. ad Romanos). On trouve la même penséewur l'Épitre aux Éphésicns, cap. v. ~ Grotius.

* Digeste, lib. I, lit. III, De Lcgibus, etc., 1. VI. Voir aussi lib. V, lit. IV, Si pars hcvreditotis prtatur, I. III, in fine. fC.VKBEVRAc);

rement, elles doivent être régies par les règles communes, parce que'quand même l'intention de la loi ne peut s'appliquer précisément à tel l'ait particulier, elle subsiste pourtant dans sa généralité, et il est juste que les choses particulières y soient soumises. On y trouVe, en effet, plus d'avantages que de vivre sans règle, ou de laisser chacun libre de s'en prescrire une selon son caprice. «Il valait mieux, dit ii ce sujet et avec à propos Sénèque, rejeter un petit nombre d'excuses môme fondées, que de permettre à tous d'en hasarder de mauvaises. » (Lib. VII, de Bencf., c. xvi) '.

4. On doit encore citer ici les paroles suivantes de Périclès, qu'on ne saurait assez reproduire, et qui se trouvent dans Thucydide (*) : « Pour ma part j'estime

• Je crois devoir Ininscrire ici le jiassapc (1« Sénèque, pour l'inlelligence du Icxle. Il s'agit de savoir si « celui (|ui a loui fait pour payer sa dette, l'a payée? » « Dans toute question, dit le philosophe, ayons en vue l'intérêt social. Il faut fermer aux ingrats toute excuse qui pourrait leur être un échappatoire, un prétexte à nier leur dette. Tu as tout fait, dis-tu ; eh bien ! fais encore. Crois-tu nos pères assez peu sensés pour n'avoir pas compris qu'il est fort injuste de mettre sur la même ligne celui qui dissipe en débauches ou au jeu l'argent reçu de son tl éancier, et l'homme à qui un incendie, un vol ou quelque autre accident fâcheux font perdre le bien d'autrui avec le sien ? S'ils n'ont admis aucune excuse, c'était pour apprendre aux hommes qu'ils doivent à tout prix tenir leur parole. Car il valait mieux rejeter un petit nombre d'excuses même fou dées, que de permettre à tous d'en hasarder de mauvaises. Tu as tout fait pour rendre. Cela doit suffire à ton bienfaiteur; pour loi, c'est trop peu. (De Benef., lib. VIF, cap. xvi ; Œuvres complètes, traduc. nouvelle, par J. Baillard, édit. Hachette, l8(iU, t. F, p. 490.) \\ P. F.

(*) Lib. FI (a). Ce passage est d'accord avec la pensée suivante d'Ambroise {De Offic, lib. III) : « L'inlciêt individuel est le même que l'intérêt général. » Les jurisconsultes disent aussi : « On doit toujours observer, non pas ce qui intéresse chaque associé en particulier, mais ce qui est avantageux pour l'ensemble de la société. » (Loi : actiones..., g Labeo.

(a) Thucydide, Histoire de ta guerre du Pcloponcse, liv. \\ cap. Lx; iraduclion nouvelle de A. Bêlant, édition HaclicUc, IRG^, p. lO.'i V. P. V.

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