‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 164 sur 294 · LIVRE I, GllATITRE lY · texte numérisé non relu

LIVRE I, GllATITRE lY

que les individus sont plus heureux dans une ville dont l'ensemble prospère, que si l'individu prospère et l'Étal dépérit. L'individu, quel que soit son bien-être, n'en est pas moins, nécessairement, enveloppé dans le désastre de sa patrie; tandis que, s'il éprouve des revers personnels, il a dans la prospérité publique plus de chances de salut. S'il est donc vrai que l'État peut supporter les infortunes de ses membres, mais que ceux-ci ne peuvent supporter celles de l'État, notre devoir n'est-il pas de nous réunir pour sa défense, et de ne pas faire ce que vous faites, vous qui, atterrés parvos souffrances domestiques, abandonnez le salut commun?» Tite-Live exprime en peu de mots la même pensée (Lib. XXVI) :« Un État qui prospère met aisément les intérêts privés à couvert; en trahissant l'intérêt commun, c'est vainement que vous pensez mettre le vôtre propre à l'abri. » Platon avait dit au livre IV de son traité des lois, que « ce qui fait le lien des États, c'est le soin du bien public, et ce qui les détruit, c'est de ne penser (ju'à l'intérêt individuel; d'où la conséqence qu'il est plus avantageux pour l'État et pour les particuliers de pourvoir aux intérêts publics qu'aux intérêts privés. » Xénophon, de son côté, déclare que celui qui, dans une guerre, conspire contre le chef de l'armée, compromet, en agissant ainsi, sa propre vie. » On peut citer aussi Les paroles suivantes de Jamblique : « L'intérêt particulier n'est pas distinct de l'intérêt public; au contraire, le bien des individus se trouve contenu dans le bien général ; et comme à l'égard des animaux et de tous les autres êtres, la conservation des parties dépend de celle du tout, il en est de même dans un État '. »

Diq., pro socio. Ajoutez la loi unique, 'f, pénult,, au Code De Caducis, tollendis (a). Grotius.

' Ce passage que Grotius ne cite qu'en latin, n'est ni dans la tte de

(a) Dig., lih. XVII, lit. ii, pro socio, f. XXV, { 5. Code, lib. VI tit. li,/. unie. I U. P. p. F.

5, Or, «n matière de choses publiques, ce qui est sans contredit le plus important, c'est cet arrangement dont j'ai parlé, et suivant lequel les uns commandent et les autres obéissent. Il est incompatible avec la liberté que chaque particulier aurait de résister. J'expliquerai cela par un beau passage de Dion Gassius : « Je ne ])ensc pas qu'il soit convenable que celui qui gouverne l'État soit obligé de céder, ni qu'il y ait fiueUpie espérance de salut si ceux qui sont dans la situation d'obéir veulent commander. Considérez, en elîet, quel serait l'ordre dans une i'amillc, si les vieillards étaient méprisés par les jeunes; dans les écoles, si les maîtres devenaient l'objet de la risée des disciples; comment les malades reviendraient-ils à la santé, s'ils n'obéissaient pas en tout aux médecins; quelle sécurité auraient les passagers, si la foule des matelots méconnaissait les ordres de ceux qui dirigent le navire. La nature a voulu (jue ce soit une nécessité et une source de salut pour les hommes, que les uns commandent, et ([ue les autres obéissent '. »

Pytlmgore, ni dans le Protrepticon de Jamblique. Je l'ai enfin trouvé dans Slobée, où on le donne comme un fragment d'une lettre qui n'est point parvenue jusqu'à nous... Serin, xliv. De Maf/islratu, etc., p. 315, édit. Genève 1G09. (Uarbeyrac.)

' « La nature de la souveraineté et le bien de l'Ktat, ne souITrenl point, dit Vattel, que Us citoyens s'opposent au supérieur, toutes les fois que SCS commandements leur paraîtront injustes ou préjudiciables. Ce serait retomber dans l'état de nature, et rendre le gouvernement impossible. Un sujet doit souffrir avec patience, de la part du prince, les injustices douteuses et les injustices supportables : les premières, par la raison que quiconque s'est soumis à un juge, ne peut plus juger lui-même de ses prétentions; les injustices supportables doivent être sacrifiées h la paix et au salut de l'Ktat, en faveur des grands avantages (|uc l'on retire de la société. On jirésume de droit que tout citoyen s'est engagé tacitement à cette modération, parce que sans elle la société ne saurait subsister. Mais lorsqu'il s'agit d'injures manifestes et atroces, lorsqu'un prince, sans aucune raison apparente, voudrait nousôter la vie, ou nous enlever des ctioses dont la perle rend la vie amcre, qui nous disputera le droit de lui

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