LIVRE I, CHAPITRE IV
6. A Paul joignons l'apôtre Pierre, dont voici les paroles : « Honorez le roi. Serviteurs, soyez soumis à vos maîtres, avec toute sorte de crainte, non-seulement à ceux qui sont bons et équitables, mais même à ceux qui
résister? Le soin de notre conservation est non-seulement de droit naturel; c'est une obligation imposée par la nature. Aucun homme ne peut y renoncer entièrement et absolument. Et quand il pourrait y- renoncer, estil censé l'avoir Tait par ses engagements politiques, lui qui n'est entré dans la société civile que pour établir plus solidement sa projire sûreté?... Le prince qui viole toutes les règles, qui ne garde plus de mesures,... se dépouille de son caractère; ce n'est plus ([u'un ennemi injuste et violent, contre lequel il est |)crmis de se défendre... » (Le Droit des gens, liv. I, chap. IV, g 5i, t. I, p. 200, édit. Guillaumin).
Hâtons-nous d'ajouter que les lois duxix» siècle n'offrent plus l'exeml)le de CCS despotes sanguinaires, disposant à leur gré de la vie, de l'honneur et de la fortune de leurs sujets. L'Europe contemporaine est, nous l'avons déjà fait remarquer, presque tout enlièrc soumise au gouvernement nionarchiquc dit cotislitulionnel ou représentatif. La monarchie absolue ne subsiste plus guères qu'en Russie, dans l'Empire ottoman et dans les Étals pontificaux. En Angleterre, en Autriche, en Italie, en Espagne, en Prusse, dans les. États allemands, en Danemark, en Suède, les souverains gouvernent d'accord avec des chambres qui représentent la nation et contrôlent le pouvoir. Le régime constitutionnel est donc la forme du gouvernement de la plupart des nations modernes. Ses applications varient avec le caractère des peuples; mais on peut les ramener toutes à des bases communes : une monarchie héréditaire subordonnée à une constitution; deux chambres formant la représentation du pays et personnifiant, pour se faire contre-poids, l'une l'esprit de conservation, l'autre l'esprit de progrès; le chef de VÉiat régnant &ans gouverner; le gonvcrncmeut remis entre les mains de ministres responsables devant la nation ; les chambres exerçant le pouvoir législatif. Que si le gouvernement français est une monarchie absolue, c'est au moins une monarchie tempérée par une Constitution, et fondée sur la souveraineté populaire.
Instruits par l'expérience, éclairés par les lumières d'un siècle de progrès, contenus par l'opinion publique, avertis par les révolutions et dominés par la souveraineté du peuple, les rois contemporains ne peuvent plus être comparés à ceux des siècles précédents. Les pages de Grotius ne se rapportent plus à nos mœurs politiques modernes; et de ce long chapitre il ne reste plus rien, de nos jours, que le devoir du respect dû à la personne du chef de l'État, qu'il soit empereur, roi, ou président
sont durs. Gela tourne, en circf, à mérite, lorsque quelqu'un, dans la vue de plaire à Dieu, endure des maux qui lui sont injustement infligés. Car quelle gloire y at-il pour vous si, après vous être rendus coupables d'une faute, vous souffrez patiemment les coups dont vous êtes frappés? Mais si en faisant bien vous souffez avec j)atiencc de mauvais traiteinenls, cette résignation vous méritera grâce devant Dieu» (Epist. ii, 17, IcS) (*). L'Apôtre confirme ensuite ces paroles par l'exemple du Christ. La même pensée est ainsi exprimée dans les constitutions de Clément : « Le serviteur qui craint Uieu, veut du bien à son maître ([uoiqu'impie, ([uoi([u'injuste. » Il y a deux remarques à faire à ce sujet : l'une, que ce (pii est dit de la soumission due aux maîtres, quebpie durs (ju'ils soient, doit aussi se rapporter aux sujets à l'égard des rois, car ce qui suit est établi sur ce fondement, et ne regarde pas moins le devoir des sujets (juc celui des serviteurs. La seconde observation, c'est que la soumission qui est exigée de nous doit comprendre en même temps la patience des injures, comme on dit habituellement que cela doit avoir lieu vis-à-vis des parents : « Aime Ion pcrc^ s'il est juste; s'il ne l'est pas, supportc-lc[**). n On
d'un gouvernement républicain. Voir, suprà, y. 217, note l; p. 223, note 1; j). 225, note 1; et dans l'édition citée du Droit des gens de Vattel, t. 1, \). 202 et suiv., notre note sur le Droit de résistance. P. P. F.
(*) Terlullien dit (ju'en craignant les hommes on honore Dieu (De Pœnitent.). Grotius.
(**) Dans Térence [Ilccyr.), un jeune homme dit : « La piété m'ordonne, Parménon, de subir les outrages de ma mère. » Cicéron (prn Cluentio) est d'avis qu'il faut « non seulement garder le silence sur les injures qu'on reçoit de ses parents, mais encore les souffrir patiemment.» Chrysoslôme a de beaux passages sur cette maxime, tant dans sa prédication sur l'épilre à Timolhée (II), que dans sou livre V contre les juil's. On peut rapporter encore îci ce que dit Épictètc, et après lui Simplicius au suict des deux anses. (Irotius.