‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 170 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE IV. Sl · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV. Sl

Néanmoins j'oserais à peine condamner indistinctement soit les particuliers, soit une petite partie du peuple qui recourraient à la dernière ressource que leur laisse la nécessité, sans toutefois perdre de vue le bien public. David qui, à l'exception d'un petit nombre de faits, est représenté comme ayant vécu dans l'observation des lois, se lit escorter d'abord de quatre cents hommes, et d'un plus grand nombre ensuite (I Samuel, XXII, 2, et XXIII, 13). Quel était son but, si ce n'était de repousser les violences dont il aurait pu être l'objet? Mais remarquons en même lcmi)s (jucDavid ne prit point cette précaution, avant d'avoir été prévenu par Jonathas, et avant d'avoir été averti l)ar plusieurs autres indices que sa vie était menacée par Saul. De plus, il n'envahit pas de villes, il ne recherche pas l'occa&ion de combattre; mais il est en quête de retraites, tantôt se cachant dans des lieux écartés, tantôt vivant au milieu des peuples étrangers, et toujours avec le pieux scrupule de ne pas nuire à ses concitoyens.

5. La conduite des Machabées peut être comparée à celle de David; car l'excuse invoquée par quelques-uns en faveur de leur levée d'armes, et qui consiste à pré-

quc, plus ce qui court risque de périr est considérable, et plus l'équité veut qu'on restreigne les paroles de la Loi, pour autoriser le soin de la conservation d'une telle chose... » M. de Courtin traduit ainsi :« Pour moi, je n'ai point de peine à concevoir, que plus la chose que l'on conserve est considérable, plus l'exception que l'on met aux paroles de la Loi est équitable. » Il commente ainsi ce jiassage : « La chose que l'auteur entend est la personne du souverain, ou l'autorité souveraine (jui étant le ciment de la société civile, et par conséquent infiniment considérable, mérite par celle raison, selon toutes les règles de l'équité, que l'on n'écoute aucunes aulros lois à son préjudice. L'extrême nécessité est exceptée des autres lois humaines; ici l'autorité souveraine est exceptée même de l'extrême nécessité; en sorte ([u'il faut souffrir plutôt la dernière extrémité que de violer cette personne sacrée et son autorité. Et cette exception est d'autant plus équitable, que la conservation de la chose pour laquelle elle est faite, csl la plus importante de toutes celles qui regardent la société • civile. « . P. P. F.

seuter Anliochus non comme leur roi, mais comme un usurpateur, est suivant moi dénuée de fondement ; puisque nulle part, dans toute leur histoire, les Machabées, et ceux qui avaient suivi leur parti, ne donnent à Antiochus d'autre qualification ([ue celle de roi. C'était certes à juste titre, attendu que depuis longtemps déjà les Hébreux avaient reconnu la domination des Macédoniens, dont les droits étaient passés à Antiochus par succession. Quant à la défense fornmléepar la loi de placer un étranger à la tète du peuple, il faut l'entendre d'une élection volontaire, et non de ce que le peuple était contraint d'accomplir, porté ii cette extrémité par la nécessité des temps. Ce que d'autres prétendent que les Machabées ttxercèrent les droits du peuple, à qui l'autonomie était due, n'a pas plus de solidité. Car les Juifs, d'abord soumis par Nabuchodonosor , en vertu du droit de la guerre, avaient obéi, par l'effet du même droit, aux successeurs des Chaldéens, aux Mèdes et aux Perses, dont l'enqiire tout entier parvint aux Macédoniens (*). C'est de là que les Juifs sont appelés par Tacite « les plus vils des peuples qui furent assujettis, pendant cpie l'Orient était sous la domination des Assyriens, des Mèdes et des Perses » {Hist.^ lib. V). Ils n'ont absolument rien stipulé d'Alexandre et de ses successeurs, mais ils se sont rangés sous leur puissance sans aucune condition, comme aupa-

(*)«Xercès,roi de Perse, fut le prcmierqui dompta les Juirs.Ccsderniers, plus tard, tombèrent avec les Perses sous la dommation d'Alexandre, et restèrent plusieurs années sous le joug des Macédoniens (a). S'clant détachés de Uémétrius, ils obtinrent l'amitic dus Romains, i|ui, prodigues alors du biend'autrui, les mirent en liberté avant toute autre nation de l'Orient «(Justin, liv. XXXVI). Grotius.

(a) Grulius n'a \ias reproduit exactemenl le passage de Justin. Voici comuienl duitôtre rétabli le texte de cet iiislorien : Kl reslcrenl plusieurs années unis au royaume de Syrie, sous le joug des Macédoniens . Voir Ji'stin, Œuvres complètes, traàucUon française par J. Pierrot ei E. Doitard; édition revue par E. Pessonneaux, 18f.2,p. 328 P. p. K.

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