‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 172 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

encore porter la main sur lui. Aussi lisons-nous que David fut touché de repentir d'avoir attenté au vêtement du roi, tant il comprenait que la personne du prince doit être inviolable (Sam. i, xxii, 6). Et ce n'est pas sans raison ; car l'exercice du pouvoir suprême ne laissant pas que d'être exposé aux haines d'un grand nombre (*), il a fallu protéger d'une manière toute particulière la sécurité du souverain. C'est ce que les Romains décidèrent aussi à l'égard des tribuns du peuple : ils voulurent qu'ils fussent àauXoi, c'est-à-dire inviolables. L'inviolabilité des rois était comprise parmi les propositions des Essénicns. On connaît ce vers remarquable d'Homère : « 11 craignait qu'il n'arrivât quelque accident au pasteur du peuple » (**). Ce n'est pas à tort que « les nations qui sont gouvernées par des rois, vénèrent — suivant l'expression de Quinte-Curce — le nom royal à l'égal de la Divinité. » « Parmi les nombreuses et excel-

leur autorilc... Mais il ne suit pas delà que, lors même qu'un prince est devenu tynin, ce soit un crime de parler de ce qui est notoire, en appelant les choses par leur nom. » « Il est certain, disait, en 1835, M. Sauzct à la Chambre des députés de France, que l'ofTense à la personne du roi peut être une atteinte à la sûreté de l'État. On ne peut lui méconnaître ce caractère, si elle provoque à la haine contre sa personne, ou au mépris de sa royauté. Exciter à la haine du prince, c'est s'en prendre à l'Éliil dont il est le clicl. La société entre en jiéril quand de tels sentiments sont propa;;és contre le monarque, et dans des temps de fièvre politique, souvent il n'y a pas loin de la haine au crime. »

(*) Quintilien dit que « tel est le sort de ceux qui se mêlent de l'administration de l'État, qu'en faisant les choses qui sont les plus avanta- Ijcuses pour le !»icu commun, ils sont forcément exposés à l'envie » {Dédain. CCCXLVlll). Voyez ce que disait à ce sujet Livie à Auguste, dans l'abrégé de Dion, par Xiphilin. Grotius.

(*•) Chrysostoine dit avec raison {J ad Timolh., l) que « si quelqu'un tue une biebis, il ne fait par là que diminuer le nombre derbêtes ; mais que lorsqu'on lue le berger, on disperse tout le troupeau. » Sénèque s'exprime ainsi dans le livre I" de son traité sur la clémence (cap, m) :

lentes lois qui nous répissent, disait le perse Artaban (*), il en est une, la meilleure de toutes, qui nous prescrit de respecter notre roi, de l'adorer, comme étant l'image du Dieu conservateur de toutes choses. » « Il est impie, dit Plutarque dans la vie d'Agis, il est illicite de mettre la main sur le corps d'un roi '. »

« Sentinelles vigilantes, ils prolc^cnl la nuit son sommeil; ils se pres- RCiil fi ses côtés; ils l'eiiviionnenl |ioui' le (Jéleiidre; ils courent audevant (les périls i|ui le menaceiil. Ce n'est point sans raison qu'existe i;liez les peuples, et dans les cités, ce concert d'amour et de prulectiun pour le chef, et que eliacun prodigue sa personne et ses biens partout uii le salut du souverain le demande. Ce n'est point mépris de soimême, ou l'oJie, si tant de milliers de tcles couseulent à tomber pour une seule, si tant de* morts racbètent une seule vie, ipielqucfois celle d'un vieillard infiinic. De mémo, en elTel, que le coips v^l tout entier au service de l'àme — (ce cpie le jibilosophe démontre ici avec détails), — de même aussi cette immense multitude, enveloppe d'une seule âme, est gouvernée par son soulfle et obtempère à sa sagesse, menacée qu'elle est de |)érir écrasée sous ses propres forces, dès (pi'une puissante raison ne la soutient plus. C'est donc leur propre conservation que les peuples aiment, etc .. » {a). Ajoutez ce qui sera dit plus loin, liv. II, cliap. I, ?. IX. Grotius.

(*) Dans Plutarque, Vie de Thémistocle. Grotius.

' La question du régicide i\\ie traite ici Giiomis, avait donné lieu à (le nombreuses controverses dans son siècle. Le crime de Jacques Clément n'avait été que la conséquence des coupables doctrines enseignées par le clergé du xvi* siècle, et surtout par la compagnie des Jésuites, cette lèpre sociale et politique des temps modernes. La doctrine du régicide était, dans les cloitres, le sujet ordinaire de tous les entretiens. On essayait de la justifier par les Écritures, en interprétant les exemples, qu'elles nous oITrent. Ducuanan, dans son dialogue : De jure regni apùd Scolox ; Maiiia>a, dans le traité : De rege et régis insliluliime ; Milton, dans son ouvrage sur le Droil des rois et des munistrnts, et dans sa réfutation à l'écrit de Saumaise : Defensio régis pro Carolo /, allaient réunir eu corjis de doctrine toutes les idées imaginées ert faveur du régi- , cidc (Voir : l*AiLi>itT, Droil public français). Sur les réjouissances qui avaient suivi l'assassinat de Henri III, voir : L'Esioile, journal de llenrHV, p. 3 ; édit. Cbampollion ; Ap. Collecl., Micliaud et l'oujoulal,

(a) Voir les œuvres couiplèt<;s de Sénèque le pliilosnpiic, ir. nouvelle par i. Baillard , cdit. Hacliclte, 1860, t. I, p. 28* cl suiv. P. P. F.

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