‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 173 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

8. La question est plus grave de savoir si ce qui a été permis à David et aux Macliabées, l'est aussi aux chrétiens, dont le maître, qui a tant de fois ordonné de porter sa croix, paraît exiger un degré plus éminent de

V série, t. 1, 2* partie. — Palma Cayel, p. 172. — Sommaire récit des choses mémorables advenues en France sous Henri IV; Paris, 1598, p. 9-10. — Sixle-Quint osa sanctionner en plein consistoire le régicide i|iic célébraient ses prêtres. 11 éleva la mémoire de Jacques Clément audessus de celle de Judith, et compara cet assassinat à l'Incarnation et à la Résurrection du Seigneur (2 septembre 1580). Voir De Thou, t. IV, liv. X(iVI, p. 767. Le tyrannicide, pratiqué à Paris, approuvé à Rome, lui enseigné dogmatiijuement, à posteriori, dans deux ouvrages qui parurent, l'un à la lin de 1089, l'autre au commencement de 1590, et qui étaient intitulés : De Jusid Eenrici III ahdicutione, par le curé Boucher ; et De Justd reipubUcx chrislianœ in regcs impios auctoritnte, attribué, mais sans preuve, à Guillaume Rose, évéque de Senlis. Rnucher établissait que tout |iarticulier peut tuer un tyran, ennemi i\6 la |ialrie. Il terminait par la glorification de Jacques Clément, qui venait de réaliser avec tant d'éclat ses doctrines, et souhaitait au Béarnais le sort de Henri III. L'auteur du second ouvrage déclarait que l'excommunication emporte la déchéance du trône; il approuvait le tyrannicide; il qualilinit de to\il a fait divine l'action de Jacques Clément. Chacun, suivant lui, avait le droit de tuer un roi hérétique comme tout autre hérétique.\o\r VJIisloire de France, par Henri Martin, 4" édit., t. X, p. 168 et suiv., note 1.— Quelques années plus tard, en 1593, un aventurier nommé Pierre Barrière, poussé au régicide par le curé Aubri, et le père Varade, recteur des Jésuites, avait formé le projet d'assassiner Henri IV, et tenté vainement de le mettre à exécution. Pendant que Barrière préparait son entreprise, Aubri et Varade faisaient chanter au peuple, dans leurs églises, leFeni Creator « pour une affaire très-utile à la chrétienté » (Lcgrain, Décade de Henri le Grand, t. V, p. 265, cité par Henri Martin, libr. cit., t. X, p. 335, note 1). Le procès des Jésuites en 1594, l'attentat de Jean Chaslel, dans la même année, et l'assassinat de Henri IV, en 1610, avaient été les fruits de cet enseignement criminel. On est moralement soulagé de trouver sous la plume de Grotius des principes plus dignes d'un chrétien. — Sur le crime de lèse-majesté, considéré aux points de vue de l'histoire et de- la législation chez les divers peujdes du monde, voir : Le Droit pénal, étudié dans ses principes, par J. Tissot, t. II, p. 168 ctsuiv. — Voir aussi sur l'inviolabilité de la personne du souverain, le Droit des Gens de Vatlel, édil. Guillaumin, 1863, liv. !•', chap. IV, 2 50, t. I, p. l«4 etsuiv., et la note 1, p. 165 et suiv. P. P. F.

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patience. Il est de fait que dans le cas où les puissances supérieures menacent de mort les chrétiens à cause de leur religion, le Christ leur accorde le droit de l'uir ; et encore il ne l'accorde qu'à ceux que les exigences d'un emploi n'attachent point à un lieu déterminé. Au delà de la fuite, il ne concède rien. Pierre nous dit que le Christ en souflVant pour nous, nous a laissé un excmi)lc à suivre; lui qui n'avait commis aucun péché, et de la bouche duquel nulle parole trompeuse n'est jamais sortie, quand on l'achargé d'injures, il n'a point répondu par des injures ; quand on l'a maltraité, il n'a point lait de menaces; mais il a remis sa cause entre les juaius do celui ([ui juge selon la justice (I Épit. ii, 21, 22, 23). Le mr-me apôtre ajout'e que les chrétiens doivent rendre dos actions de grâce à Dieu, et se réjouir s'ils subissent des tortures en qualité de chrétiens (ii, 12 et seq.). El nous lisons que c'est cette constance à souffrir, (pii a le plus contribué au développement de la religion chrétienne '.

9. Aussi les anciens chrétiens qui, sortis tout fraîchement de l'école des apôtres et des hommes apostoliques, entendaient et observaient leurs préceptes d'une manière plus complète et plus parfaite ', ont-ils été, suivant

' Gronovius ef Darbeyrac font à ce sujet une remarque pleine de justesse. « Le précepte de Jésus-Christ rc^'arde lous les cluétiinS en général, de quelque ordre et de quel(|ue coiidilion qu'ils soient. Coiuuie donc cette obligation à la patience n'empéclic pas ([ue les princes et les magistrats ne jiuisscnt réprimer la malice de leurs sujtils relicllcs ; elle n'enqipclie pas non jilus que les particuliers ne puissent résister ii la fureur d'un piince ou d'un magistrat, devenu tyran à leur égard. » « D'ailieurs, ajoute narbeyrac, s'il fallait imiter à lous égards ce que Jésus- Christ a lait, chacun devrait s'ofTrir volontairement aux supplices et à une mort Ignominieuse. Or, c'est ce <iue Grolius n'accorderait i)as. Il a luimême réfuté l'argument ciu'on tire de l'exemple de Jésus-Christ, pour soutenir l'opinion trop-rigide, à son avis même, de ceux qui prétendent (ju'on ne doit pas re(iousser un ennemi jusqu'à lui oter la vie. o Voir sur l'obéissance passive, suprà, p. 223, note 1. P. P. F. '

'^ «... On ne peut pas regarder les premiers cii retiens comme les meii-

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