‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 174 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

moi, bien injurieusement accusés par ceux qui ont attribué leur abstention de se défendre en présence d'un danger certain de mort, à un manque de force, et non à une absence d'intention. Tertullien, certes, eût été imprudent et impudent si, devant les empereurs, qui ne pouvaient être ignorants de la chose, il eût osé mentir de la sorte, avec autant d'assurance : « Si nous avions la volonté d'agir en eimemis déclarés, et non pas seulement en vengeurs secrets, nous manquerait-il la puissance du nombre et des troupes? Les Maures, les Marcomans, les Parllics même, ou telles autres nations qui, quelque étendues (lu'elles soient, sont toujours circonscrites dans un espace déterminé de pays, et par des frontières qui leur sont propres, sont-ils plus nombreux que nous qui sommes répandus sur tout l'univers? Nous sommes des étrangers, et cependant nous remplissons tous les lieux de votre empire; vos villes, vos îles, vos bourgs, vos municipes, vos assemblées, vos camps eux-mêmes, vos tribus, vos décuries, votre palais, votre sénat, vos sièges de justice. Nous ne vous avons laissé que les temples. Quelle guerre ne serions-nous pas capables d'entreprendre, et avec quelle vigueur ne nous y porterions-nous

leurs interprèles de l'Kcrilure sainte, ni comme des modèles de conduite à tous égards. On sait que, sur le point dont il s'agit, ils avaient des idées outrées, ([ui leur faisaient étendre l'obligation de soulTrir le martyre beaucoup au delà de ses justes bornes. Grolius qui sentit cela, retrancha dans les éditions postérieures les paroles suivantes, que l'on trouve dans la première édition, à la fm de ce paragraphe : « Quand nous accorderions que c'est ici un conseil, et non pas un précepte indispensable, il >erait toujours plus sur, devant Dieu, de prendre ce parti ; puisque les premiers chrétiens, lors même quils auraient pu fuir ou garder le silence, ont souvent recherché eux-mêmes une mort si honnête, dans l'espérance certaine que ceux qui témoignent ainsi leur foi, obtenaient la rémission de tous leurs péchés ; qu'ils jouissaient en quelque manière immédiatement, après leur mort, d'une gloire semblable à celle que l'on attend après la résurrection ; et que de grandes récompenses leur étaient promises pour l'avenir. » (Barbevrac)-

320 l-K bHOlT UK LA UUEKHE CT HE I.A PAIX.

pas, même avec infériorité de troupes, nous cjui nous laissons égorger si volontiers, si, d'après notre doctrine, il n'était pas plus licite de se laisser tuer que de tuer les autres, » Gyprien suit aussi sur ce point l'enseignement de son maître, et se déclare ouvertement en ces termes : « Voici pourquoi aucun de nous ne résiste lorsqu'on s'empare de lui, et ne se venge de vos violences injustes, bien que notre peuple soit extrêmement nombreux et pourvu de tout ce qui lui est nécessaire. C'est que la confiance que nous avons dans une vengeance future, nous rend patients. Par elle les innocents plient sous les coupables (*) » [Ad Demelrianum). «Nous nous coulions, dit Lactance, à la majesté de celui ([ui |)cul tirer vengeance non-seulement du mépris ([ue l'on l'ail de lui-même, mais des souffrances et des injures dont on accable ses serviteurs. Aussi, au milieu même des traitements si abominables ([ue nous endurons, nous ne résistons pas même de la bouche, mais nous remettons à Dieu le soin de la vengeance » [Inslit. Div., lib. Y). Augustin n'a pas eu d'autre vue, en disant : « Que le juste, dans ces occasions, pense avant toutes choses ([uc celui-là doit faire la guerre, à (jui il est permis de la faire ; car cela n'est pas permis à tout le inonde » (Lib. Yl, QuxsL x, in Josuam).. Le même auteur dit encore :« Toutes les fois (|ue les empereurs sont dans l'erreur, ilsfoill, pour défendre l'erreur contre la vérité, des lois par lesquelles les justes sont

(•) Ces paroles sont de l'ccril de ce Père: yld Dcmetrianum. Il dil ailleurs {Épist. I, lib. I) (a) : « L'ennemi a comi>ris ([iic les soldats du Clirisl veillent sobies, les armes à la main, el tout prêts au combat; (ju'ils ne peuvent pas être vaincus, mais (pi'ils iiouvcut mourir; que ce qui les rend invincibles, c'est qu'ils ne craignent point la mort, et qu'ils ne savent pas ce que c'est que se défendre contre ceux qui ks aUaiiucnt ; ne leur étant pas permis, quoique innocents, de tuer un coupable; mais se croyant obligés de donner tjaimeni leur vie cl leur sunfe'. » Guotius.

(a) Édii. Erasni. ; ùpist. LX, édil. Fell. (Darbeyrac.)

Page 1