LIVRE 1, CHAPlTlUi IV
éprouvés et couronnés » (Epist. GLXVl). 11 dit ailleurs : M Les princes doivent être supportés par leurs peuples, les maîtres par leurs esclaves, de telle manière que la pratique de la patience dans la douleur aide à supporter les maux temporels, et fasse espérer les biens éternels. » C'est ce qu'il explique ailleurs ainsi, en invoquant l'exemple des ancienschrétiens: « Alors même la cité du Christ, quoiqu'elle lût répandue par toute la terre, et qu'elle eût tant d'armées de grands peuples à opposer à ses impies persécuteurs, n'a jamais combattu pour le salut temporel, ou plutôt elle n'a jamais résisté, afin d'acquérir le salut éternel. Ils étaient liés, enfermés, frappés, torturés, brûlés, déchirés, égorgés, et ils se multipliaient. Combattre pour le salut n'était autre chose pour eux, que mépriser le salut de cette vie pour le salut éternel » {De doit. Dei. lib.XXlI).
10. Ce (jue Cyrille dit dans le même sens, sur le passage de Jean, à propos de l'épée de Pierre, n'est pas moins rcmanjuable. La légion thébéenne, comme nous l'apprennent les actes de son martyre, était composée de six mille six cent soixante-six soldats, tous chrétiens. L'empereur Maximien étant à Oclodurum, et voulant obliger son armée à sacrifier aux faux dieux, les soldats de cette légion prirent d'abord le chemin d'Agaunum. L'empereur leur ayant envoyé un exprès pour leur enjoindre de venir sacrifier, et eux ayant refusé de le faire, Maximien ordonna que chaque dixième soldat fût mis à mort par des exécuteurs, qui s'acquittèrent facilement de leur office, puisqu'aucun des membres de la légion ne résista.
1 1 . Maurice (*), le chef de cette légion, et qui, depuis,
(■} Sur les lionneurs rendus à ce martyr clitz les Suisses, Ypyez Guillemaii. Dan:%une ancienne relation du transport des reliques de saint Justin à la nouvelle Corbie, on lit que, « suivant le témoignage des chroniques, ce personnage subit le martyre dans cette très-atroce et incom- I. 21
322 LE DROIT ItE LA GUERRE ET DE LA PAIX.
a donné son nom au bourg d'Agaunum, s'adressa dans ce moment en ces termes à ses compagnons d'armes, d'après le récit d'Euclier, évêque de Lyon : « Combien j'ai craint que quelqu'un d'entre vous — chose facile pour des hommes armés — sous le prétexte de se défendre, n'essayât de repousser ces très-heureuses funérailles! Déjà, pour m'y opposer, j'étais sur le point de suivre l'exemple de notre Christ, qui, sur un ordre de sa propre bouche, fit rentrer dans le fourreau l'épée ([ue l'apôtre en avait tirée; nous enseignant par là ([uc la vertu de la confiance chrétienne est supérieure à toutes les armes, que personne ne doit s'opposer avec des mains mortelles à une entreprise immortelle ', mais que, tout au contraire, il faut achever l'œuvre commencée en rendant perpétuellement témoignage de sa foi. » Comme, le supplice étant consomnié, l'empereur renouvelait son injonction aux survivants, ils lui répondent tous en ces termes : « Comme soldats, ô César, nous t'appartenons, et nous avons pris les armes pour la défense de la république romaine. Nous n'avons jamais déserté à la guerre, ou trahi les devoirs militaires, ou mérité la flétrissure des lâches. Nous obéirions même à tes ordres, si instruits dans la religion chrétienne, nous ne devions éviter le culte des démons etleurs autels toujours souillés de sang. Nous savons que tu as résolu ou de déshonorer les chrétiens par des sacrilèges, ou de nous effrayer en nous décimant. Ne nous cherche pas plus longtemps, comme si
parable dixième persécution, qui eul lieu après Néron. Celle perscculiou lut plus cruelle que celles qui l'avaient jirécédée. Elle avait envoyé au ciel une multitude imposante de marlyrs, pnrmi lcs(|uels surtout les compagnons de saint Maurice, et le miroir de l'innocence/» Voyez Krantzius {Saxonic, Vil, IG), sur quelques marlyrs de la légion tliébaine, dont on transporta les corps à Drunswic. Grotius.
' Le texte de GnoTius porte : « Ne quisquam mortam operi morlu' libus dexteris obsisteret... » Mais il faut lire « immortam npnri, » comme • le' remarque Gronovius. P. P. V.