‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 176 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

nous nous cachions; sache que tous nous sommes chrétiens. Nos corps seront sous ta puissance; mais tu n'auras aucun pouvoir sur nos âmes, qui regardent le Christ, hîur créateur. » • -»': . :.

12. Alors Exupèrc, porte-enseigne de la légion, s'adressa à elle eu ces termes, d'après le même écrivain : « Vous me voyez, braves compagnons d'armes, porter l'étendard des guerres du siècle ; mais ce n'est point à ces combats que je vous provoque, ce n'est pas à ces guerres (|ue j'excite vos esprits et votre courage. Vous devez choisir un autre genre de combats; car vous ne pouvez pas vous frayer avec ces épées le chemin du royaume céleste. » Puis il ordonne de porter à l'empereur les paroles suivantes : « Le désespoir, la plus efficace ressource dans les périls, ne nous a pas armés contre toi, empereur. Nous avons, tu le vois, les armes à la main (*), et nous ne résistons pas, parce que nous préférons mourir à vaincre, périr innocents à vivre coupables. » Et il ajoute: « Nous rejetons nos armes; tes bourreaux trouveront nos mains désarmées, mais notre cœur armé de la foi catholique. »

13. Ces paroles sont suivies du massacre de ces hommes sans défense. Euclier, qui en donné le récit, fait à ce sujet la réflexion suivante : « Leur grand nombre n'empêcha pas que ces innocents ne fussent punis; et cela, contre la

(') Les juiTs d'Alexandrie dirent quelque chose de semblable à Flaccus : M Nous sommes sans ;irmes, comme lu le vois, et cependant il y a des gens qui nous accusent ici d'être des ennemis publics. Les mains même que la nature a données à chacun de nous pour se défendre, nous les tenons en arrière, où elles ne peuvent nous être d"aucun u.sage. Nous présentons nos corps tout découverts à quiconque voudra nous tuer (a).

Grotius.

(a) Ces paroles ne soiii pas des Juifs d'Alexandrie, mais de ceux de Judée, nui parlent ainsi à Pétrone, gduvcrncur do Syrie, et non pas à Flaccus. Elles «e trouvent dans l'Iiilon, de légal, ad Caium. (Barbeyrac.)

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coutume qui soustrait à la répression ' le crime que la multitude a commis. » Le même fait se trouve ainsi raconté dans mi ancien martyrologe : « On les égorgeait sans distinction, et sans (|u'ils poussassent le moindre cri; au contraire, ayant mis bas les armes, ils se présentaient eux-mêmes à leurs bourreaux, la gorge et le corps découverts; ne se prévalant ni de Icuu" grand nond^re, ni de leurs armes, pour défendre la juslice de leur cause; mais se souvenant ([u'ils confessaient le nom de celui qui fut mené à la mort, sans avoir dit une parole pour se défendre, et comme un agneau, sans ouvrir la bouche. Eux aussi, étant un troupeau de brebis du Seigneur, ils se laissèrent déchirer comme par des loups <|ui se seraient jetés sur eux. »

14. Valens f) sévit d'une manière -impie et cruelle contre ceux (jui, suivant les Ecritures sacrées et la tradition des Pères de l'I'iglise, proléssaicnt la ca/i.vi</>.<;/a»iialitc. Et cependant, quoique très-nondjreux, ils ne prirent jamais les armes poin* leur défense.

15. Il est certain (pie lorsque la j>alicnce nous est commandée (IPetr., n, 21), c'est en proposant souvent à notre imitation, comme nous venons de voir que faisaient les soldats thébains, l'exemple du Christ qui a porté cette vertu jusqu'à la jnort. Mais il est dit par le Christ lui-même, ([ue celui (jui perd ainsi la vie, la recouvre véritablement (Matlh. x, IIU ; Luc, wii, 33). Nous avons dit (ju'on ne peut légitimement résister à ceux qui possèdent la puissance souveraine. Il est à propos maintenant d'avertir le lecteur de certaines exceptions, alin

• « jYe justi punirenUir, muUitudo non obtiniiif, f/H»m inultum (c'est ainsi qu'il faut lire, au lieu de mui.tum, selon la correction faite par Grotius lui-même; esse soient, qund mnliiludo deliquil. » 1*. P. F.

(*) Voyez les extraits de Jean d'Anlioclic, publiés sur un manuscrit fourni par Nicolas Pciresc, homme digne d'inic rcnuiniiiéc éternelle. •

(inoTius.

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