V. — 1. On exige ici un péril présent (*), et comme
' Thomas d'Aquin. P. P. F.
. (*) Voyez dans Agalliias (lib. IV) un bel usage de celle distinction.
Pbrynicos, dans Thucydide (lib. VIII), dit que « risquant sa vie pour les
Lacédéinonicns, il était bien excusable d'avoir recours aux derniers
expédients, |dutùt que de tomber sons les coups de ses ennemis jurés. »
Grotius.
compris dans un point. J'avoue cependant que si l'agresseur prend les armes, de manière à paraître dans le dessein de tuer, son crime peut être prévenu ; car en fait de choses morales, aussi bien qu'en matière de choses naturelles, il ne se trouve aucun point qui n'ait quelque étendue; mais ceux-là se trompent fort, et trompent les autres, qui admettent toute crahite, quelle qu'elle soit, au droit de prévenir ainsi un assassinat. Gicéron a dit, en effet, avec vérité, dans le livre I'"' de son traité des devoirs, que la plupart des injures ont la crainte pour origine : celui qui médite un acte nuisible contre son semblable craignant que, s'il ne le met pas à exécution, il ne devienne lui-même victime de quelque préjudice. Cléarque dit dans Xénophon : « J'ai connu beaucoup d'hommes qui, sur une calomnie, ou sur un soupçon, ont peur les uns des autres, et qui aimant mieux ])révenir le mal que de le subir, ont accablé de maux cruels ceux qui jamais ne leur en auraient fait souffrir, et qui même n'y avaient jamais pensé. » Caton s'écrie, dans son discours pour les Rhodiens : « Est-ce donc cpie nous ferons nousmêmes, par avance, ce que nous disons qu'ils ont voulu faire? » Voici une belle pensée d'Aulu-GcUe : « Quand un gladiateur est sous les armes, la condition de la lutte est celle-ci : il tuera son adversaire, s'il le prévient; il succombera, s'il se laisse prévenir. Mais l'existence des hommes n'est pas d'ordinaire menacée par une nécessité tellement fatale et tellement imminente, qu'il faille frapper le premier coup, si l'on ne veut être frappé soimême. » Gicéron n'exprime pas moins bien dans un autre endroit la même idée : « Qui a jamais établi ce principe, ou à qui peut-on accorder, sans exposer tous les hommes au plus grand péril, (ju'on ])uisse légitime-' ment tuer une personne, parce qu'on aura apjiréhendé d'en être tué quelque jour? » {Cil. à Quint., lib. V,,c. de refuiatione). G'est ici le lieu de citer ces vers d'Euri-