‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 187 sur 294 · LIVRE ir,' CHAPITRE T · texte numérisé non relu

LIVRE ir,' CHAPITRE T

])idc: « Si ton mari , comme lu le prétends, devait te tuer; il fallait attendre, pour le frapper, le moment où il attenterait à tes jours, » Pareil est ce passage de Thucydide': « L'avenir est encore incertain, et il ne faut pas s'en alarmer de manière à s'engager dans des querelles non futures, mais présentes » (lib, I), Le même Thucydide, dans le passage où il décrit éloquemment les maux ipravaient produits les séditions dans les villes grec((ues, c<)niple au iiondjre des vices (pi'il énumère, « la louange qu'on accordait à celui (pii avait fait, le premier, le mal (pi'il craiguait (pi'un autre ne fit» (lib. 111). « Eu se mettant en garde contre la crainte (*), dit Tite-Live, les hommes sont les premiers à se rendre redoutables, et nous faisons nous-mêmes aux autres l'injure (|ue nous voulions repousser, comme si nous eussions été réduits à la nécessité de la faire ou de la recevoir» (lib: III). On ])eut ajjplicpier à ceux qui agissent ainsi , ce mot de Yibius Crispus , cité par Quintilien (lib. YIIl) : « Qui vous a permis d'avoir une telle crainte? » Livie, dans Uiou , dit aussi que ceux-là ne peuvent éviter l'iidamie, <|ui font les premiers le mal (ju'ils appréhendent.

2. Que si (piel([u'un vous menace d'une violence qui n'est i)as présente, mais s'il a été convaincu d'avoir tramé (juchiue chose contre vous, ou devons avoir tendu des embûches, s'il a voulu vous empoisonner, diriger contre vous une fausse accusation , suborner de faux téuujins, préparer une sentence inique : je nie qu'il soit

(*) C'est ainsi que César, lorsqu'il s'emparait de la république, disait qu'il y était contraint par la crainte qu'il avait de ses ennemis (a). Il y a là-dessus un beau passage dans Âppiën {Bell. Civ., lib. H). . ,

Grotius.

(a) Je ne sais, dit Barbeyrac, où est ce beau passade. Je ne le trouve point dans tout le livre H Je la Guerre civile, que Tautcur cite, et qui est celui oîi l'historien parle di-s affaires «le Jules César, jusqu'à sa mort. (BAnnEViuc.)

'possible de le tuer légitimement, si ce péril peut être évité autrement, ou même si on n'est pas bien assuré de ne pouvoir autrement s'en garantir. Car le plus souvent un délai fournit plusieurs ressources et amène bien des accidents, selon le proverbe qui dit : « entre la bouche et le gâteau '. » 11 ne manque pas, cependant, de théologiens et de jurisconsultes (jui étendent plus loin leur indulgence (Banin., Qu.vst. 04, art. 7, Dub. 4; Bi\j.D., in kg. mnltis, Cod. de Ubcrali causa; cl in le;/. 1 , Cod., und'e vi; Less., lib. Il, cap. ix, Dul). 8; Soto, lib. V, Qusost. 1 , art. 8). Mais l'autre opinion, qui est la mieux l'ondée et la plus sûre, n'est pas dépourvue de partisans.

VI. — Que dirons-nous du danger de perdre quelque membre? Certes comme la perte d'un membre, surtout si c'est un des principaux, est un mal très-considérable, et qu'elle égale prescpic la perte de la vie — outre qu'on n'est pas assuré si elle n'entraînera pas à sa suite un danger de mort, — je pense (jue s'il est impossible de l'éviter autrement, il est permis de tuer celui ([ui vous menace de ce péril (Cardin., in Clcmcnt. Si furiosns....De

' Ce proverbe est cilé par Aiilii-Gclle : « Il existe un discours de Galon le Censeur, sur les édiles nommés irrégulièrcmcul ; on y lit ces mois : « On dit aujourd'hui qu'une moisson encore en licrbe renferme d'excellents froments. Gardez-vous d'y croire trop facilement: j'ai souvent entendu dire qu'entre la bouche et le gâteau il peut survenir bien des choses ; mais certes entre l'herbe ol le gâteau, bien long est l'intervalle. » lirucius Clarius, homme très- versé dans la connaissance des mœurs et de la litlé-, ralure des anciens, écrivit à Sulpicius Apollinaris, Thommc le plus savant dont je me souvienne, pour le prier de lui donner l'explication de ce mol de Caton. Apollinaris, eu ma présence (et à cette époque j'étais jeune, et je vivais à Rome auprès de lui pour m'inslruire), répondit à Clarns ce peu de mots, suffisants pour un homme d'esprit: «Le vieux proverbe entre la bouche et le f/dtenu a la même signification (|uc ce vers proverbial, TiapoifAiDjÔ/it;, d'un Grec : il y a bien de l'espace entre la coupe et les lèvres. » JSuits Atliques, lib. Xlli, cliap. xvii, trad. de MM. de Cliauuiont, Flanibarl el Buisson ; édil. Garnier (frères). 18C3, t. 11^ p. 155. i'. P. F. ;. I

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