LIVRE II, CHAPITRE
pour son chef, c'est une cruauté d'avoir voulu mourir. » IX. — 1. Mais il peut arriver, au contraire, que la vie de l'agresseur étant utile au grand nombre, il ne soit pas possible de le tuer sans crime ; et cela, non-seulement en vertu de la loi divine, soit ancienne, soit nouvelle, — lois dont nous avons parlé, lorsque nous avons démontré que la })crsonne du roi est sacrée, — mais en vertu du droit même de nature. Car le droit naturel, considéré comme loi, ne regarde pas seulement les choses qu'ordonne la justice nommée pour nous explétrice; mais il renferme en lui les actes des autres vertus, comme de la tenq)érancc, du courage, de la prudence, en tant que l'exercice de ces vertus, dans certaines circonstances, n'est pas seulement honnête, mais d'obligation (Soto, dictoloco). La charité nous impose d'ailleurs ce que nous venons de dire.
2. Vasqucz ne me fait point changer de sentiment, lors- ([u'il dit (ju'un prince qui outrage un innocent, cesse par ce faitmcme d'être prince (lib. 1, Controv. illustr., 18). On ne saurait rien affirmer de moins vrai, ou de plus dangereux. Car le droit de souveraineté, non plus que celui de Iiropriété, ne se perd point par un crime, à moins ([ue la loi ne l'ordonne. Or, on n'a trouvé nulle part, et je ne crois pas ([u'oii puisse jamais trouver une loi qui déclare le pouvoir perdu dans la personne d'un prince coupable d'avoir maltraité un particulier; car ce serait donner lieu à la plus grande confusion. Pour ce que Vasquez allègue comme fondement de sa théorie, et de plusieurs autres conséquences ([u'il en tire, que toute autorité a pour but l'avantage, non de ceux qui comman-
vée des ennemis, eussent-ils déjà le pied dans nos retranchements, nous donnât plus d'inquiétude que le soin de la vie, dont tu es maintenant si dédaigneux?. . . Mais cet appui, cet astre de la Macédoine, quel Dieu peut nous en garantir la durée, lorsque tu le jettes,... etc... Voir OEuvres cOmplètes de Quinli:-Curco, traduct. parE. ressoniicaux.édit, Garnier (frères), 186», p. 389.
dent, mais de ceux qui obéissent, quand même ce serait généralement vrai, cela ne ferait rien au sujet; car une chose ne vient.pas à manquer, aussitôt que le bien que l'on en attend fait défaut à (juelqucs égards. Quant à ce qu'il ajoute, que le salut delà répul)li(|ue n'est souhaité par les particuliers cju'au point de vue do leur propre intérêt, et que, par consécpient, cliacun doit préférer sa conservation personnelle même au salut de tout l'Étal, ce raisonnement n'a pas assez do solidité. Car si nous voulons, en ell'cf, le salut de la répul)li(pio dans notre projire intérêt, nous no lo voidoiis ]>as seulement pour nous, mais encore pour les autres.
3. Aussi est-ce une opinion fausse et rejetée par la partie la plus saiuc des philosophes, de croire que l'amitié ne prend son origine ([ue dans le besoin que l'on a des autres (*), tandis ([ue nous nous y portons de nousmêmes, et par le i)enchant de notre nature. De plus, la charité m'avertit souvent, et me commande parfois, de préférer le bien de plusieurs personnes à ce <[ui ne serait avantageux qu'à moi seul. A cela se rapporte ce ])assage de Sénè(iuc : « Si les princes et les rois (**), si les tuteurs
(*) Séncque réfuie cette opinion pernicieuse dans son Traité des Bienfaits, lib. I, cap. 1, et lib. IV, cap. xvi (a). Grotius.
(*") Plutarque regarde comme le principal acte de vertu, de travailler à la conservation de celui qui conserve tout le reste [Vie de Pélopidas, au commtnccment) . Cassiodore (b) dit dans son traité De VAmilié : « Si la main, à la faveur des yeux, s'aperçoit qu'une éiicc vient fondre sur quelque autre de nos membres, elle s'expose aux coups de cette cpéc, sans penser à son propre danger, et craignant plus pour l'autre membre que pour soi-même. » Puis il ajoute : « Ainsi ceux qui raclièlent la vie de leurs maîtres par leur propre mort, agissent bien, ayant plutôt en vue
(a) Barbeyrac fait remarquer avec raison qu'il ciit mieux valu renvoyer à la lettre IX de Séncque. Le philosophe n'cheirhc dans celte leltrc pourquoi le sa^e se fait des amis. (Voir OEuvresciuiiplMcsdeScnèi|uc, trad. i)ar J.Baillard, rdit. Ilachelle, 1860, t. II, p. 15.) Uarbcyrac renvoie aussi à Cicéron, Ue amiciliâ, cap. ix et xiv. V- P. F«
(6) Ou plutôt Pierre de Blois. (B.)