LIVRE H, CHAPITRE I
(les Etals, de quelque nom qu'on les salue, se voient l'objet d'alFections plus fortes que ne le sont même les alFections privées, n'en soyons pas surpris. Car si les bons citoyens préfèrent l'intérêt public au leur propre, naturellement cette préférence embrasse celui qui est l'État personnifié » (lib. I, de CUmcnt., cap, iv). Ambroisc (lit aussi que « chacun se fait une plus grande joie d'avoir détourné la ruine de sa patrie, que d'avoir évité la sienne propre» [De offic, lib. III, cap. m). Le même Sénèquc, dont je viens de parler, rappelle que Callistrale et llulilius, cclui-lii à Athènes, celui-ci à Rome, « refusèrent de revoir leurs ])énates au prix du désastre pubbc, parce qu'une injustice soulferte par deu\ individus est préférable au mal de tous» (lib. VI, de Bcncf., cap. xxxvii).
X. — 1. 11 y a des auteurs (jui i)ensent (jue celui qui se trouve menacé de recevoir un soufllet, ou une semblable insulte, a aussi le droit de repousser cet outrage en tuant son ennemi (Soto, diclo loco\ Navarr., cap. xv, n. 3; Sylvest., in verbo Homicidium^ 1, quœst. 5; Lud. IjOPEZ, caj). Lxn). Pour moi, si on considère la pure juslice explétrice, je n'en disconviens pas. Quoiqu'il y ait, en elTet, inégalité entre la mort et un soufllet, celui qui se dispose à m'outrager, me donne par cela môme un droit illimité, ou un iwuvoir moral (*) d'agir contre lui à
le salul tic leur àmc que la conservation du corps d'autrui. Car la conscience leur dictant qu'ils doivent être fidèles à leurs maîtres, il semble aussi raisonnable (ju'ils préfèrent la vie de leurs maîtres à leur vie corporelle. » H On peut donc, dit-il, enfin, exposer saiulairement son corps à la mort, jiar un principe de cbarilè, et surtout pour le salut du grand nombre, n Grotics
(•) Apollodore dit de Linus (lib. Il) « qu'étant venu à Tlièbes et y étant devenu citoyen ihébain, il y fut tué par Hercule, qui le frappa avec une lyre. Linus avait frappé lui-même llerrule, cl ce dernier, irrité, lui donna la mort. Poursuivi à raison de ce meurtre, il invoiiua devant les
l'infini ; autant, toutefois, qu'il m'est impossible de détourner autrement de moi le mal qu'il veut me faire. La charité aussi ne paraît pas nous imposer, par elle-même, d'obligation en faveur de rolfcnscur. Mais la loi évangélique rend cet acte complètement illicite : le Christ nous ordonne, en eiïet, de recevoir plutôt un soufilet, que de nuire à notre adversaire. Combien ne défend-il pas davantage de le tuer, pour éviter ce soufilet? Cet exemple nous avertit de nous mettre en garde contre le principe (|ue pose Covarruvias ' {diclo loco, § 1), en soutenant (juc la connaissance humaine, non ignorante du ilroit naturel, ne soutire pas tfue la raison permette (juchiuc chose ([ue ne permettrait pas Dieu, (lui est la nature même. "Car Dieu, (|ui est l'auteur de la nature, mais ([ui peut librement agir d'une manière extra-naturelle, a le droit de nous prescrire des lois, même pour les choses <[ui sont de leur nature libres et indéterminées; et à plus forte raison a-t-il le droit de nous imposer le devoir de faire des choses naturellement honnêtes, (|uoique non obligatoires.
?. 11 est certes surprenant (|ue, malgré la manifestalion si évidente de la volonté de Dieu, dans l'Évangile, on trouve des théologiens, et des théologiens chrétiens, qui i^ensent ([ue non-seulement le meurtre peut être légitimement commis pour éviter un soufilet, mais qu'après avoir reçu cet outrage, si celui qui en est l'auteur prend la fuite, on peut le tuer pour recouvrer, comme on ledit, son honneur (N a varu., cap. xv,i; llENR.,/)e irrcguL, cap. xi ; Victor, De jure belli, n. 5). Cette manière
juges la lui (le Uliaclnmanlc, qui déclare innocent celui qui a causé du mal à nn af,'rcsseiii'. » Gkotius.
• Zicgier a rcmaniuc tjuc ce jiiri.sconsulle cspai^'nol ne soutient pointée que Grotius lui attribue, et ({u'il raisonne en supposant qu'il n'y ait point ici (le loi divine positive, (|ui ùte le droit que eliaruii a naturellement.
(Uarbeyrag.)