‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 193 sur 294 · LIVRE II, GHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II, GHAPITRE I

être terrassé par notre javelot, s'il est impossible de recouvrer autrement les objets ravis. Démosthènes s'écrie, dans son discours contre Aristocrate : « N'est-ce pas, par les dieux 1 une chose dure et injuste, non-seulement contraire aux lois écrites, mais encore à la loi commune de tous les hommes, qu'il ne me soit pas permis d'user de violence contre celui qui me ravit mes biens, en ennemi?» La charité même, considérée purement comme précepte, toutes lois divines et humaines mises à part, ne s'y oppose l)as non plus; à moins qu'il ne s'agisse d'une chose de minime valeur, et, par conséquent, qui mérite d'être dédaignée. Cette distinction est, avec raison, ajoutée par quelques-uns.

Xll. — 1 . Voyons quel est le sens de la loi hébraïque, avec huiuelle s'accorde la loi ancienne de Solon, dont. Démosthènes fait mention dans son discours contre Timocrate, et (jui a été la source de la loi des Douze Tables (*); comme aussi une maxime de Platon, au livre IX de son Traité des Lois. Toutes ces lois s'accordent sur ce point, qu'elles distinguent le voleur de nuit d'avec le voleur de jour. Mais il y a doute sur la raison de la loi. Quelques-uns pensent qu'on n'a eu en vue qu'une chose : c'est que de nuit il est impossible de discerner si celui ([ui vient est un voleur ou un assassin, d'où la permission de le tuer comme si c'était un meurtrier (Soto, diclo loco; Matiiesiunus, Nolabil. 135; Lvs. et Gom., Inslil., de aclion.,inpr.\ Govarruvias, dicto loco, § 1 , n. ibi. decimo. Less., Dub. XI, num. 68). D'autres placent la raison de la différence en ce que, pendant la nuit, le voleur passant inaperçu, les choses volées paraissent pouvoir moins facilement être recouvrées (Govarruv., Dicto loco; August.,

(*) On peut ajouter une loi des Wisigollis, lib. VU, tit. JF, cap. xvi, et le capilulaire de Cliarlcmagnc, lib. Y, cap. cxci. Kn vertu d'une loi des Lombards, celui cjui pénètre de nuit dans la cour d'autrui peut être tué, à moins qu'il ne se laisse lier. Grotius.

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ritat. in Cap.si.pcrfodicns^... De homicidio ; Lessius, t/icf.^ cap. i\, Dub. XI, 11. GC). Quant ù moi, les auteurs de ces lois ne me semblent avoir eu en vue ni l'un ni l'autre de ces motifs. Mais ils ont voulu plutôt qu'on ne puisse tuer personne précisément à cause des biens ; ce qui aurait eu lieu, par exemple, si j'avais frappé de mon arme le voleur en fuite', alin de recouvrer, après l'avoir tué, la chose (|ui m'appartient. Maissi je suis moi-même exposé au péril de perdre la vie, ces législateurs ont voulu (|ue, dans ce cas, il me soit permis de détourner de moi ce danger, (juand bien même je conq)r()mettrais la vie d'autrui; et([uc je ne trouve aucun obstacle dans la circonstance que je me serais exposé moi-même à ce péril, en cherchant soit à conserver mon bien, soit à le reprendre, soit à me saisir du voleur ; car, dans tous ces cas, on ne peut rien m'imputer, ayant agi d'une manière licite, et je ne me rends coupable d'aucune injustice puis- (|ue je fais usage de mon droit.

2. La diflerence donc (|ui existe entre le voleur de nuit et le voleur de jour, consiste en ce (|ue, de nuit, il est difficile de se procurer des témoins ; et ([ue, par conséquent, si le voleur est trouvé morlellement frappé, on en croit plus aisément celui qui aflirnic l'avoir tué pour défendre sa vie, surtout si le voleur est trouvé nanti de quehiue instrument pouvant lui servir à nuire. C'est, en

' C'est ainsi que porlcnl loutcs les ctiilions de l'original ; « Si fugientem telo proslernerem,... etc.. » Mais je ne doule pas qu'il n'y ait ici un mol (le sauté, et (pi'il ne faille lire : « Si fuqientem inehmem telo proslernerem,... etc... » La suite du discours le demande nécessairement, car il faut supposer le voleur sans armes, pour (juc le cas dont il s'agit soit différent du cas suivant, dans kt\»c\ le voleur s'enfuit aussi ; et c'est là-dessus que notre auteur fonde la dilTérence entre un voleur de nuit et un voleur de jour. La ressomblancc d'i'/icrmcmavcc les dernières syllabes de fugientem, a fait éclipser le iirtinicr mol, sans ([UC l'auteur se soil jamais aperçu de cette omission, (pii obscurcit enlicrement sa pensée... (ItAïuiEviuc.)

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