‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 203 sur 294 · LIVRE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II

rés dans une grande simplicité de mœurs, ou s'ils avaient vécu entre eux dans la pratique d'une mutuelle et parlaite charité. On peut voir un exemple de l'une de ces deux conditions, la communauté de biens provenant d'une simplicité de mœurs extrême (*), dans certains peuples de l'Amérique, qui, pendant plusieurs siècles, ont persévéré sans inconvénients dans cette façon de vivre; (pumt à la seconde condition, la communauté naissant de la charité, les Esséniens (") autrefois en ont offert un exemple, puis les premiers chrétiens qui ont vécu à Jérusalem, et de nos jours aussi bon nombre d'individus qui vivent de la vie ascétique. La nudité des premiers hommes (***) fournit un argument à l'appui de

(*) « l'Itis heureux, (lit Horace {a), dans ses déserts, le Scylhe qui traîne sur un chariot sa demeure errante I Plus heureux le Gète sauvage ! Leurs champs sans limites produisent une libre et commune moisson ; ils ne cultivent (ju'un an le même sol ; la tâche de l'un remplie, un autre lui succède et le fait jouir de ses travaux. » GnoTius.

(**) Et les Pythagoriciens, qui sortirent des Esséniens (i>). Voyez Porphyre (c), Diot,'cne Lacrte (d). Aulu-Gelle, lih. I, cap. ix. Grotius.

("*) Adam était un type du genre humain. Voyez Origène, conlrà Celsum. On peut encore rapporter ici ce qu'a dit Tertullien(i)e^ntmd) : « Ce qui est raisonnable, doit être regardé comme naturel, et comme produit dans nos âmes dès le commencement de leur existence, par un créateur (lui est lui-même raisonnable. Garce que Dieu a produit par son simple commandement, et à plus forte raison ce qu'il produit par son soufne propre, ne serait-il pas raisonnable ? Jl faut donc concevoir ce qui est survenu ensuite de déraisonnable, comme un effet des sollicitations du serpent ; de sorte que le péciié ayant depuis pris des racines dans l'âme, y est devenu comme naturel, parce que la transgression est arrivée dans le commencement même de la nature. » Grotius.

(a) Odes, liv, III. od. XXIV. Tiaduct. do la collection Nisard, 1841, édit tiiiborlirl et C", p. 54. P P F

(b) Ciutius a allégué, dans iino de sus lettres, I Part. Episl. dlii, le.s raisons sur lesquelles il fonde sa c.njeclure, que la secte des Essdliiens a servi do n...dM,. ,-, PythuRoro. (Barbeyrac.)

(c) De rtl. P>ilkag.,u-> 20, édit. Knsier. n\ ) {d] l.ih, VIII, § 10. , jjj'^

l'état de simplicité dans lequel ils ont été créés. Il y avait en eux plutôt l'ignorance des vices que la connaissance de la vertu. C'est ce que dit Trogue Pompée des Scythes (Justin, lib. II, cap. ii). « Les premiers hommes, dit Tacite, encore exempts de passions désordonnées (*), menaient une vie pure, innocente, et libre par là même de châtiments et de contrainte. » 11 y a dans Macrobe, « qu'au commencement il régnait parmi les hommes une simplicité qui ne connaissait pas le mal, et qui était encore étrangère à l'artiiice (Ad souin. Scip., lib. II). Cette simplicité parait être désignée i)ar le Sage hébreu (**) sous le nom A'incorruplibUUc [Lib. Sapienl., cap. Il, vers. 23); elle est aussi appelée siviplicilè par l'apôtre Paul, qui l'oppose à la ruse et à l'asUicc (II, ad Corinlh.., cap. xi, vers, o) '. Les premiers hommes n'avaient d'autre soin que celui de servir Uieu; culte dont l'arbre de vie était le symbole (***), selon l'explication des anciens Hébreux, conlirmée par l'Apocalypse [Proverb., m, 18; Piiilox, De inundo crcalo; Apocalyp. xxii, 2). Ils vivaient iacilemenl des fruits

(*) Sénèque dit des premiers hommes, ([u'its vivaient dans l'innocence, à cause de l'ignorance où ils étaient (Epist. xc). Puis, après avoir parlé de la justice, de la prudence, de la tempérance, du courage, il ajoute que « leur vie grossière avait quelque chose ([ui ressemblait à ces vertus. » Josèphe nous dit que « leur esprit n'était troublé par aucunes inquiétudes. I) Grotius.

(**) 'AcpOotpala. Paul s'exprime ainsi dans l'épitre aux Éphésiens, vi, 24 ; et il s'est servi du mot àSiacpOopia, épitre à Tile, cap. ii, v. 7.

Gbotius.

' Mais Grotius lui-même, dans ses Notes sur le Nouveau Testament, n'attache pas tout à fait la même idée au mot de simplicité. Car il entend par là une pureté de doctrine et de conduite, digne du christianisme.

(liAItlIEYRAC.)

(***) Les rabbins appellent cela la sainteté supérieure ; cl Arèthes, sur l'Apocalypse, une sagesse divine. Voyez, au sujet du paradis terrestre, l'Eclésiastique, cap. xl, 17, tisur les quatre fleuves du paradis, le même livre, XXIV, 25 et suiv. Guoiius.

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