‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 204 sur 294 · LIVRE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II

que la terre produisait d'elle-même sans culture (*). 2. Mais les hommes ne persévérèrent point dans cette vie simple et innocente ; ils appliquèrent leur esprit à des arts variés, dont le symbole était l'arbre de la science du bien et du mal ("), c'est-à-dire des choses dont on peut bien ou mal user : science que Philon appelle une prudence moyenne. G' (isl à cela que fait allusion Salomon {Ecclcsiasl., cap. vu, vers. 30), lorsqu'il dit : « Dieu a créé l'homme droit, — c'est-ii-dirc simple, — mais ils se sont abandonnés à des pensées multiples. » « Ils ont dégénéré en a^lace^ » suivant l'expression de Philon, dans le passage cité. Dion de Pruse [Oral, vi) dit que « la ruse et autres ressources diverses imaginées pour l'usage de la vie (***), n'ont pas été très-avantageuses à ceux (jui vinrent après les premiers hommes, car ils ne se sont pas autant servis de leur esprit pour se distinguer par des actes de valeur et de justice que pour leurs plaisirs.» Les arls très-anciens de l'agriculture et de l'éducation des troupeaux furent cultivés par les premiers frères, non. sans quelque sorte de partage des biens. La diversité des goùls produisit la rivalité, même les meurtres. Les bons, enlin, s'étanl corrompus au contact des méchants.

(*) Voyez sur ce point «n beau passage de Dicéarque, cilé par Var- RON, de Ile rusticâ, lib. I, cap. ii. On peut y joindre ce que Porphyre dit, après le même auteur, De non esu animalium, lib. IV. Grotius.

(**) Joscphe dit (jue c'était l'arbre de la sagacité et de l'intelligence. Téiéma(iue, dans Homère, dit : « Je connais tout, ce qui est bien, ce qui est mal, et je ne suis plus enfant comme je l'étais. » D'après Zenon de Citium, la prudence est la science des choses bonnes et mauvaises, et de celles (jui ne sont ni l'un ni l'autre. Gela se trouve dans Diogène Laërle. « Quel inconvénient y aurait-il, dillMutarque [De Commun, notit.), qu'il n'y eût point de mal, et en même temps point de prudence ? Mais qu'à la place de cette vertu, on s'en fit une autre, qui consistât unic^uement dans la connaissance du bien? » Cikotius.

(***) Scnèque expliipie cela au long dans sa lettre XC. Lisez-le, ainsi que Dicéar(|uc, dont les passages .sont cités par les auteurs indicpics cidessus. Grotius.

on vécut à la façon des géants (*), c'est-à-dire d'une manière violente, comme ces individus que les Grecs appellent : « gens dont la justice est dans les mains. » Quand le monde fut purgé par le déluge (**), à cette vie farouche succéda la ])assion ilu plaisir, (|ui fut servie par le vin (*") et devint la source des amours illicites.

3. Mais ce qui brisa surtout la concorde, ce fut un vice plus noble, l'ambition, dunt le symbole fut la tour de Babylone [Gcncs.^ cap. x, xi). Aussitt)t les uns et les autres se partagèrent entre eux diverses contrées, et les possédèrent pour eux-mêmes. 11 y eut cependant encore, entre ces hommes demeurés voisins, une comnmnauté non de troupeaux mais de pâturages, parce (|u'il y avait une si grande étendue de pays pour un si petit nombre d'hommes, qu'elle pouvait sullire à l'usage de plusieurs sans incommodité {(knès., cap. xiii). « 11 n'était pas permis alors de distinguer les cliaiiq>s ou de les séparer par des limites » (Virgil., Gcory. i). Cela dura jus(|u'àce que le nombre des hommes comme celui des troujieaux s'étant augmenté, les terres commencèrent à être partagées

(*) Sénèque dit vers la fin du livre III de ses Qucslioiis naturelles: « Après avoir consommé ranéanlissenienl... cl des bètcs l'arouclies dont l'homme aura pris les mœurs (a)..- » CJnoTius.

(**) Sénèque dit dans le même passa{^e , (|ue « riniioccncc des (nouveaux) hommes ne durera que pendant qu'ils seront encore nouveaux (6). »

Grotics.

(***) «Le grand fruit de l'ivresse, c'est l'imiiuretc monstrueuse et la volupté illicite », dit Sénèque, dans le même endroit (c). Grotius.

(a) Cap. XXX, in fine. I'. P. F.

(6) Voici le passage de Scni'-que : « Il y aura une seconde crZ-alion de touB les animaux; la terre reverra l'Iiomnic, if;noiaiil le rriine, el né sous de meilleurs auspices. Mais celle inuoccnce non plus ne ilnii duriT que lanl que les âmes sont neuves... » (Œurrcs complcles de Sénrquc, irad. de J. Baillard, édit. Hachette, t860, t. U, p. 539.) P. P. F.

(c) Ce passage est de Pli>e, llisl. nalur., lit). XIV, cap. xxii, édil. de Francfort, 1608, t. I, p. 656. Ce qui aura sans doute induit en erreur Grotius, c'est que SémVpie dans le livre III de ses Qnr^lionn nahneUra. ;iii:iipi(' h luxe des tables. I'. I-. F.

Page 1