‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 210 sur 294 · LIVRE II, CHAriTRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAriTRE II

pour la Syrie, province qui aurait appartenu à un autre si les hommes avaient observé les lois écrites; mais qui, ces lois étant rendues muettes, devenait sienne par la loi de nature. » On lit dans Quinte-Curce « qu'au milieu d'une calamité commune, chacun cherche où il peut son salut. »

VIL — Mais il y a des précautions à prendre pour que celle latitude ne sorte point des justes limites. La première, c'est de rechercher d'abord de toute façon si la nécessité ne peut être éludée d'une autre manière, en s'adressant, par exemple, au magistrat, ou même en essayant, à l'aide de prières, d'obtenir l'usage de la chose de celui à qui elle appartient (Li:ss., lib. II, cap. xii, Dub. 12, n. 70). Platon ne permet de puiser de l'eau au l)uils du voisin, {[u'autant que dans son propre fonds on aura fait fouiller juscpi'à la craie pour trouver de l'eau; et Solon, que si on a fait creuser dans son champ jusqu'à (piarante coudées. Plutarque ajoute à ce détail cette remanpie : « Il pensait qu'il fallait venir en aide à la nécessité, et non fournir à la paresse. » Xénophon dit dans sa réponse aux habitants de Sinope : « Là où le droit (l'acheter ne nous est pas accordé, que ce soit sur le territoire des Barbares ou sur le sol de la Grèce, nous nous em[)arons de ce dont nous avons besoin, n'agissant pomt ainsi jjar insolenèe, mais par nécessité (Expcdit C/yr., lib.V)'.

' Le droit de la nécessité, si dangereux dans son application aux relations des |.eupies, est-il reconnu par la morale sociale et par la Icgisliilion positive, en ce qui concerne les individus? En d'autres termes, l'homme est-il autorise à causer du mai à autrui pour éviter un plus (,'rand mal qui le menace lui-même? Si le caractère de la loi morale, dit-on pour la négative, est de devoir être accomplie au prix de tous les sacrifices, il s'ensuit que l'homme ne doit jamais violer le droit des autres pour se soustraire à un danger, comme pour rejeter sur eux le mal que le hasard lui fait écheoir cii partage. Los circonstances les plus extrêmes ne peuvent suspendre l'empire de cette règle. Ainsi, dans un

VIII. — Il ne faut pas, en second lieu, concéder ce droit dans le cas où le possesseur lui-mcnic est exposé à une égale nécessité; car dans un cas éj^al, la condition de celui qui possède doit être préférée. « Celui-là n'est

naufrage, quand un malelol a saisi une |ilanoliu ronime moyen de salut, celui qui se noie à coté de lui n'a pas le droit d'user de sa force pour la lui arracher; ainsi le ca|iilaine de vaisseau (lui, pour sauver une centaine de passagers entraînés vers le j^ouffre sur une enibarealiou menaçant de couler à cause de la surcharge, l'ail jeter (juchpics individus à la mer, est iiassihle de la peine du meurtre (Voir l'exeinple cité jiar M. Bélihe, PliilosopUie du Droit, t. I, p. '220 cl suiv.). Parlant du principe que le caractère de la loi du devoir est le! (pie chacun doit sacrillor sa vie pour lui obéir, les philosophes (pii nient le droit de la nécessité, condamnent même celui (jui aurait causé du iiréjudice à autrui, sous l'empire d'une contrainte irrésistible. Us n'admettent jias même une excuse en faveur de celui qui aurait causé un dommage très-léger, pour éviter un péril considérable. Ainsi, je me trouve mourant de soif et de faim, jirès d'un arbre dont les fruits peuvent me soutenir ; le propriétaire présent sur les lielix s'oppo.se à ce (pie je sauve ma vie aux dépens de sa propriété; le droit naturel me défendrait de mcmparer de ses fruits sans son consentement.

On peut répondre ([ue celte théorie est admirable pour des saints et pour des héros, mais qu'elle n'est point faite pour l'humanité. L'abnégation, le sacrifice, supposent uneélévation de l'àme (pii n'est jias l'apanage dH commun des hommes. Il peut cire facile de discourir, loin du péril, sur le dévouement absolu; mais cpiebiuc sublimes que soient les doctrines des philosophes, l'instinct de la conservation n'en sera pas moins toujours la loi la plus fatale de notre nature. S'il est vrai (|uc l'homme ait reçu une destination sur la terre où Dieu l'a envoyé, c'est un devoir pour lui de défendre sa vie, qui est le premier des biens; c'est une obligation non moins impérieuse, de défendre les jours des personnes (pii lui sont chères, et dont l'existence est nécessaire à son développement moral ; c'est enfin une règle de la vie sociale, (pic l'intérêt individuel doit s'effacer devant l'inlérct du plus grand nombre.

Tandis qu'en morale certains philosophes veulent prouver que la crainte, si grande qu'elle puisse cire, n'est pas un motif suflisont pour faire le mal, tous les législateurs .prenant eu considération la faiblesse de la jilupart des hommes, sont d'accord pour admettre (pie si la crainte est de nature à ébranler un grand courage, elle peut fournir une excuse complète: à la condition toulefois que le|»éril soit très-pressant et ([u'il ne puisse être évité d'aucune manière légitime, soit en y oiq)osant une ré-

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