LIVRE II, CHAPITRE U
que, si on le refuse, on peut se l'arroger. C'est ainsi qu'Agésilas (*), à son retour d'Asie, ayant demandé le passa^'e au roi de Macédoine, et ce dernier ayant dit qu'il délibérerait sur cette demande, répondit : « Qu'il délibère ; pour nous, pendant ce temps, nous passerons '. » \. On alléguera avec peu de raison la crainte que peut inspirer une grande masse d'hommes usant du passage; car mon droit ne peut être anéanti par la crainte ; et il le peut d'autant moins, qu'il y a des précautions possibles.: par exemi)le, l'aire passer les troupes en détachements séparés; les désarmer (**) : ce ([ue les habitants de la colonie d'Agrippine proposaient aux Germains (Tacite, //i.v/., lib. lY), et tel avait été ranti(}ue usage du pays des Eléens, suivant l'observation de Strabon (lib. Vlll) ;
n'était pas leur coutume d'en venir là, à moins qu'ils n'eussent affaire à •les ennemis déclarés [end. lib.). Le pape eut recours à la même excuse (lihr. XII, du môtnc anteur). Grotius.
(*) Voyez aussi, sur ce point, Plutaniue, dans la vie d'Agésilas.
Grotius. '
' « En com|iarant, dit Wheaton, les règles de la guerre à présent ctahlics par l'usage général des nations, avec ce que nous dit Grotius, ou distingue clairement l'étendue des améliorations qui ont eu lieu depuis la publication île son ouvrage. Si l'époque mallieureusc des guerres de la lîévolution française a trop souvent fourni des exemples de la violation de ces règles, elles n'ont pas cessé d'être formellement reconnues, et quand on les violait, on s'excusait \)Ar la nécessite de sa propre défense, ou par l'exemple des autres » [Uist. des progrès du Dr. des gens, 3*cdit., 1853, l. II, p. 409). 1». P. .F.
(**) On en trouve un exemple dans \cs ExcerptcC Lcgationum,\\b. XJI, et dans Demuu.s, Ilistor., liai. lib. Vil. Voyez aussi des traités remarquables pour le passage, entre Frédéric Darbcroussc et Isaac l'Ange, dans quehiucs endroits de Nicétas, lib. II de la vie de ce même Isaac. Dans l'empire d'Allemagne, celui (\u\ demande passage donne des sûretés pour la réparation du dommage qu'il pourra causer. Voyez Krantzius, Saxonic, lib. X, et Memjoza, in BeUjicis. César ne voulut pas accorder le passage aux Suisses par la province romaine, parce qu'il pensait que ces liommes, animés de mauvaises intentions, ne pourraient s'empêcher de commettre des injures et des dommages [de Bell. Gallic, lib. I).
mettre a la charge de celui qui passe, de bonnes garnisons qui protégeront celui ({ui accorde le passage ; se taire donner des otages (*), à rcxcnqde do Scleucus qui en demandait à Démétrius pour lui permettre de séjourner dans les limites de son empire. Ainsi, même la crainte qu'on aurait du prince contre lequel celui ([ui use du passage va porter une juste guerre, ne peut suilire pour refuser le droit de i)asser '. 11 ne l'aut pas admettre davantage l'allirmation (|ue le passage pourrait avoir lieu d'un autre côté; car chacun pourrait en dire autant, et de cette manière le droit de passer serait conq)létement anéanti; mais il sutlit (|ue le passage soit demandé de bonne loi, du côté le plus proche et le plus commode. Au reste, si celui qui veut passer est l'auteur d'une guerre injuste, s'il entraîne mes ennemis à sa suite (**), je pourrai lui refuser le passage ; car, même sur son propre territoire, il me serait permis dans ce cas de marcher à sa rencontre, et de lui barrer le chemin '^.
{*) Vous en avez un exemple dans Procope, Pcrsic, lib. 11. Grotius.
* « Quand la ncccssilc, dit Vallel, n'exige pas le passage, le seul danf;er qu'il y a à recevoir ciiez soi une armée piiissanle peut autoriser à lui refuser l'entrée du pays. On jicut craindre qu'il ne lui prenne envie de s'en emparer, ou au moins d'y agir en maître, d'y vivre à discrétion. Et qu'on ne nous dise point avec (îrolius (|ue notre crainte injuste ne prive pas de son droit celui (jui demande le |)assage. La crainte luobaltle, fondée sur de bonnes raisons, nous donne le droit d'éviter ce qui peut la i enliser, et la conduite des nations ncdonne que trop de fondement à celle dont nous parlons ici. D'ailleurs, le droit de passage n'est iioint un droit parfait, si ce n'est dans le cas d'une nécessité pressante, ou lorsijue l'innocence du passage est de la plus parfaite évidence » {U Omit des Gens, liv. IH, chap. vil. ?, 123, cdit. Guillaumin, 18G3, t. Il, p. 475). 1». 1». F.
(**) Ce que disaient les Francs qui étaient dans le pays de Venise, à Narsès, qui avait des Lombards dans son armée (GnOnc, lib. IV) (a). Vous avez d'autres cxemjjles de passage refusé dans Uendius {Italie, lib. VII), et dans Paruta {Uislor. Vcnel., lib. V cl VI). GnoTius.
^ Wlieaton rétablit ainsi sur ce point les régies du droit des gens nio-
(a) Procupt-, Oulhic, lib. IV,