LIVRE 11, CHjVTITRE IV
raison qui a empêché d'agir, toute conjecture de la volonté n'a plus lieu.
VI. — D'autres conjectures servent encore à vérifier la réalisation de ces deux conditions; mais celle du temps est d'un grand ]ioids pour prouver l'une et l'autre. Car, premièrement, il est presque impossible qu'une chose qui appartient à quelqu'un, demeure longtemps entre les mains d'un autre ', sans que son propriétaire en ait connaissance par quelque voie, le temps en fournissant plusieurs occasions. Entre présents, cependant, il sul'lil d'un laps de temps moins long qu'entre absents pour établir cette conjecture, en mettant mênîe de côté la loi civile. Uc plus, la crainte une lois inspirée, peut bien durer (juchpic temps, mais non perpétuellement, puis(iu'un long espace de temps fournit de nombreuses occasions de réagir contre elle, en prenant ses précautions soit par soi-même, soit par les autres, en sortant même du pays de celui que l'on craint, alin de protester au moins de son droit, ou, ce ([ui est préférable, d'en appeler h des juges ou à des arbitres.
VII. — Un temps immémorial étant moralement considéré comme infini (*) (/. Hoc jure, § ... ductus^ Dig., De aqua quotid. cl xstiv.) '\ le silence que l'on aura gardé pendant ce temps-là, paraîtra, toujours suffire pour établir la présomption d'abandon, à moins de très-fortes raisons qui prouvent le contraire (**). Il a été judicieusemeut remarqué par les plus liabiles jurisconsultes, que le temps immémorial n'est pas tout à fait la même chose
' Le lexte dcGroUus est ici d'une concision extrême et semble même présenter une lacune. Nous avons dû adopter la paraphrase de M. de Courlin et de Barheyrnc, pour donner un sens satisfaisant. P. P. F.
(*) Andréas Kmch, Tractât, de jure territorii ; Rei\kk\g, lib. I, class. V. cajt. ii, n. 5; Olde.vdoup, class. m, art. 2. GnoTius.
2Din., Iil>. XLIII, lit. XX, 1. 3, H- P. P. F.
(**) MÉNOCHius, I, cens. xc. G.
qu'un espace de cent ans (*), quoique souvent il n'y 'ait pas une grande différence entre eux ; car le terme commun de la vie humaine est de cent ans (**). Cet espace de temps forme prescjue ordinairement trois Ages d'hommes, ou trois générations (***) (Eustatii., ad lliad., lib. 1). C'est ce que les Romains ol)jcctaient à Anliochus, lorsqu'ils lui démontraient (ju'il redemandait des villes que ni lui, ni son père, ni son aïeul n'avaient jamais possédées.
VIII. — 1. On objectera (pic les hommes s'aimantcuxmèmes et tenant à ce (pi'ils ont, ne doivent pas être sup-, posés portés à l'aire l'abandon de leurs biens, et que par conséciuent les actes négatils, même consacrés par un long espace de temps, ne sauraient sullire à établir la ])résomption dont nous avons parlé. Mais, d'un autre côté, nous devons penseur (pi'il faut bien espérer des hommes, et ne pas croire (|u'ils aient l'intention de laisser, pour une chose périssable, un autre homme dans un état continuel de péché : ce (ju'il serait sou-
(*) C'est ce (jii'ii remarriiié Balbus, De Piwscriplionihus ; et Covarruvias, sur le incine sujet ; r.omme aussi Ueinking, Vicl.libr. /, class. v, cap. XI, II. 40. Voyez au sujet du lemiis iniméinoiiai, le trèsérudil Faure, Consil. pr<i Ducalu Munlisferralensi. GuoTius.
(**) C'est ce que Juslinicn a|)|iclle Aîcovoç [JLaAX'jv r|TT£p "/povou dans son v cdit pulilié parmi les noies sur l'Histoire secrète de l'rocope.
Gnorius.
(***) Car une génération est un esii.icc de trente ans, comme le remarque Porphyre dans ses Questions sur Homère. Ilérodien explique à Sévère (|u'un siècle renferme trois générations, l'iiilon remar(|ue(iu'eii Éjjyple il y eut dix rois en l'espace de trois cents ans (De Lcgatione) (a). Plutarque dit dans la vie de Lycuryue, qu'il y eut quatorze rois à Lacédémone en cinc] cents ans. Dans sa povellc CLIX, .Instinien défend de produire une affaire en justice, i)arce ([uc déjà quatre générations s'étaient écoulées. Guoiius.
(0) On ne trouve piiint dans l'Iiilnii ce qui u.>t raiipui-ic diius ciatu note connue él'diû iUiU;\.Uc IJr l.rjationc, (B.).