‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 255 sur 294 · LIVRE II. CllAl'ITnE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. CllAl'ITnE V

lorsque Dieu a dit soit par Adam, soit par Moïse, que l'union du mariage est si grande (jue l'homme doit quitter la famille de son père, pour se taire une famille^ nouvelle avec son épouse — c'est à ],)eu près dans le même sens que le psalmiste dit à la lille de Pharaon : « Oublie ton peuple et la maison de ton père » (Psalm. xlv, ii) — Dieu nous a fait suflisamment connaître par l'établissement d'une atlection si étroite, qu'il lui est on ne peut plus agréable (*) que cette union soit indissoluble; mais il ne nous donne pas lieu de conclure que dès lors il ait défendu de rompre ce lien pour ([uekiue cause que ce fùt(**). C'est le Christ <[ui a défendu à l'homme de sé-

(*) Cel iisn;,'e a clé iiuUci'ois iiréférù |)iir beaucoup de saj^es. lMiri|pi{Je, dans Andromaiiue, dil iiar la l)Ouclie d'Ilermionc : « Il n'est |)as convenable ([u'un homme commande à deux femmes. Qu'il se borne au lit d'une seule épouse, celui ((ui sera désireux de voir bien diriger sa n)nison. » VA il ajoute dans le ciiu'ur : « Je n'a|)i)rouverai jamais iju'on voie ciicz «n liomii.e des enfants de deux mèiCs vivantes, et ([u'un époux ail deux lits en même temps Ce sont là des semences de liaine et de lutte cruelle. L'homme ne doit avoir qu'une seule compa^'nc d'un lit non paitayé. Deux maîtres ne gouvernent pas mieux les villes et les contrées ([u'unc seule main tenant le sceptre, liiiui plus, le poids du joug n'en devient que plus pesant: la colère, mère de la discorde, soulève les citoyens après avoir brisé le pacte qui les unissait. Les muscs elles-mêmes font n.iilre de tristes querelles entre deux iioëtes. Lorsque sur la mer un vent léger pousse les voiles du navire, une seule main qui lient le gouvernail vaut mieux, quoi(iucmoiiisestiinép, quenc valent une autorité de conseil divisée et reposant sur deux télcs, ou une nombreuse cohorte de pilotes prudents. Qu'une seule volonté gouverne la ville, qu'une volonté unlipic dii ige la famille, si toutefois on tient à un tranquille repos. » Plante dit dans sa conicdie'du Marchand: « Une bonncle femme se contente d'un mari; pourquoi donc un mari ne se contenterait pas d'une femme! » Giiûtius.

(**) C'est ainsi ((u'cn matière de ()olygamie, Ambroise fait une distinction entre ce (jue Dieu avait approuve dans le paradis terrestre, et la condamnation de la conduite contraire (a) (cap. iv, lib. I, de Abraham.) Gratien a rapporté ce passage, Caus. XXXII, QucVst. IV. Guotius.

(a) Barbeyrac l'iiit la paraplirase suivante : « C'est ainsi ipic saint Amljroiso parlant de la polypaniic, ilil que liiuu, dans le paradis terrestre, approuvait lo mariage d'un avec une, sans condamner pourtaiil lo contraire. « P. P. V.

506 LE DROIT I)E LA GUEllUE ET DE LA PAIX.

parer ce que Dieu avait uni par cette institution, taisant ainsi d'une cliosc très-bonne cl très-aj};réablc à Dieu, la matière très-digne d'un des préceptes de la loi nouvelle. 4. Il est certain que l;i plupart des nations, dans l'antiquité, ont joui de la liberté des divorces et du droit de se marier avec plusieurs t'emnies. Tacite rapporte que les Germains étaient prescjue les seuls i)arnii les Barbares, qui, de son tenq)s, se contentassent d'une seule épouse [De morib. Gcrm.). Les bistoires tant des Perses que des Indiens (*) nous le t'ont voir par une iiilinilé d'exenq)lcs. Gbez les Égyptiens (**), les iirêlres seuls ne se mariaient qu'avec une seule l'cmnie (Uiod., lib. I). Gbez IcsGrecs, Gecrops l'ut le premier, sur le témoignage d'Atliénée, qui «attribua une seule é})ouse à un seul mari.» Nous apprenons cependant par rexenq)le de Socrate et d'autres personnages, que cette règle ne lut pas longtemps observée, même à Atbènes(AuL.-GELL., lib. XV, cap. xx). Que si d'autres peuples ont été i)lus sobres à cet égard, comme les Romains, par exenqile, ([ui n'ont jamais eu deux épouses à la lois, et se sont longtemps abstenus du divorce, on doit certes les en louer, comme s'étant rapprocbés davantage de la perl'ection : aussi cbez les mêmes Romains, le mariage tle la [)rètresse de Jupiter ne se dissolvait-il ([ue par la mort; mais il ne s'ensuit pas cependant (jue ceux-là aient été coui)ablcs (***), qui

(*) p]l (les TliiMces, au sujul dcsiiucls il y a des vers de Ménandre, cl li'Euripidc dans AiidroiiuKiuc. G.

(**) Voyez llérodien, lib. M (a). ' G.

(*■•) Aiigu>rui (lib. XXII, cap. \h\u, Contra l'ansium) dit (juc «pendant

(a) C'est s;ins doute Hérodote; eiir il n'y a rien cerlainemenl là-dessus dans Hérodicn, tandis ([u'Ilérodole parle au long dans son livre II des niaurs des Egyptiens. Mais il dil tout le contraire. « Tous les Égyptiens, dit-il, qui vivent au delà des marais observent les coutuiucs que je viens de décrire. Ceux qui liabitcnt les marais les ont toutes adoiuéus, et notaninicnt celle de n'épouser qu'une [femme, comme les Grecs... » {Histoires d'Hérodote, traduc. de P. f.iguct, édit. IlachcUe, 1864, liv. II, p. 118). I'. P. F.

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