LIVRE II, CHAPITRE V
père et mère et les enfants issus d'eux; puisqu'on voit même des bêtes qui témoignent naturellement une pareille aversion. Telle a été l'opinion de plusieurs auteurs, et d'Arnobe {A<lvcrsùs génies, lib. V), qu\ s'écrie : « Estil possible que Jupiter ait conçu l'espérance d'assouvir sa passion criminelle pour sa mère, et qu'il n'ait pu être détourné de l'emportement de ce désir par l'iiorreur que la nature même, et ce sentiment général qu'elle inspire, a imprimé non-seulement dans les hommes, mais encore dans plusieurs animaux! » Il y a sur ce point, à propos d'un cliameau cl d'un cheval (*) scythe, un récit remarquable dans Aristote, Ilisloire des animaux, \\h. IX, cap. XLVii. Oppien rapporte (juclquc chose de semblable dans son traité sur la cliassc, lib. I. Sénèque tait dire à Hippolyte : « Les bêtes sauvages elles-mêmes fuient les amours criminelles, et sans avoir conscience de leur pudeur, elles respectent les lois du sang. »
XIU. — 1 . Il s'agit maintenant de tous les degrés d'affmilé, et des degrés de consanguinité en ligne collatérale : de ceux surtout dont il est parlé dans le chapitre xviii du Lévitique.Car en admettant même que la prohibition des mariages entre personnes se trouvant à ces degrés ', ne
(*) l'iinc raconte dans son Histoire naturelle, lib. Vlll, caji. xiii, dans l'endroit où il parie des ciicvaux, « qu'un cheval, au moment où on lui enlevait l'obstacle qui l'empêchait de voir, ayant reconnu qu'il avait été accouplé avec sa mère, s'élança vers des précipices, et se donna la mort. » Il cite « une cavale qui, pour la même cause, déchira dans la campagne d'i Réale son palefrenier. Car ces animaux possèdent en euxmêmes le sentiment des liens du sang. » Vous avez des exemples pareils dans Varron {De re rristicâ, II, 7), et dans Antigonus (a) (De admirabil.), ainsi que dans le traité d'Aristole, ((ui porte le même litre.
Grotius.
' L'extrême concision du texte de Grotius a rendu nécessaire ici l'emploi de quelques mots qui ne se trouvent pas dans le texte, ainsi conçu : « Nam riiàm concesso à mero jure nalurœ non lenire lire inlerdicla... n l\ \\ F.
'u) Aiuigoiiiib C.ii.\>liu,s, £)<; ouVat/Z/iu.?, cup. ux. 'V-.
découle pas du pur droit de nature, il semble néanmoins qu'elle eut pour source un ordre exprès de la volonté divine; et que cet ordre est tel qu'il n'oblige. pas les lié-, breux seuls, mais tous les hommes en général, connue, cela paraît résulter de ces paroles île Dieu à. Moïse : «Ne vous souillez d'aucune de ces choses, car les peuples que je chasserai à votre arrivée se sont souillés de tous ces crimes. » Et un peu plus loin : « Ne connnettez aucune de ces actions abominables; car tous les habitants lie cette terre qui vous est ollerle les ont commises.; et la terre en a été souillée» (Lévit.,cap. xvni, vers. 24, 25,27).
2. Si les Cananéens et leurs voisins ont péché en commettant de semblables choses, il s'ensuit qu'il existait quelque loi antérieure; et cette lui n'étant pas purement naturelle, il faut donc (|u'elle ait été donnée par Dieu, soit spécialement à ces peuples mêmes — ce qui n'est pas vraf^emblable, et n'est pas sul'lisamment exprimé par le texte — soit au genre humain, lors de la création du monde, ou lors de la réparation après le déluge. Or ces sortes de lois qui ont été ilonnées a tout le genre humain, ne ])araissent point avoir été abrogées par le Christ; mais celles-là seulement qui séparaient comme par un retranchement les Juiis d'avec les autres nations (Ephés., n 14). Ajoutez à cela que Paul condamne avec une extrême sévérité le mariage du beau-lils avec sa belle-mère (I Gorinth., cap. v, 1), bien (|ue cependant il n'existe sur ce sujet aucune tlél'ense particulière du Christ; et l'apùtre lui-même n'allègue d'autre raison, si ce n'est qu'une union semblable est considérée connue impure même par les nations profanes (*) : allégation
(■) « Je ne m'altaclie pas à prouver, dil Terlullien {Advers. ilarcionem, lib V), que suivant la loi du Créateur il n'est pas permis d'avoir la l'emme de son père. ]| ne taut ici que euusuiter l'opinion ou la religion Cûiniiiune (le (uns lis peuples, u CjHutius