‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 262 sur 294 · LIVRE II, niIAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, niIAPITRE V

dont la vérité est démontrée, entre autres choses, par les lois de Charondas (jui marquent d'infamie un pareil mariage', et par ce passage d'un discours de Lysias^ : « le plus impur des hommes, il était le mari de la mère et de la tille. » Une pensée analogue se trouve dans cette phrase de Gicéron, pour A. Cluentius, dans une affaire semhlable. Ayant raconté qu'une belle-mère avait épousé son gendre : « 0 crime incroyable dans une femme, s'écrie-t-il, et (jui à l'exception d'elle avait toujours été sans exemple! » Le roi Séleucus voulant donner son épouse Slratonicc en mariage à son tils Antioriius, craignait, au rapport de Plularque (*), qu'elle s'en oll'ensàt, « comme tl'une chose illicite. » Il y a dans Virr gile : « Il osa porter l'inceste dans le lit de sa bellemère. » Si ce commun sentiment n'a pas tiré son origine d'une loi nécessaire de la nature, il faut certainement qu'il descende d'une ancienne tradition qui ait découlé de ([uelque commandement divin.

.3. Les anciens Hébreux 3, qu'il ne faut pas dédaigner, en cette matière, comme interprètes de la loi divine, et Moïse, le tils de Maimon, qui a ki tous leurs écrits et les a très-judicieusement classés, assignent deux raisons aux lois sur les mariages contenues dans le chapitre xviii du Lévitique. La première est une certaine pudeur naturelle, (|ui ne permet point que ceux (jui ont donné la

' Gronovius l'yit rcmar([iicr, ca invoqunni t)io(lore de Sicile (lib. XII, cap. xii), ([lie lii loi de (^liarondas ne déleiulail |ioinl le mariage d'un gendre avec sa belle-mÎM-e, mais les secondes noces. P. P. F.

2 Grotius, dit liarbeyrac, a cité Lysias |iour Andocide. Les paroles qu'il donne comme étant du premier de ces orateurs grecs, sont du dernier [Oral. I, p 235. éd. Wecli, 1GI9). P. P. I*'.

(■) Dans la vie de Déinétrius, Appien en parle aussi (in Syriacis) (a). Il appelle ceUc jia.ssion « un amour criuiinel. » Grotius.

■' Les anciens docteurs juifs. (Harbeyrac.)

(n) De llell. Siiriac. (li.)

naissance à une personne aient avec elle un commerce, charnel, ou par eux-mêmes, ou par d'autres qui les touchent de près, soit par le sang, soit par le mélange du sang dans le mariage (*). La seconde raison est qu'une intimité trop de tous les jours, et troj) peu retenue, serait une occasion d'atteintes à la pudeur et d'adultères, si do telles amours pouvaient être cimentées par le mariage. Si nous appli((uons avec discernement ces deux raisons aux lois divines ilont j'ai pai'lé, contenues dans le Lévitique, on découvrira lacilement que, sans rien dire ici des pères et des enfants — entre lesijuels la raison naturelle interdit suriisainmeiit, ii mon avis, le mariage, encore même qu'il n'y ait i)oiiit là-dessus de loi expresse — les individus (jui on! (pu^hpu' liaison d'atlinité en ligne, directe, comme aussi ceux (jui ont entre eux quelque lien de consanguinité dans le premier degré collatéral (**) — que l'on appelle scco/u/ par rapport à la tigcconnnune' — ne peuvent passe marier ensemble i)Oiir la première raison, parce qu'il y a, gravée dans les enfants, une empreinte trop récente de l'image des j^ère et mère. Celte

(*) « Quoique les parties soient divisées, dit Pliilon, elles i-cliennenl le droit de fraternité, et elles sont liées par la parenté, comme par un lien naturel » (a). GnoTius.

("*) Les Péruviens et les Mexicains allaient jusipi'à s'abstenir du mariat'e entre i)arents. Guotius.

' Disons à ce propos que les canonistes ne comptent (|u'un dej,'ré là où les jurisconsultes en comptent deux. Ainsi, pour eux, le frère et la sœur sont au premier dc;,M-é, tandis i[u'ils sont au deuxième dans le langage ordinaire. P. P. F.

(a) Barbeyrac veut expliquer cette citation. Il s'af,'it, dil-il, dans le passage de Philon, de la défense d'épouser deux su'urs, soii en niùme temps, soit siiccessivenicnt, mais eu sorte qno toutes deux soient envie. Pliilon étale à co. 'sujet les inconvénients de la jalousie, et des inimitiés que cela cause entre les deux sœur.s. C'est comme si les membres du iiutre corps étaient déchirés et divisés; car, ajoute-t-il, (pioiipie les pcisnimos qui mit luitre elles une relation de fraternité soient effectivenienl des mcniliies .sép.ucs, elle.s sont uéanmoins unies par la nature et parla parenté. P. P. F.

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première raison vient, eu eiîet, d'un sentiment que la nature ne commande pas, à la vérité, mais qu'elle suggère comme plus honnête. Plusieurs choses de cette nature tournissent matière aux lois divines et humaines'. 4. C'est pour cela que les Hébreux' veulent qu'en ligne directe, des degrés même dont il n'est pas fait mention par la loi soient compris dans la prohibition, parce qu'il y a évidemment parité de raison. Voici d'après eux les désignations de ces degrés : la mère de sa mère, la mère du père de sa mère, la mère de son père, la mère du père de son ]ière, la femme du père de son père, hi l'en) me du père de sa mère, la belle-lille de son tils, la belle-lilledu lils de son lils, la bellc-lille de sa lille, la lille de la lille de son lils^ la lille du lils de son lils, la lille de la lille de sa lille, la lille du lils de sa lille, la lille de la lille du lils de sa femme, la lille de la fille de la lille de sa femme, la mère de la mère du père de sa femme, la mère du père de la mère de sa femme ; c'est- Ji-dire, pour parler à la façon des Romains 3, toutes les aïeules et bisaïeules, les arrière-marâtres, les arrièrepetites-lilles, les arrière-belles-lilles, les arrière-brus, les arrière-belles-mères. La raison en est que sous cha-

' Grolius, on le voit, ne se inononce pas d'une manière bien nette sur la (juestion de savoir si les mariages en ligne callatérale sont nuls par le droit nalurei. Mais il se rapproclic de cette opinion, en supposant une défense laite par Dieu au genre humain (Voir le n° 1 de notre paragraphe). On aurait |)u désirer plus de précision. Mais l'habitude de n'avancer une proposition «lu'en s'appuyant sur des exemples, el.de se perdre dans des distinctions subtiles, enlève à Grolius beaucoup de clarté. Sa pensée ne se dégage pas sulfisainment, embarrassée qu'elle est par des circonvolutions regrettables. I'. 1'. F.

2 Le.s Rabbins. (B.)

•'' GnoTiL's se sert, en efl'el, dans ce passage, des mots : avix, proaviœ, pronorercx, projieples, proprivignœ, pronurus, prosocrus, tous mots employés dans le vocabulaire des lois romaines. Voir, notamment, Inslit. de Juntinien, jib. III, tit. VI, De gradibus cognalionis . P. P. F.

que nom d'un dcyré d'açination, * se trouve comprise une cognation"^ correspondante; que le premier degré renferme le second; et que le second, comprend le troisième. Au delà de ce degré il ne peut guère s'élever de discussion ; bien qu'au surplus, si la chose se présentait, il en serait de même, à l'inlini.

5. Quant à ces lois, et à celle (jui défend aux frères de s'unir à leurs sœurs, les Hébreux.^ sont d'avis qu'elles ont été données à Adam lui-même, en même temps que la loi qui prescrivait de servir Dieu, de rendre la justice, de ne pas répandre le sang, de ne pas adorer les faux dieux, de ne point ravir la chose d'autrui; mais que ces lois relatives aux mariages ne devaient entrer en vigueur qu'après que le genre humain se serait sullisamment multiplié : ce qui, dans le commencement, n'a pu se faire sans l'union des frères et des sœurs. Ils pensent qu'il n'inqiorte pas que Moïse n'en ait point parlé en son lieu (*), puis(iu'il a sulTi (pi'il l'ait tacitement indiqué dans la Loi elle-même, en condanniant pour ce sujet les nations étrangères. Il y a, en eifet, beaucoup de choses dans la Loi, (pii sont dites non selon l'ordre du temps, mais suivant l'occasion <]ui s'eii présente : d'où ce mot populaire parmi les Hébreux, (jue « dans la loi il n'y a ni premier ni dernier, » c'est-à-dire que beaucoup de choses y sont rapportées « en dernier

'-2 Agnalion,... Cognadon... L'Agnalion, en droit loinain, était le lien qui unissait les membres de la même t'amiile civile. La base de celle famille n'élait pas le lien du sang, mais la puissance paternelle. La Cognation était le lien de parenté naturelle, le lien du sang.

3 Les docteurs juifs. (Uaubeyrac.)

(*) On ne trouve pas non plus la loi en vertu de liKjuellc Juda voulut qu'on brùlàt Tliamar. C'est ainsi que Judith parle des Siclicmites comme ayant été tués légitimement à cause du viol d'une jeune fille (cap. ix, vers. 1); et Rub^n est frappé par la malédiclion de son père, à cause de l'inceste qu'il avait commis. Grotius.

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