LIVRE II, CHAPITRE V
(]uelle un individu se donne à la famille d'un autre, de manière à en dépendre comme un fils d'un âge mûr est soumis à son père. Quant à un père, il ne peut donner son (ils il un autre de manière à tranférer complètement sur ce dernier son droit paternel, et à se délier lui-même de son devoir de père. La nature ne le permet pas; mais il peut conlier son lils à un autre, et le lui donner à nourrir, comme substituant autrui à lui-même.
XXVII. — 1. La plus vile espèce d'assujettissement, est celle par huiuelle un individu se donne en servitude pai'l'aile, comme (aisaient chez les Germains ceux qui jouaient leur liberté sur un dernier coup de dé : « Celui (jui perd, dit Tacite, accepte volontairemiiiit l'esclavage » (De morib. lierman.). Il en était de même chez les Grecs, à ce que raconte Dion de Pruse [Orat. w) : «Il y a, dit-il, un grand nombre d'individus qui, étant libres, se donnent en esclavage, pour servir selon la clause du contrat (*). »
"2. La servitude parfaite est celle ([ui oblige à des services perpétuels, en échange des aliments et des autres choses qu'exigent les nécessités de la vie Ainsi entendu et renfenué dans les bornes de la nature ', cet assujettissement n'a rien en soi de troj) dur (") ; car cette obliga-
(*) Cela élail autrefois cléfcutiii eu t;;,'y|ite. On le (jennetlait à Allièues, jus(iu'au lemps de Sulon, qui abolit l'usage « d'engager son corps pour sûreté de sa dcllc » (I'lutarque, Vie de Solon). A Home, la loi Pœtelia lit la même défense [a). Grotius.
' Suivant les(iuclles il ne doit \)as être plus permis aux maîtres sur la personne de leurs esclaves, (pic l'écpiilé naturelle ne leur concède.
GnoNovius
(**) Voyez sur ce sujet un excellente dissertation de Liusbcti... Epist. lit, Exolic. GROTrus.
(a; I,;i Ini l'tutulia renuinti; ù l'an 42.> ou /435 de Rome. Elle déclara nulle luiUc convcuiiiin (pii dunneiail drnii de gaj;o au créancier sur la ))ursonne ou lus opcrtf scriiles du débiteur (Titi;-I,ivk, lii). VIII, lit. XXVIII). Celte loi ra'tclla csi miusidi'ié'o |iai- riiisi.nricu latin, comme le point de dénail df la lilu'it.' plélii'Ujnrii;. P. p. F.
tion perpétuelle de services est compensée par l'assurance d'avoir toujours des aliments : assurance que n'ont ' pas ceux qui louent leurs services au jour le jour. Aussi' ce que dit Eubulus ' se réalise-t-il plus d'une fois : c'est «qu'on veut rester chez ses maîtres, sans recevoir do gages, et en se contentant de l'entretien.» Le niôinc' poëte comique dit ailleurs: «Beaucoup d'esclaves fugi-' til's qui se sont donné des airs d'hommes libres, reviennent à leur premier logis (*). » C'est ainsi que le stoïcien Posidonius taisait la remanjue dans son Hisloirc, (|u'il y avait eu autrefois bien des individus qui, ayant la cons-cience de leur faiblesse, s'étaient spontanément donnés à d'autres en esclavage, « afni {|ue leurs maîtres pourvussent à leurs besoins, en retour des services (ju'ils leur rendraient dans la limite de leurs moyens'. » D'autres ajoutent l'exemple des Mariandyniens <pii, pour le môme motif, se rendirent les esclaves des lléracléotes.
XXVIIl. — Quant au droit de vie et de mort — je parle de la justice pleine et intérieure ^ — les maîtres ne l'ont pas sur leurs esclaves. Aucun homme, en ellet, ne peut légitimement mettre à mort un autre homme, i\ moins ([ue ce dernier n'ait commis (juchiue crime capital. Mais en vertu des lois de certains peuples, le maître (|ui tue son esclave pour (|iiel(|ue siij(!t (pie cr soit, le fait impunément, ainsi ([u'il arrive [)art()ul à l'égard des
' Eubulus, ancien coinique grec. Darbeyrac reinaii|uc dans une nulc, (jue le vers d'Eiibulus se trouve dans Atuénke, lib. Vi, caj). xii. 1'. l'.l''.
(') Dans l'Iaule, un esclave dil : « Libre, je vivrai à mes dépens ; mainleiiaiil je vis aux liens. » Le yraniniairien Mélissus, de Sjiolcle, ne voulut pas être aflrancbi («). Gnoritb.
- C'est d'Athénée que Grolius a tiré les paroles de ce pliilosoi)be stoïcien {Deipnosopli., lib. VI, cap. xviii, Edil.. Luydun., 1(,I57, p."2Gj.) (II.)
•• C'est-à-dire, devant la conscience. Celte justice interne, dilGronovius, « qui nous rend innocents, non-seulement devant nn juge mortel, mais encore devant Dieu. » l'. 1*. 1".
(a) Im secoi.d passage du coiniipie GruC Enbulus, se trouve dans Stoli^-e Senii LMi. (11.)