‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 280 sur 294 · LIVRE 11, CihU'ITRE VI. r>b I · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CihU'ITRE VI. r>b I

mais avec le consentement du roi; parce que ce dernier a aussi quelque droit à cet égard, qui ressemble à celui d'un usufruitier, et qu'on ne doit pas lui enlever malgré lui. Ce qui vient d'être dit regarde la souveraineté considérée dans toute son étendue.

IV. — Pour l'aliénation d'une partie de l'État on re- (|uiert quelque autre chose de plus : c'est que la portion (ju'il s'agit d'aliéner y consente ('). Car ceux qui se réunissent pour tonner un État, contractent une sorte d'association sans interruption, et éternelle ', à l'égard des |);trlies (pii sont dites intégrantes. D'oîi il suit que ces [larlies ne dépendent pas du corps, comme les parties d'un corps naturel, (pii ne iteuvent vivre que de sa vie, et (pi'on [)eut très-bien, retrancher pour l'avantage de c« corps. Le corps, en etVet, dont nous parlons, est d'une autre espèce, puis([u'il est l'œuvre de la volonté. Aussi faut-il mesurer le droit ([u'il a sur ses membres d'après cette volonté primitive, ([ui ne doit pas être présumée avoir reconnu au corps le droit de retrancher ses parties pour les soumettre à la domination d'autrui.

V. — Réciproquement, la partie n'a pas le droit de se séparer du corps, à moins qu'il ne soit évident qu'elle ne puisse se conserver autrement (**) ; car, ainsi que nous

(■) Gailius, De paccpiiblicd, c. xv, n. l'I. Voyez Deserres (a), dans la vie de Cliarlcs le Saye, et le même historien dans celle de François l*"", où il parle de la liourgogne.

' Autant toutefois que cela dépond d'eux. P. P. F.

('*) Comparez ce qui sera dit jdus bas, au chapitre xxiv, g vi, de ce livre. (Test pour cette raison qu'Ana.xilas, qui avait rendu Byzance, y étant contraint par la famine, l'ut absous par les Spartiates (Xénoi'HON, Uist. Grxc. ,\ih. I). L'empereur Anaslase remercia même le gouverneur de la ville de Martyropole, de ce qu'il l'avait rendue aux Perses, ne pouvant pas la défendre (Puucope, Des édifices...). Le même auteur fait l'observation (Gotihic., lib. IV,) que « le courage est incompatible avec la faim, et que la nature ne comporte jjoint (ju'on soit en même temps affamé et valeureux. » On Irouvc dans Anne (^ninnèno (lib. V), "ne lettre

(uj 1 inentuii c (Je t'/iisluirc du Fiuvce (ùilil. do l'aria, iii-lnl. IG-i7j. 'B.;.

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l'avons dit plus haut ', dans tout ce qui est d'instilulion humaine, il faut excepter rextrême nécessité (jui ramène la chose au pur droit de nature. « La nature, dit Augustin dans son ouvrage sur la Cité de Dieu (lib. XYllI, cap. Il), a l'ail entendre en (juehiuc sorte cette voix à prescjue toutes les nations du monde, d'aimer mieux se soumettre aux vaincpieurs ({ue de se laisser ruiner [)ar les abomi- ''nablcs ravages de la guerre. » Aussi, dans le serment par lequel les Grecs se dévouaient à la mort s'ils se rendaient aux Perses, a-t-on ajouté cette clause : a à moins d'y être tout à luit contraints» (IIérouote, Pulijmn.).

VI. — On [)eut sulTisamment comprenth'c par là," pourquoi dans celte matière le droit de la partie pour sa pro- Iti'e conservation est plus grand ([ue celui du corps sur la partie elle-même : c'est (jue la partie use du droit ■ qu'elle a eu avant l'établissement de la société ; et ipi'il n'en est pas de même du corps ^. Qu'on ne me dise pas

de (^éiilialc n l'oin|iercur Alcxius, nu siijel du sii''f^e île Larissc, où il est d'il : « Ksclavc's de la nécessité — que faire, en eiïet, conlre la force de la nature? — nous avons résidu de livrer la place à ceux ([ui non seulenicnl nous assiég. lit, mais encore, ce (jui est on ne peut plus manifeste, nous tiennent le pied sur la j^orî^e. » Gkotius.

' Liv. 1", cliap. IV, g 7, n" 1, p. :}l!'J; liv. II, chap. ii, g G, p. 1». 1'. F.

- Gronovius interprète ainsi ce passade : « Une ville, une province, dit-il, sont plus excusables lorsiju'elles se séparent du corps de l'Llat, qu'un peuple ou cju'un roi (jui les aliènent. » La ville, la province, ([ui

!nc sont que (les parties du lout([u'on nomme Ktat, usent du droit qu'elles ont eu de s'agréger à ce tout. Mais l'État, ([ui n'est formé ([uc par la réunion des parties, n'est que le résultat de celle agrégation, et il n'a pris naissance ([u'ajirès que la société a été constituée. ♦

Marijcyrac crifuiue ce passage dcdrotius, mais il contribue inéiiiocre-, ment à le rendre plus clair. « Le corps de l'Ëlal, dit-il, n'a pas à la vérité le droit d'aliéner une de ses parties, en sorte qu'elle soit tenue, bon gré malyré qu'elle en ail, de reconn.iitre le nouveau [uaitre au([ucl on veut la donner, et que celui-ci l'acquière dès lors sans auire titre. Mais cela n'empêtbe pas que le corps de l'Etat ne puisse abandonner une de ses (parties, lorsqu'il serait réduit évidemment à périr, s'il voulait continuer \â être uni avec elle. Il faut enrtaiiienicnt que le droit soit égal de \y.\ïl (et d'autre : et le- corps de l'Étal peut sans doute penser à sa propre con-

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