‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 281 sur 294 · LIVRE 11, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CHAPITRE VI

que la souveraineté réside dans le corps comiiie dans son sujet, et qu'ainsi le corps peut l'aliéner, comme il aliénerait une ciiose dont il serait propriétaire. La sou-

' M'iv.ilion, aussi hicii (juc lu jioiirrail celte partie. Il suffit (ju'il ne la force

i |.as liirccteiiieiit à passer sous une autre domination, et ijuMl lui laisse

-—le droit (le se .défendre par elle-iuéiiie, si elle peut ; en un mol, ^u'il ne

la proléi,'e plus; ce ([ui est tout ce (pie peut raisonnablement exiger

1. celui ijui le réduit à cette faclieuse extrémité. Ainsi le corps de l'Etat

n'aliène point, en ce cas-là, la partie dont il s'agit : il ne fait que renon-

coi' à une société, dont les engagements liiiisscnt, en vertu de Texception

tacite (pie forment les cas de'nécessité. lin vain notre auteur prélend-il

f«pie, (|uaiid une partie de l'Ktat se détache du coilis, y claul contrainte par la nécessité, elle use du droit de se con.server, qu'elle avait avant rétaldisseiuent de la société; au lieu (|u'il w\\\ est pas de même du corps. Cela est fondé sur une rai.son siilililc, dont on tire une faus.se con- ,sé(|uence : c'est ipie le corps n'élanl formé que par rétablissement de la / société, il n'. vail aucun droit, avant que d'être corps, et par conséquenl \il n'avait pas le droit de se conserver. Mais, quoiqu'un corps moral n'ait aucun droit précisément comme corps, avant que d'être formé, il ne laisse pas pour cela d'avoir droit de se conserver, autant qu'en a chacun •{lcs mcmbrea (|ui le composent. Les iiarticuliers qui entrent dans une société civile, ayanl et le droit, et la volonté de se conserver, ce ([u'ils ne peuvent faire sans la conservation du corps; ils sont et doivent être censés communiquer ce droit au corps même. Le corps peut donc aussi 'légilimement se séparer, de la manière que nous avons dit, de ([uelqu'une de ses parties, lorsque sa conservation le demamle, que celte partie pour- ^rait se détacher du corps en pareil cas : cl il le peut d'autant plus légitimement, (jue la partie est ordinairement peu considérable, en comparai- |.son du reste du corps. Ajoutez à cela, que, selon le principe de notre • auteur, la partie même, dont il s'agit, n'aurait pas droit de se détacher (lu corps de l'État, même dans la dernière nécessité. Car enfin il ne s'agit pas d'un .-jimple particulier, ou d'un père de famille : il s'agit d'une ville, ou d'une province, c'est-à-dire d'un corps; qui est à la vérité membre d'un plus grand corps, mais ipii en lui-même est un corps r"nioral aussi réel, ipie le corps entier de l'Étal; et qui, par conséquent, \n'avail aucun droit comme corps, avant ipie d'être formé. Api es tout, I dans le cas de nécessilé ([u'on suppose, et que je reconnais être le seul 'J\\x\ autoris'e le-corjis de l'État à abandonner ipielqu'uiie de ses parties; I en ce cas-là, dis-je, ce serait en vain que le corps voudrait s'obstiner à /conserver et à défendre celte partie, puisqu'il est hors d'état de se cou- M.servor cl de s;> défendre lui iiiêine. Ainsi c'est un malluMir, dont la partie iii.illieurcu^e duil ^e cuiisolc, >i ille ne trouve pas d'.iilkiiia du iiiiui

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veraiiieté réside, en effet, dans le corps de l'Élat, comme dans un sujet qu'elle remplit tout entier, et sans se diviser en plusieurs corps ', de la même manière que l'âme réside dans les corps parfaits*^. Quant à la nécessité, (|ui

y rcniéJicr : cl elle sérail bien liéraisonnabie, de voiiloii' (jue le corps de l'Élal se sacrifiai inulilemcnt pour elle. » P. I'. F. '

* u Comme l'objcclion est subtile cl peu solide, la réponse est obscure et peu satisfaisanlc. Il est vrai que la souveraineté a son sié^je dans le corps de l'Ëlat; mais il ne s'ensuit point de là (lue le corps de l'Iilal puisse aliéner quelqu'une de ses parties, bon gré mal gré qu'elle en ait. On confond deux clioses difTérentes ; la souvorainclé, et les membres de rÉtal ou de la société civile. La souveraineté ne laisse jias d'être toujours souveraineté, encore que le nombre desmendtres de l'IÙIat diminue; comme elle n'en est pas plus souveraineté, par cela seul que ce nombre augmente. On peut, au contraire, se dé|iouiller di; (piebiue partie de la souveraineté, sans que le nombre des membres de l'iilat augmente ou diminue. Ainsi loul ce (juc l'on doit inlérer de ce (pie la suuveraincli réside dans le corps de l'Etal, c'est que le corps de l'IClal peut aliéner la souveraineté, ou (luebiu'unc de ses parties; auquel cas même il faut un consentement de tous les mcmi)ics de l'Etat, ou de tous les petits corps dtint te grand corps est comiiosc. Mais pour savoir si le corps de rË^at a droit de relranclicr quelqu'un de ses membres, et de le doimer à un autre mailre, il faut examiner s'il y a lieu de croire que cbaeiue membre ait prétendu se soumettre ici à la volonté de tout le corps; ce qui n'est point. La souveraineté même la plus absolue ne renferme pas de sa nature le pouvoir de faire passer les sujets, malgré eux, sous la domination d'autrui. Ainsi, pour répondre à l'objection dont il s'agil, il n'est pas besoin de dire, avec notre auteur, ([ue la .souveraineté esl indivisible, et qu'elle réside également dans tous les membres du corps de l'Etat; puisqui! la (lueslion, dont il s'agit, ne regarde point l'étendue cl l'exercice de la souveraineté. La comparaison même qu'il cnqjloie, tirée de l'axiome delà vieille pbilosophie : Anima iota est in Corpore, el tota in ijudlihet Cnrporis parte; celte comparaison, dis-je, pourrait faire tirer de son j)rincipe une conséiiuencc toute contraire. Car l'àme n'en est pas moins àme, ([uoicpi'un membre du corps ait été retrancbé ; el elle peut ordonner ([u'il soit retrancbé, lors([uc le bien du corps le demande. « (li.) 2 Les pbilosopbcs des derniers siècles ont tous enseigné, cliacun pour l'utilité de sa cause, que la souveraineté esl tmc el indivisible. « C'est une opinion séditieuse, disait Ilobbcs, (jue d'estimer que la puissance souveraine puisse être partagéi', cl j(! n'eu sailie aucune de |)lus pernicieuse aux sociétés » (De cive, cbap. xii, j; j). « Diviser la souveraineté,

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