LXVI ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE
civil, du moins dans les États protestants de l'Europe. En Angleterre, la différence des lois et quelques autres causes retardèrent l'influence de Grotius, qui, en définitive, y fut bien moins générale. Il n'en jouit pas moins d'une haute considération comme le fondateur du droit moderne des nations, science qui se distingue de celle qui portait autrefois ce même nom, par ses rapports plus intimes avec le droit naturel '. »
L'ouvrage de Grotius a cependant été l'objet de nombreuses critiques. Il a particulièrement été attacjué par Dugald Stewart, dans sa première dissertation sur le Progrès de la Philosophie.
Hallam a résumé les objections de ce philosophe.
Dugald Stewart mentionne le but attribué à Grotius, d'avoir voulu donner, sous le titre de Jure Belli ac Pacis, un système complet de droit naturel, et il répond que, suivant Gondillac, Grotius aurait choisi ce titre afin d'exciter une curiosité pliis générale.
Hallam combat avec justice cette insinuation. « Grotius, dit^l, choisit ce titre parce qu'il exprimait mieux qu'aucun autre cet objet : la recherche des lois qui lient les communautés indépendantes dans leurs rapports mutuels de guerre ou de paix. Mais comme il n'était pas possible de poser des principes solides de droit international, avant d'avoir clairement établi les idées de droit, de souveraineté, de domination sur les choses et les personnes, de guerre même, il devint indispensable de s'asseoir sur une base plus large que n'ont cru devoir le faire des écrivains modernes sur le droit des gens, qui ont trouvé ce travail préparatoire tout fait 2. Toute
' Histoire de la Littérature de l'Europe, l, III, p. 279, 280. ■^ Uarbcyrac explique autrciiieiit le lilre que Grulius donna à son trailù. Suivjiil lui, Grotius avait remarqué qu'un des plus funcsli-s ell'ets de l'i-
SUR GROTIUS ET SON TEMPS. ; LXVIl
philosopliie éthique, même dans ces parties qui ont un rapport intime avec- la jurisprudence et le droit international, était du temps de Grotius un cliaos d'idées incohérentes et arbitraires, tirées de différentes sources, des écoles de l'antiquité, de l'Écriture, des Pères, des ca-; nous, des théologiens casuistes, des rabbins, des juristes, ainsi que des coutumes et opinions de tous les peuples civilisés, passés et présents, des Juifs, des Grecs et des Romains, des républiques commerçantes, des royaumes chevaleresques de l'Europe moderne. Si Grotius ne s'est pas toujours recomm dans ce dédale, au travers duquel il se IVaic péniblement un chemin a la lueur de la raison et de la révélation, il a du moins déblayé une partie du terrain, et plus souvent encore mis les autres dans la bonne voie, lorsque lui-même n'a pas pu la suivre. Gondillac, suivant la citation de Stewart, aurait eu l'initiative de l'accusation reproduite par Paley contre Grotius, d'avoir cherché à appuyer ses conclusions sur l'autorité d'autrui, et entassé une masse de citations pour prouver
gnorancc du droit de la nature cl des gens, était la licence prodigieuse de la guerre. Il voulait ([ne son livre fut lu surtout de ceux qui pouvaient ef(icacemenl y porter queiciue remède. Il savait, d'ailleurs, que rien n'est plus propre à introduire le goût d'une science, que l'exemple des grands qui l'estiment ou la cultivent eux-mêmes, l'our les engager à lire son livre, il choisit un sujet particulier, qui ne pouvait que réveiller leur attention. Le Droit de la Guerre et de la' Paix lui sembla un titre suffisamment a éclatant » pour frapper l'attention des personnes de tout ordre. Usant donc d'un innocent artifice, Grotius parut, par l'intitulé de son livre, se borner à ce qui regarde les affaires de la guerre et île la jiaix dont elle est suivie; mais cependant il y lit entrer des principes généraux pour toutes les autres matières du droit naturel, du droit des gens et du droit public universel. Ainsi, ce qui était le principal dans l'intention do l'auteur, devint comme l'accessoire, mais un accessoire qui fournissait des nialériaux pour liàlir un édifice plus régulier. Il est difficile de se rallier à cette exiilicUioii. I>a supercherie dont parle Barbeyrac eût élé iiiiiac iile ; m lis eùl-elle été digne du caraftère de Gr ilWis ?