‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 41 sur 294 · LXXVIII DEDICACE · texte numérisé non relu

LXXVIII DEDICACE

qualités, mais tout ce qui peut être imaginé de beau et d'iionnêlc. Vous êtes juste, lorsque vous honorez, en riniilant, la mémoire du Roi votre |)ère, qui fut grand par-dessus tout ce qui peut être ainsi qualifié. Vous êtes juste, lorscjue vous formez voire frère de toutes n)anières, mais eu ne [louvant lui donner de meilleur enseignement que celui de vulrc exemple. Vous êtes juste, lorsque vous répandez sur vos sœurs l'éclat d'illustres mariages. Vous êtes juste, lorsque vous laites revivre des lois ensevelies naguère, et que, dans les limites de votre pouvoir, vous vous placez comme obstacle devant un siècle qui s'élance vers sa ruine! Vous élesjuste, maison même lemps vous êtes clément, lorsqu'aux sujets que l'ignorance de votre bonté avait détournés de la voie du devoir, vous n'enlevez rien si ce n'est la liberté de se rendre coupables; et lorsque vous ne faites aucune violence aux consciences pensant autrement que vous sur les choses de la 'religion. Vous êtes juste, et en même temps miséricordieux, lorsque vous faites cesser par votre puissance les douleurs des peuples opprimés, des princes abattus, et que vous ne tolérez point qu'il soit trop permis à la Fortune. Celte bienfaisance qui vous est particulière, et qui est semblable à iclle do Uieu, autant que le souffre la nature humaine, me porte aussi à vous rendre des actions de grâce en mon nom privé, dans celte Dédicace publique. Car, de même que les corps célestes non-seulement pénètrent les grandes parties de l'univers, mais laissent descendre leur iniluence sur chacun des êtres animés; de même, vous, astre très-bienfaisant sur la terre, non content de relever les princes, de soulager les peuples, vous avez voulu aussi être pour moi, maltraité dans ma patrie, un secours et une consolation. Pour compléler renchainemenl de toutes les vertus que comprend la Justice, il faut. ajouter aux actions de votre vie publique, l'innocence et la pureté de votre vie privée, dignes d'être admirées, non-seulement par les hommes, mais encore par les esprits éthérés. Car, combien d'hommes faisant partie du peuple, et même, combien d'entre ceux qui se sont séparés du monde, se sont-ils mis à l'abri de toutes faulos, cuiume vous l'avez fait,

A LOUIS Xin. . LXXIX

vous qui ê^ps placé dans une situation à être assiégé de toutes parts par d'innombrables séductions! Quelle grandeur n'y a-t-il point à atteindre au milieu des affaires, dans la foule, à la Cour, au milieu de tant d'exempl«s si divers d'iionimes qui commettent des fautes, cette perfection que la solitude accorde à peine, et souvent n'accorde point aux autres ? Mériter dès cette vie nonseulement le nom de Juste, mais aussi celui de Saint, que le consentement des personnes pieuses a décerné à Cliarlemagne et à Louis, vos ancêtres, après leur mort, c'est être Très-Chrétien, non-seulement par un litre attaché à sa race, mais par un droit qui vous appartient en propre. Aucune des faces de la Justice ne vous est élrangère; cependant, celle que concerne le sujet de ce livre, c'est-à-dire celle qui se rapporte aux choses de la guerre et de la paix, vous est particulièrement propre, en tant que vous êtes Roi, et Roi des Francs. 11 est grand, ce royaume qui est à vous et qui s'étend, de l'une à l'autre mer^ à travers de si vastes espaces de contrées prospères ; mais vous avez un Empire plus grand que ce royaume : c'est que vous ne convoitez pas les royaumes d'autrui! Il est digne de votre piété, il est digne de votre haute fortune, de n'attenter par les armes au droit de personne; de ne point troubler d'anciennes frontières; mais, au sein de la guerre, de faire les aflaires de la paix, et de ne commencer les hostilités qu'avec le désir de les terminer au plus tôt. Combien il sera beau, combien glorieux, combien il sera doux à votre conscience elle-même, de pouvoir dire avec conGance, lorsqu'un jour Dieu vous appellera dans son royaume, le seul qui soit supérieur au vôtre : « Cette épée que j'ai reçue de vous pour la défense de la Justice, je vous la rends intacte de tout sang témérairement répandu, pure et innocente! » Il arrivera ainsi que les règles puisées maintenant par nous dans les livres, ressorlironl dans l'avenir de vos actions, comme du mod^île le plus parfait. Ce sera la plus grande des œuvres; et cependant les peuples chrétiens osent exiger de vous plus encore. Ils attendent que faisant tomber de toutes parts les armes, la paix revienne par votre initiative non-seulement parmi les Empires, mais pour les

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