LIVRE 1, GUATITRE I. Gl
Iciiient. La guerre elle-même nous conduira ensuite à la paix, comme à sa dernière lin. .
* II. — 1. Sur lé point de traiter du droit de la guerre, nous devons voir ce que c'est que la guerre, ce que c'est que le droit dont il s'agit. Gicéron a délini la jj;ue£re : « un débat ([ui se vide par la force. » Mais l'usage a prévalu de désigner par ce mot non pas une action, mais un état (*) ; ainsi la guerre est l'état d'individus qui vident leurs différends par la force, considérés^ comme tc^îsT' Cette définition générale comprend toutes les sortes de guerres dont il sera parlé dans la suite ; car je n'en c^xclus pas la guerre privée qui, étant plus ancienne que la guerre publicjue, et ayant incontestablement la mctne nature, doit pour cette raison être désignée par ce seul et même nom, qui lui est propre.
2. L'origine de ce terme n'y répugne pas. Le mot bcllum descend d'une expression ancienne, duellum, comme de duonus on a fait boiius, et de duis, bis. Le mot duel-
{') Pliiloii dit (De legib. spécial., II) que «l'on regarde comme ennemis non-seulement ceux qui nous attaquent actuellement sur mer et sur terre, mais encore ceux qui dressent des moyens d'attaque contre nos ports ou nos murailles, quoiqu'ils ne soient pas encore aux mains avec nous. » Servius fait cette remarque sur ce vers du livre l" de l'Enéide : « Aec bello major et armis n (personne ne l'emportait sur Enée dans la guerre et dans les armes), que le mot de guerre renferme l'idée des projets que l'on forme contre un ennemi, tandis que le mot armes se dit seulement des hostilités actuelles. Le même Servius ajoute que « la guerre est tout le temps pendant lequel on est occupé aux préparatifs ou à l'exécution des actes d'hostilité. Le combat se dit du moment où l'on vient actuellement aux mains. » Grotius.
' Car non-seulement ceux qui sont en guerre ont plusieurs relations différentes avec d'autres personnes neutres, en vertu desquelles ils font bien des choses qui ne se rapportent nullement à l'état d'hostilité; mais encore ils peuvent agir et ils agissent quelquefois entre eux comme s'ils n'étaient pas ennemis, en sorte qu'à cet égard l'usage des voies de la force et les droits de la guerre sont suspendus. C'est ce qui a lieu lorsque deux ennemis font ensemble quelque convention ou quelque traité. (Barbetrac.)
lum vient de duobm, dans le même sens que nous appelons la paix union. C'est ainsi que les Grecs avaient •tiré d'un terme qui désignait la multitude, le mot nôXefiQcj; chez les anciens aussi le mot Xurj était venu de l'idée de désunion, comme la dissolution des parties d'un corps avait donné le terme Aûv) ' .
3. L'usage ne rejette pas non plus cette signification plus étendue. Que si quelquefois la dénomination de guerre est uniquement réservée à la guerre publique, cela n'est pas un obstacle pour nous, puisqu'il est trèscertain que le nom du genre est souvent alVecté d'une façon particulière à l'espèce, surtout lorscju'cllc est plus éminente. Je ne comprends pas la justice dans ma délinion, puisque Tobjet même de cette discussion est de recnercher s'il existe quelque guerre qui soit juste, et quelle guerre est juste. Il faut, en effet, distinguer ce qui est en question d'avec l'objet même par rapport à quoi la question est proposée.
III. ^—1. En donnant pour titre à ce traité : Du Droit de la gueyrc, nous entendons par là rechercher d'abord — ce qui a été dit déjà — s'il y a quelque guerre ([ui soit juste, et ensuite ce qu'il y a de juste dans la guerre. Car le mot droit ne signifie autre chose ici que. ce qui est juste, et cela dans un sens plutôt négatif qu'affirmatif, de sorte que le droit est ce qui n'est pas injuste. Or, ce qui est injuste c'est ce qui répugne à la nature de la société des êtres doués de raison 2. C'est ainsi que Cicé-
* « Je crois avoir découvert sûrement, — dit Barbeyrac, après avoir relevé l'inutilité de ces étymologies, — ce que notre auteur veut dire, et ce qui lui a donné lieu de proposer ici l'étymoloyie de ce mot, qu'il fait venir tacitement de Aûoj. Il a pris Aû-/j dans le sens de Xutcy), dolor; et il a eu dans l'esprit l'étymologie que Platon donne de ce motXuTr/), qu'il tire de Xûoi, parce que quand on souiïre de la douleur, il se fait une dissolution du corps, c'est-à-dire des parties du corps... »
(Barbeyrac.)
^ Avant Grotius, les^grincipcs du juste et de l'injuste n'avaient été