LIVRE I, CHAPITRE I
que les particuliers eux-mêmes ; que chaque citoyen est plus obligé vis-à-vis de l'État pour les besoins publics, qu'il n'est lié envers son créancier.
VII. — Quant à VajHilude, Aristote l'appelle i^ia, c'està-dire, dignité *. Michel d'Éphèse traduit l'idée d'égalité qui, dit-on, doit exister suivant cette justice, en disant que « c'est ce qui est convenable (*). »
pas? (a) Ajouter ce que dit SARiSBERY,Poïtcro(tc., liv.V,chai). i.Grotius.
' C'est lorsqu'il traite de la justice distribulive, en vertu de laquelle on doit rendre à chacun ce qui lui est ûù selon son mérite. (Barueyrac.)
Dignitas que nous avons traduit par dignité, pour reproduire le plus fidèlement possible l'original, est synonyme ici de mérite. P. P. F.
(*) « S'il faut discuter, dit Cicéron, et comparer entre eux quels sont ceux auxquels il faut rendre le plus de services, en première ligne viennent la patrie et les pères et mères, dont les bienfaits nous rendent surtout redevables envers eux ; puis les enfants, et toute notre famille, qui ne tourne les yeux que vers nous, et qui ne peut trouver d'autre ressource qu'en nous. Ensuite ce sont les parents avec qui nous sommes en bonne intelligence, et qui partagent aussi le plus souvent notre fortune. Ainsi donc on doit faire part des choses nécessaires à la vie, aux personnes surtout dont j'ai parlé plus haut. Pour ce qui est de vivre et de demeurer ensemble, de donner des conseils, de converser, d'exhorter, de donner des consolations, et de censurer même quelquefois, cela a lieu surtout dans l'amitié. » {De offic, I, cap. xvii.) Voir ce qui sera dit ci-dessous, liv. II, chap. vu, g ix et x. Sénèque (De benef., IV, cap. XI) dit, en parlant des testaments, « que l'on cherche pour dopner
(a) Bardeïrac a raison de corriger cette dernière citation de Pline. Le panépyriste a dit, au contraire, à la louange de Trajan, que « l'empereur voit quelque chose qui ne lui appartient pas, et que l'empire du prince est plus étendu que son patrimoine. . . » Il faut aussi savoir gré à Barbetrac d'avoir ajouté que « les biens de chaque sujet n'appartiennent pas plus à son prince qu'aune autre puissance étrangère. » Les principes du droit public moderne à cet égard, ont été formulés dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits (art. i"), . . Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression (art. 2). La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en ôtre privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, Vexige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité (art. 17). » {Conslil. 3, U sept. 1791.) P. P. F.
70 IJ. DROIT DE LA GUERllE ET DE LA PiUX.
VIII. — 1. La faculté est l'objet de lniusiico explétricc, ainsi nommée proprement et à la rigneur, et qu'Aristotc qualifie de justice des contrats : expression trop bornée ; car, que le possesseur d'une chose m'appartenant me la rende, ce n'est pas en vertu de quelque contrat ' qu'il agit ainsi, et cependant son action se rapi)orte à cette même justice. Aussi le même philosophe l'a-t-il appelée plus heureusement gorhective. L'«;;/i^udc est l'objet de la justice attribulrice, qu'Aristotc wonwwc justice distributive, et qui est la compagne des vertus ^ dont l'objet est de procurer du bien aux autres hommes : la libéralité, la clémence, la sage conduite dans le gouvernement de l'État'.
2. Quant à ce que dit Aristote, que la justice explétrice suit une proportion simple, qu'il appelle arithmétique, et la justice attribulrice une proportion de comparaison, qu'il nomme proportion géométrique, laquelle a seule le nom de proportion chez les mathématiciens (*),
son bien, ceux qui le méritent le mieux. » Ajoutez ce que dit Augustin {De la Doctr. chrét., iiv. 1, cliap. xxviii et xxix). Grotius.
* La critique de Grotius n'est pas tout à fait bien fondée, dit Dap- BETRAC, parce que le mot de (juvaXX«Y!-«-a, suivant l'idée qu'Aristotc y attache (le mol qui se trouve dans le texte de Grotius est SuvâXXaxTtx-))) , renferme généralement toutes les affaires que l'on peut avoir les uns avec les autres, et dans lesquelles il se trouve une inégalité qui doit être redressée par l'exercice de cette sorte particulière de justice, dont il s'agit. (Barbeyrac.)
^ Car la justice dont il s'^agit, règle l'exercice des vertus qui consistent à faire en faveur d'autrui des choses que personne ne peut exiger à la rigueur, et elle enseigne à appliquer convenablement les actes de ces vertus, par un sage choix des personnes les plus dignes d'en ressentir les effets. (Rarbeyrac.)
3 Grotius a ici principalement en vue la distribution des récompenses et des charges publiques, car, (juoique le souverain doive en cela préférer les personnes les plus dignes et les plus capables, aucun particulier ne peut exiger à la rigueur cette préférence. (Bardeyrac.)
(') Cassiodore l'appelle une « Comparaison de manière d'être. » C'est de cette proportion, dont la justice aUributricc fait ordinaircnient usage, que l'on trouve dans Homère la complète définitioR suivante :