LIVRE I, CHAPITRE I
ce sont de ces sortes de choses qui se présentent souvent, mais pas toujours*. La justice explétrice, en effet, ne diffère pas de Vallributrice par l'usage de ces différentes proportions, mais par la matière sur laquelle elle s'exerce, comme nous l'avons déjà dit. d'est ainsi que le contrat de société s'exécute par une proportion de com-
« 11 donnait les choses excellentes aux personnes de valeur, et les moindres à ceux qui avaient le moins de mérite (a). » Grotius.
' Barbeyrac explique ce qu'il faut entendre par ces proportions arithmétique et géométrique. « La proportion simple ou arithmétique, dit-il, se rencontre, selon Aristote, entre trois grandeurs, dont la première surpasse la seconde, ou eu est surpassée, d'une quantité égale à celle dont celle seconde surpasse la troisième, ou en est surpassée. De sorte que pour ramener les choses au juste milieu, en quoi consiste la justice, il ^ faut ôler de la première grandeur ou y ajouter, autant que l'on ajoute à la seconde ou qu'on en ôtc. Ce que l'on doit ôler ou ajouter ici, ce sont les choses agréables ou avantageuses, et les choses désagréables ou désavantageuses, car on ôte des unes et des autres à celui qui en a trop, pour le donner à celui qui n'en a pas assez. Ainsi supposez qu'une chose qui ne vaut que six écus ait été vendue neuf par la tromperie du vendeur ; le vendeur a trois écus de trop, et l'acheteur trots écus de moins : ôtez trois écus au vendeur, et donnez-les à l'acheteur. Voilà une proportion arithmétique... » «La proportion gfdométn'Que se trouve entre quatre grandeurs, dont la première contient la seconde, ou y est contenue autant de fois ({ue la troisième contient la quatrième, ou y est contenue. Comme quand on dil : six est à (rots comme vingt-quatre est à douze ; ou au contraire : (rots est à six, comme douze est à ùngt-quatre? Voir Uthic. Nicom., liv. V, chap. vu. » — Il n'est pas nécessaire d'insister longtemps pour faire comprendre au lecteur toute l'inutilité de ces raisonnements. P. .P. F.
(a) Barbeyrac fait observer, au sujet de cette dernière citation, qu'elle est dépourvue d'exactitude, comme tant d'autres de Grotius. Le vers d'Homère cité par notre auteur, se trouve, en effet, au XIV« livre de l'Iliade, dans lequel Neptune profitant d'un profond assoupissement do Jupiter, provoqué par le dieu du Sommeil, à la prière de Junon, va exhorter les Grecs à marcher contre les Troiens. Les rois Diomède, Ulysse et Agamemnon, courent eux-mêmes de rang en rang pour faire changer d'armes. Les plus braves prennent les meilleures armes, et on donne les moindres à ceux qui ont moins de cœur. Nous avons relevé cette observation pour mettre en garde le lecteur contre des citations qui trop souvent ne sont pas toujours heureuses. P.P. F.
paraison *, et que s'il ne se rencontre qu'un seul individu capable d'un emploi public, il n'est besoin que d'une simple proportion pour le lui conférer ^.
3. 11 n'y a pas plus de fondement dans ce que quelques-uns disent que la justice atlributricc a pour objet les choses communes, et la justice cxplctricc celles qui appartiennent aux particuliers. Tout au contraire, l'individu qui veut disposer par legs d'une chose comprise dans ses biens, fait usage de la justice atlribulrice ; l'État qui rembourse sur les fonds publics ce qu'un citoyen a dépensé dans l'intérêt commun, ne fait acte que de justice cxplétrice. C'est avec raison que cette distinction a été observée par le maître de Gyrus. Ce dernier ayant attribué à un enfant plus petit ([ue les autres la lunifiue qui était proportionnée à sa taille, mais qui ne lui ajv partenaitpas, et une tunique plus ample à celui qui était de plus haute stature, son maître lui dit, pour lui donner une leçon : qu'il aurait dû en user ainsi, dans le cas où il aurait été établi arbitre pour apprécier ce qui convenait le mieux à chacun ; mais que du moment où il s'agissait de juger auquel des deux appartenait la tuni(iuc, il ne fallait considérer qu'un point : de quel côté se trouvait la possession la plus légitime, à qui devrait appartenir l'objet, à celui qui l'avait enlevé violemment, ou à celui qui l'avait soit fait, soit acheté (*) ?
* Grotius a voulu dire ici qu'en matière de contrats, l'usage de la proportion arithmétique ne suffit pas toujours ; et prenant l'exemple des sociétés, il a indique sim|>lement que lorsqu'on partage le profit entre plusieurs associés qui sont entrés dans la société par portions inépalcs, il est certain qu'il faut user de la proportion géométrique. P. P. F.
3 Comment imaginer qu'il ne puisse se trouver qu'un seul individu capable d'un emploi public! « Au fond, dit Barbeyrac, tout cela est peu important ; » et il a bien raison. P. P. F.
(*) Voyez le même Xénopiion, livre II de la Cyropcdic. Il faut rapporter ici cette loi donnée par Moise : « Tu n'auras pas compassion du pauvre en justice. »> {Lxode, xxiii, 3 , Lévit,, xix, 15.) Il faut, en effet, comme