LIVRE I, CHAPITRE I
ment Hésiode. « La loi, dit-il, est donnée par le giuud Jupiter au genre humain ; les bêtes sauvages, les poissons, les oiseaux au vol élevé, deviennent la pâture les uns des autres : le droit n'a pas lieu entre eux. Mais la justice, qui est la chose la plus excellente, a été notre partage (*) ». «Nous ne disons pas qu'il existe une justice pour les chevaux, pour les lions », écrit Gicéron dans le livre I" de son Traité des Devoirs. Plutarque, dans la vie de Gaton l'ancien, dit aussi que « nous ne nous servons naturellement des lois et de la justice qu'à l'égard des hommes». «Nous voyons, en effet, dit Lactance (liv. V), que dans tous les êtres animés dépourvus de raison, il y a une nature qui prend soin d'elle-même. Ils nuisent aux autres pour se faire du bien ; ils ne savent pas que nuire ce soit un mal. Mais l'homme, qui possède la science du bien et du mal, s'abstient de nuire à autrui, même à ses propres dépens. » Polybe, après avoir raconté l'origine des premières associations humaines, ajoute que si quelque individu avait commis une injustice
étrangers et les citoyens romains. Mais cette explication est plus ingénieuse que concordante avec les documents historiques. Voir la discussion de cette opinion dans la Chrestomathie deU. Blo.ndeau, 1843, introduction, p. Lxvi et suiv. — On a voulu apercevoir enfin dans cette division une trace des stoïciens, qui étudiaient l'homme comme membre de la création, de l'humanité et de la cité. Voir V Introduction hislorique au Droit romain de M. Ch. Giraud, 1835, p. 186. Ce dernier point de vue parait cire le pl/is voisin de la réalité P. P. F.
{•) Juvénal dit dans sa quinzième satire: « C'est pour cela que seuls, nous avons reçu du ciel cette intelligence qu'il faut respecter, cette raison capable de s'élever aux choses divines, de comprendre et de pratiquer les arts, cet instinct sublime qui nous vient d'en haut,-et qui manque à la brute courbée vers cette terre où s'attache son regard. Aux premiers jours du monde. Dieu, noire créateur à tous, accorda aux animaux la vie seulement, à l'homme une âme, pour qu'une mutuelle affection portât les hommes à s'entr'aider, pour que, dispersés d'abord, ils en vinssent à se réunir en société... » Chrysoslôme dit qu'on ne doit jamais s'écarter des règles du juste et de l'injuste, pas même quand il s'agit des êtres sans âme et qui n'ont point de sentiment. Épit. au» Romains, ch. vu. Grotius.
contre ses père et mère (*) ou ses bienfaiteurs, il n'aurait pu arriver que les autres n'en eussent pas conçu de l'indignation, et il en donne pour motif que « le genre humain différant des autres animaux en ce qu'il est doué d'esprit et de raison, il n'est imllement croyable qu'un acte si éloigné de la nature de l'iiomme ait passé inaperçu pour ce dernier, comme cela arrive chez les brutes ; mais qu'une pareille action devait avoir frappé son esprit, en prenant la couleur d'une offense (**). »
2. Que si quehjuefois on attribue aux brutes une notion de justice ("*), c'est improprement, et parce (ju'on remarque en elles (luelque ombre et (jucl(|uc vestige de raison (****). Que, d'ailleurs, une action sur laquelle le droit naturel s'est prononcé, nous soit commune avec les autres animaux, telle que l'éducation des enfants; ou qu'elle nous soit propre à nous, tel ([ue le culte de la divinité, cela n'importe en rien à la nature même du droit.
(*) On en peut voir un exemple dans la personne de Cham {Genèse, i\, 22), où la punition suit le crime. GnoTius.
(*•) Chrysostôme (Xlll, de Statuis) remarque que « nous sommes tous portés naturellement à entrer dans les mêmes sentiments d'in(liî,'nation que conçoivent ceux qui ont été maltraités. Nous sentons aussitôt que nous devenons ennemis des oITcnseurs, quoique nous n'ayons aucune pari à l'injure. » Le scholiaste d'Horace (satire IH, liv. I) dit que « notre sentiment et notre esprit s'indignent autrement lorsque nous apprenons un homicide que lorsque nous apprenons un vol. » Grotius.
(***) Pline (liv. VllI, cli. v) dit qu'on a remarqué dans les éléphants une sorte de pressentiment de justice, il raconte (liv. X) qu'un aspic avait mis à mort son propre petit, parce qu'il avait tué l'enfant d'un homme qui le nourrissait. Grotiu.s.
(•*") Sénèque {De ira, v, 3) dit que les bêles ne sont pas sujettes à la colère, mais qu'elles ont seulement une impétuosité aveugle ([ui ressemble à cette passion. Origène remarque aussi que les bêles ne sont pas susceptibles de vice, mais seulement de quelque ombre de vice {Conlrà Celsum) ; « le lion semble cire en colère, » disaient les péripaléticiens, d'après Porphyre (III, de non au animant.) Grotios.