‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 68 sur 294 · LIVRE I, GHAriTRE · texte numérisé non relu

LIVRE I, GHAriTRE

2. La loi hébraïque nous fait voir d'abord que ce qui s'y trouve prescrit n'est pas contraire au droit naturel. Car le droit de nature, comme nous l'avons dit auparavant, étant perpétuel et immuable, il n'est pas possible que Dieu, qui n'est jamais injuste, ait pu commander quelque chose de contraire à ce droit. Ajoutez à cela que la loi de Moïse est appelée sans tache et tb^oitc (Psalm. XIX ; Vulg., xviii, 8), et que l'apôtre Paul la qualifie de sainte, juste, bonne (Rom. vu, 12).

Je parle des choses qu'elle ordonne, car pour celles qu'elle permet il faut y apporter plus de distinction. La permission qu'accorde la loi, — il ne s'agit pas ici de celle qui est purement de fait, et qui emporte seule une exemption d'obstacle — est, en elfet, ou pleine, lors- ([u'elle confère le droit de faire quelque chose avec une entière liberté; ou moins pleine, quand elle accorde simplement l'impunité devant les hommes, et la faculté d'agir sans qu'il soit permis à personne d'y mettre empêchement. Il résulte de la première espèce de permission non moins que des dispositions impératives, que ce sur quoi la loi se prononce n'est pas contraire au droit

où l'on croyait qu'elle avait été dictée à ce législateur par Dieu luimême sur le mont Sinaï. Mais la criti(iue moderne, développée par l'esprit (le libre examen qui fera du xix' siècle l'une des cpoijues les plus {.'lorieuses dans l'histoire de la pensée humaine, a relépué cette croyance au nombre des erreurs acceptées par la superstition. Moïse n'est ])lus pour nous qu'un esprit sublime, orné de toutes les connaissances de la vieille l'^^iyptc, lisant admirablement dans le livre de la nature, et profondément versé dans la science du pouverncment. l*oliti(pie consommé, son œuvre est celle d'un homme de pénie, et rien de plus. Sa législation est celle d'une époipie reculée au fond tles Apcs ; le petit jieuitle auquel elle s'adressait était le plus brutal, le plus féroce, le |ilus iniiiue de tous les peuples du monde ancien. Le droit des gens dont les rèples reposent sur le resi»ect de l'individualité •les nations, n'a (|ue faire de celte lépislalion mosaïque, dont les principes ne répondent plus aux asjtiratious du monde nouveau. 11 n'est jilus possible, depuis Voltaire, de cilcr avec autorité les textes de la loi des Hébreux. 1'. 1'. i'\

naturel. Il en est autrement en ce qui concerne la permission de la seconde espèce (*). Mais il arrive rarement qu'on ait lieu de tirer cette conséquence, car les termes qui expriment la permission étant équivoques, il est plus à propos d'avoir recours aux principes du droit naturel pour découvrir de quelle sorte de permission il s'agit, que de raisonner de la qualité de la permission aux principes du droit de nature.

3. Une autre observation qui se rapproche de la première,'c'est qu'il est permis maintenant à ceux qui possèdent le souverain pouvoir parmi les chrétiens, de i)romulguer des lois de même teneur que celles données par Moïse; à l'exception des lois dont la matière se rai>porterait aux temps pendant lesquels le Christ était attendu et l'Évangile n'était pas encore révélé, ou de celles sur lesquelles Jésus-Christ lui-môme aurait ordonné le contraire, soit en général, soit en particulier. En dehors de ces trois cas on ne peut imaginer d'autre cause pour laquelle il ne serait plus permis maintenant de prescrire ce qu'autrefois la loi de Moïse a établi.

4. Une troisième remarque est que toutes les dispositions de la loi de Moïse relatives aux vertus que le Christ exige de ses disciples, sont aussi maintenant ai>plicables aux chrétiens, s'ils ne doivent même pas être soumis à quelque chose de plus (**) . Cette observation repose sur ce que les vertus exigées des chrétiens, telles que l'humilité, la patience, la charité, leur sont imposées dans un plus haut degré qu'elles ne l'étaieut par la loi hébraïque (***); et cela, avec raison, puisque

(*) Voir Chrysostômc, sur la fin du chapitre va de l'épitre aux Romains. Grotil's.

(") La liberté chrétienne, dit TertuUien {de pudicit.) n'a donné aucune atteinte à l'innocence. La loi de la piété, de la sainteté, de l'humanité, de la vérité, de la fidélité, de la chasteté, de la justice, de la commisération, de la bienveillance, de la p\idcur, demeure entière. Grotius.

(**•) • U'faul, dit Chrjsostôme (De Virginil., XCIV), montrer mainte-

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