LIVRE I, CHAPITRE II. lH
(le prendre les armes contre ceux qui sont armés. » II. — 1 . La proposition que toute guerre n'est pas contraire au droit naturel, se prouve encore mieux par l'autorité de l'histoire sacrée. Abraham, en effet, ayant pris les armes avec ses. serviteurs et ses alliés, et ayant remporté la victoire sur les quatre rois qui avaient pillé Sodoinc, Dieu approuva cette conduite par l'organe de son prêtre Melchisédec, qui s'adressa à lui en ces termes : « Louange soit au Dieu Très-Haut, qui a fait tomber tes ennemis entre tes mains» (Gen. xiv, 20). Et cependant Abraham avait pris les armes, comme cela ressort de l'histoire, sans un ordre particulier de Dieu; il s'était donc cru fondé à agir ainsi d'après le droit naturel, cet homme qui n'était pas seulement très-saint, mais encore très-éclairé, au témoignage même des étrangers tels que Bérose et Orphée. Je n'invoquerai pas l'histoire des sept peuples que Dieu livra aux Israélites pour les détruire, car il y eut là un ordre spécial d'exécuter un arrêt prononcé par Dieu contre des peuples qui s'étaient rendus coupables des plus grands crimes. Aussi ces guerres sont-elles particulièrement appelées dans les Écritures sacrées Guerres de Dieu, ayant été entreprises par le commandement de Dieu et non par la volonté des hommes. La guerre que les Hébreux firent sous la conduite de Moïse et de Josué, pour repousser les violences dirigées contre eux par les Amalécites (Exod. xvii), se rapporte mieux à notre sujet. Dieu ne l'avait point ordonnée avant qu'elle lut engagée, mais une fois faite, il l'approuva.
2. Mais il y a plus; Dieu dicta à son peuple des règles générales et perpétuelles sur la manière de faire la guerre (Deuter. xx, 10, 15), montrant par là qu'une guerre peut être juste sans avoir été spécialement ordonnée par lui. Il distingue, en effet, visiblement dans ces passages la cause des sept peuples de celle des autres nations; or, comme il n'y formule aucun principe
sur les causes légitimes de la guerre, il indique par cela même qu'elles sont naturellement sulTisamment connues. On peut citer pour exemples de motil's légitimes, la défense des frontières, connue dans la guerre de Jephté contre les Ammonites (Jud. xi), la violation des ambassadeurs, dans la guerre de David contre le même peuple (Il Sam. x). Uemanjuons en même temps ce que dit l'auteur divin de l'épître aux Hébreux, que Gédéon, Barack, Samson, Jephté, David, Samuel et d'autres, ont par la foi renversé des royaumes, brillé dans la guerre, et mis en fuite les armées» des nations étrangères (xi, 33, 34). Il comprend ici sous le nom de foi — comme cela parait par la suite du discours, — la persuasion où l'on est que ce que l'on fait est agréable à Dieu. C'est ainsi qu'une femme distinguée par sa sagesse, disait de David qu'il combattait les combats de Dieu (I Sam. xxv, 28), c'est-à-dire (jue ses guerres étaient pieuses et justes.
III. — 1. Notre thèse est prouvée par l'accord unanime de toutes les nations et principalement de lous les sages. On connaît ce passage de Gicéron, où traitant du droit d'employer la force pour défendre sa vie, il rend témoignage à la nature elle-même: «C'est, dit-il, une loi qui n'est point écrite, mais qui est née avec nous; <iue nous n'avons ni apprise, ni reçue, ni lue, mais ([ue nous avons tirée, puisée, extraite de la nature même, à laquelle nous n'avons pas été formés, mais pour laquelle nous sommes faits, dont nous n'avons pas été instruits, mais dont nous sommes imbus, que si l'on attente à notre vie soit par trahison, soit par la force ouverte, ([ue si nous tombons entre les mains ou des brigands, ou des ennemis, tout moyen de salut est honnête (*). ««C'est,
(*) Sénèque dit (jue « le moyen le |)lus sur de se défemlrc est tout près «le chacun ; cliaciiii est cliartié du soin de sa inoiire défense. » Suivant