‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 77 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

dire de l'usage de la raison (*j, ne peut se rendre coupable d'aucun manquement au droit, ajoute cependant aussitôt que, dans une espèce où des béliers, ou des bœufs, avaient lutté, et où l'un avait tué l'autre. Q. Mutins faisait à ce sujet une distinction. Celui qui avait péri étaitil l'agresseur, il n'y avait lieu, suivant lui, à accorder aucune action; était-ce celui qui n'avait pas attaqué, l'action, dans ce cas, devait être donnée '. Le passage suivant de Pline servira à l'explication de ce qui vient d'être dit : « La férocité des lions ne s'exerce pas dans (les cond)ats entre eux; les pi(iùres dcg serpents ne s'adressent point aux serpents; mais il n'y a point de bête, si on l'attaque, qui ne soit accessible à la colère, impatiente de l'injure, et prompte, si vous lui nuisez, à se défendre vigoureusement. »

I^-~l- Il est donc suffisamment constant que le. droit naturel, qui peut encore être appelé droit des gens, ne désapprouve pas toute espèce de guerres.

2. Quant au droit des gens volontaire, les histoires, les lois et les mœurs de tous les peuples nous enseignent assez qu'il ne les condamne pas davantage. Bien plus, Hermogénien a dit que la guerre avait été introduite par le droit des gens ("). Mais je pense que cette

(*) Scnèque dit de même au sujet des bêtes sauvages, «qu'encore qu'elles ne sachent pas ce que c'est qu'un bienfait, et quelle en est la valeur, elles sont néanmoins sensibles au bien qu'on leur fait, à force de le recevoir pendant lonptcmps. « Voyez tout le passape dans le livre I, chap. m, De Benef., et comparez-le à celui de Pbilon que nous avons reproduit dans notre préface. Grotius.

' Le texte auquehl est fait allusion par Grotius se trouve au Digeste, liv. IX, tit. I, Si quadrupes pauperiem, etc., I. I, g U. Il s'agit dé l'action de pauperie, action indirecte i)rovenant non du fait de celui contre qui elle était donnée, mais du dommage causé par l'animal qui lai appartenait. La distniction que signale Grotr-s se rattache à un ordre d'idées tout diiïercnt de celui qu'il veut bien constater. p. p. p.

(**) L'auteur des Vies des hommes illustres dit au sujet de Tbémis-

proposilioii doit être inlorpréléc dans un sens un peu différent de celui que lui donne le vulgaire, et qu'il iaut entendre par là que le droit des gens a établi certaines Ibrmalités pour mettre en usage la voie des armes, ({ui attribuent aux guerres dans lescpiellcs on s'y conforme des effets particuliers en vertu du droit des nations. De là naît la distinction dont nous aurons plus loin à nous servir, entre la guerre solennelle du droit des gens, qui est encore dite guerre légitime, c'est-à-dire complète, et la guerre non solennelle, <pii n'en est pas moins j)our cela une guerre légitime, c'esl-à-ilirc conlornie au droit. Car pour les autres guerres, pourvu qucla cause en soit juste, le droit des gens ne les appuie pas, mais il ne leur est pas contraire, comme ce sera ultérieurement expliqué avec plus de développement. « C'est une maxime

locle : « Il déclara ([uc c'clail par son conseil que les Atliéniens avaient environné de iniiraillos leurs tem|»!es et leurs maisons, [tour être en étal de re|)ousser plus aisémcul l'ennenii, comme ils le pouvaient jiar le droit commun de toutes les nations. » Gbotius.

Le passape d'Ilermofjcnien se trouve au Dipesle. C'est la loi 5 du litre De Juslitia et jure (liv. l„r, lit. I). Les commentateurs l'expliquent en disant qu'il s'a^'il d'un droit naturel secondaire, dont les principes s'écartent parfois de l.i raison naturelle. Indépendamment des précepte» dont se compose le droit naturel, l'homme instruit par la nature, .sait qu'il doit adorer Dieu, aimer ses père et mère ainsi que sa patrie, et qu'il a droit de se défendre contre une injuste aj;ression. Cette partie du droit des gens, ou naturel, a été nommée parles inteiprctes droit des gens primaire, parce qu'elle est antérieure à d'autres préceptes (|ui forment un droit des yens secondaire. En effet, dès ([ue les hommes ont commencé à vivre en société, de nouveaux hcsoins ont créé de nouveaux rapports : de là sont nés la distinction des iiropriélés, le commerce, les échanges, presque tous les contrats. C'est' ainsi (|ue les hommes ont établi certaines institutions qui ne dérivent pas immédiatement de la raison naturelle, mais (jui en sont des consé(iucnccs indirectes, puis(|ue l'homme est appelé par la nature à vivre en société. Voilà dans quel sens llermogénien a dit (pie la guerre avait été introduite par le droit des gens, qui se trouve synonyme ici de droit naturel secondaire.

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