‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 78 sur 294 · LIVRE I, CHAriTRë II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAriTRë II

du droit des gens, dit Tite-Livc, de rei)Ousser les armes par les armes. » Florentiiius ajoute que ce même droit autorise à écarter la violence, l'injure, à protéger son corps ' .

V. — 1 . La dit'liculté est plus grande en ce qui concerne le droit divin volontaire. Que personne n'objecte ici que le droit naturel est immuable, et que par consé- (|uent Dieu n'a rien pu établir qui lui soit contraire. Gela n'est vrai que pour les choses que le droit de nature délend ou ordonne, mais non pour celles qui ne sont que permises en vertu de ce droit. Les choses de cette espèce ne faisant pas à proprement parler partie du droit de nature, mais étant en dehors de ce droit, peuvent être interdites et ordonnées.

2. Quelques personnes ont coutume d'alléguer, en premier lieu, contre la guerre, la loi donnée à Noé et à sa postérité, où Dieu parle ainsi (Gen. ix, 5, G) : «Je re-

' Le droit de oonservalion de soi-même, et, par suite, le droit de dêlcnsc, ou le droit de repousser In force par la force, est en eiïet le prcniicr de tous les droits absolus, celui qui sert de base à tous, les autres. Ce droit doit donc appartenir à toute personne morale, à toute société humaine, à tout État souverain, comme il appartient à toute personne individuelle. En vertu du droit de conservation et de légitime défense, chaque Ktat peut donc se procurer, tenir prêts et employer tous les moyens de sùrelé légitimes qu'il jupe nécessaires non-seulement à sa ] défense, mais aussi pour prévenir des lésions possibles, et obtenir réparation pour celles (|u'il a déjà éprouvées. Il peut faire toute sorte d'armements, rassembler et organiser des armées, des Hottes, des troupes.de toute esitcce, préparer de l'artillerie et d'autres armes, faire des fortifications dans l'intérieur et aux frontières, fornur des camps, conclure des traités de subside et d'alliance Sur la légitime défense entre les nalinns, cl sur les restrictions à ce droit absolu, voir : Martens, Précis du Droit des ijcns modurnc de l'I'urope.i. I, g 1 17 et 118, 'i» édition, savanmicnt annotée jiar M Ch. Vtriié; Kliicer, Droit des gens moderne de l'Europe, 'f, 3G à /i !, |i. 57 et suiv , édition Guillaumin ; WuEATON, Éléments du droit international, I. I, p. 7G et 77.; Tn. Ortolan, Hèijles internationales et diploinatie de la mer, t. l, p. 55.

demanderai votre sang, c'est-à-dire le sang de vos âmes ; je le redemanderai à toute bête; je redemanderai aussi l'âme d'un homme de la main d'un autre homme, comme étant son frère. Quiconque aura répandu le sang de l'homme, qui est dans l'homme, son sang sera répandu; parce que Dieu a l'ait l'homme à son image.» Quelques-uns entendent d'une manière très-générale le premier membre de i)hrase où il est dit que « le sang sera redemandé, » et ils veident que le second membre (jui porte que « le sang sera réciproquement répandu, » ne soit qu'une menace et non une approbation. Ni l'une ni l'aiitrc de ces deux manières do voir ne me convainc. Car la dél'ense de répandre le sang n'a jkis plus d'él(;ndue que la règle de la Loi : « Tu ne tueras pas; » or, il est manifeste que cette règle n'a jamais enq)èclié ni les peines capitales, ni les guerres. L'une et l'autre loi n'ont donc pas eu tant pour objet d'établir «iuel([ue prescription nouvelle, que de i)roclamer et de rappeler les principes du droit de nature elfacés par une pratique vicieuse. D'où il résulte ([ue le premier mendjre de phrase doit être entendu dans le sens {[ui comporte l'idée de crime : c'est ainsi ([ue nous comprenons par la ([ualilication d'homicide, non toute espèce de meurtre, mais Celui qui a été prémédité, et dont la victime est un innocent. Quant à ce qui suit, (jue « le sang sera réciproquement répandu, » cela me paraît être, non pas la déclaration d'un fait pur et simple, mais la reconnaissance d'un droit.

3. Je m'explique. Il n'est pas naturellement injuste que chacun souiîre autant de mal <pi'il en a fait, suivant ce principe qu'on appelle le droit de Ilhadamanlhe (*) : « Si chacun subit ce qu'il a l'ait subir aux autres, ce sera

(*) On trouve dans Apollodorc i liv. U) la loi de Illiadamanthc : « Si <iiietqu'un s'est vcnpc de celui qui lui a fait le |iiemicr violence, (|u'il soit impuni. » Grutius.

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