‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 85 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

dividus ont été impies, mais si la fonction dont ils étaient revêtus a été entachée d'impiété. Or, nous soutenons que cela est nié par l'apôtre, puisqu'il dit que le pouvoir est établi par Dieu ', même en se rapportant au temps où il parlait, et que pour cette raison le respect qui lui est dû est un devoir imposé même par la conscience qui, à proprement parler, ne relève que de l'eml)ire de Dieu. Néron et ce roi Agrippa que Paul invite si sérieusement à embrasser la religion du Christ (Act.xxvi),

' Tout pouvoir vient de Dieu, a dit saint Paul, et les partisans du droit divin se sont emparés de celte parole pour appuyer sur elle leur étrange doctrine. Mais telle n'est pas l'interprétation sérieuse de la pensée de l'apôtre. Tout pouvoir vient de Dieu ; voici comment : la société n'étant pas un fait humain, mais un arrangement divin, l'existence d'un iiouvoir, comme tout ce «jui est essentiellement nécessaire à l'existence d'une société, est une institution divine, comme la société elle-même. Mais Dieu, qui est la raison première et la source originelle de tout pouvoir, n'a communiqué la souveraineté, d'une manière permanente, ni à une personne, ni à une famille, ni à une caste. Chaque nation trouve en elle-même le droit de s'organiser de la manière la plus convenable pour atteindre ses fins légitimes. La souveraineté vit au sein de la société qui se forme ; elle est la condition essentielle de son existence. Au xix» siècle, il est universellement recomm qu'en morale, et en justice, le consentement libre des peujiles est la base légitime et raisonnable des gouvernements. La légitimité ne consiste que dans la volonté persévérante d'une nation. C'est le droit d'une société politique de rester dans les conditions d'ordre et de liberté qui l'ont constituée. Toute société ayant sa légitimité naturelle, quelle que soit sa forme de constitution fondamentale, il y a donc une légitimité d^ns la république, comme il y en a une dans la monarchie, et le crime est égal de renverser l'une ou l'autre. Dans les limites de ces principes, toute forme de gouvernement commande le respect, et l'on peut dire " que la démocratie, l'oligarchie, la monarchie sont république, car sous nn gouvernement qui émane du suffrage populaire, le seul mobile ne peut être que l'intérêt public, et la chose publique est quelque chose. Dieu approuve toutes les formes de gouvernement qui sont conformes à la nature, à la justice et à la raison. Voilà des principes (jui n'avaient pas cours à l'époque de Grolius Voir : Pkadier-Fodéké, Éléments de Droit public et (i Économie politique, 1805, p. 38, 45, 01 ; Le Droit des Gens de Vattel, édit. Guillaumin, t. I, p. '218, 224 et suiv. P. P. F.

ont donc pu se soumettre à Jésus-Clirist et conserver, celui-ci la puissance royale, celui-là le pouvoir impérial, qui ne se conçoivent pas sans le droit de glaive et celui des armes. De même donc qu'autrefois les sacrifices ne laissaient point que d'être saints, selon la loi, quoiqu'ayant été célébrés par des prêtres impies, de même la souveraine puissance est une chose sainte, quoique ce soit un impie qui la tienne entre les mains (*).

5. Un troisième argument se tire des paroles de Jean- Baptiste qui, sérieusement interrogé par des soldats juil's — dont il y avait plusieurs milliers dans les armées romaines, ainsi que le prouvent manifestement Josèplie et d'autres écrivains, — sur ce qu'ils auraient à faire pour éviter la colère de Dieu, ne leur ordonna pas de quitter le service militaire, — ce qu'il devait leur prescrire si telle était la volonté de Dieu, — mais de s'abstenir d'extorsions, de fraudes et de se contenter de leur solde (Luc. III, 14). Sur ces paroles de Jean-Baptiste, qui contiennent une approbation assez claire de l'exercice des armes, plusieurs répondent que ce que Baptiste a prescrit diffère tellement des préceptes du Christ, que Jean-Baptiste a bien pu enseigner une chose, et Jésus- Christ une autre. Voici les raisons qui m'empêchent d'admettre cette opinion. Jean et Jésus-Christ ont indiqué par le même exorde le programme de la doctrine qu'ils apportaient au monde : « Faites pénitence, car le royaume du ciel s'est approché» (Math, m, 2; iv, 17). Le Christ lui-même dit que le royaume céleste — c'està-dire la Loi nouvelle, car c'est une habitude pour les Hébreux de désigner la Loi par l'expression de royaume, — a commencé à être conquis depuis les lenq)S tle Jean-Baptiste (Matth. xi, 12). Jean est présenté comme

(•) C'esl ce que Clirysoslômc montre paifaitemcrit sur ce passage de rËpilrc aux Romains. Grotius.

Page 1