On allègue d'abord la prophétie d'Ésaïe (*), qui an
{*) Clirysostôme explique cela de la paix universelle qui régna sur le monde, à la faveur de l'élablissement de l'empire romain {Orat. Chrislum esse Deiim). « il n'a pas élé prédit seulement que celte religion sera ferme et inébranlable, mais encore ([u'elle amènera une grande tranquillité sur la terre; que les gouvernements aristocratiques et monarchiques (ju'il y avait dans chatpie État, seront détruits, et qu'il n'y aura plus qu'un seul royaume qni dominera sur tous les autres, et dont la plus graiide partie jouira de la paix, contrairement à ce qui avait lieu auparavant. Autrefois, en effet, les artisans et les orateurs prenaient les armes et marchaient à la guerre. Depuis la venue du Christ celte coutume a cessé, et les exercices guerriers n'ont été réservés'qu'à une certaine calcgorie d'individus. » On trouve précisément la même explication dans Eusèbe (de Prscpar., lib. I, cap. x). Grotius.
nonce que clans ravcnir les peuples forgeront de leurs épées des houes et de leurs lances des faux, qu'ils ne tourneront plus le glaive l'un contre l'autre, et qu'ils n'apprendront plus à faire la guerre (n, .4). Mais cette prophétie peut être, comme beaucoup d'autres, entendue dans un sens conditionnel ; elle peut avoir pour objet d'indiquer que tel serait l'état des choses si tous les peuples embrassaient la loi du christianisme et s'en trouvaient pénétrés (*). Dieu, dans ce cas, ne souffrirait point que rien de ce qui dépendrait de lui en vue de ce résultat restât en souffrance. Il est, en effet, certain (juc si tous les peuples étaient chrétiens et vivaient chrétiennement, il n'y aurait plus aucune guerre. C'est ce qu'exprime Macrobe en ces termes : « Si tous les hommes qui se croient hommes, non pas par la forme du corps, mais par la raison, voulaient prêter tant soit peu l'oreille aux règles salutaires et pacifiques de cette raison, et non ])as se laisser emporter par leur orgueil et leur arrogance à croire plutôt leurs passions que ces conseils intérieurs, il y a longtemps que tout l'univers, employant le fer à des usages plus doux, vivrait dans la plus agréable tranquillité, et que sous la foi d'inviolables alliances, il s'unirait dans une concorde favorable. » Lactance dit aussi: Qu'arriverait-il si tous les hommes étaient d'accord pour vivre en paix? Gela pourrait certainement avoir lieu si, laissant de côté leur fureur pernicieuse et impie, ils consentaient à être inoffensifs et justes. » Cette prophétie
(*) Justin dit à propos des chrétiens : « Nous ne combattons pas contre des ennemis. » C'est précisément ce (luc Piiilon disait des Esséniens {Orat. Omn. bon. esse, liber.) : « Ou ne trouve iiarmi eux aucun ouvrier qui forpe des dards, des javeluts, des épées, des casques ou des cuirasses, ou des boucliers, aucun qui rabri(|ue ou des armes ou des maciiines. n Cbrysostôme dit de même (I ad Corinlh xiii, 3), que « si les iiommes s'aimaient comme ils doivent, il n'y aurait point de peines capitales. »
Grotius.