LIVRE I, CHAPITRE II
peut également être entendue à la lettre, et, dans ce sens, l'état même des choses nous apprend qu'elle n'est pas encore accomplie, mais que son accomplissement, ainsi que celui de la conversion générale des Juifs, est encore en expectative '. Quelle que soit, d'ailleurs, la manière
' Ce que l'Évangile n'a pu réaliser, parce que l'observation stricte de celte loi sublime est trop au-dessus des faiblesses de l'humanité; ce qui était a en expectalive » dans le siècle de Grotius, et ce qui le sera (luelque temps encore, même dans nos âges de progrès, se réalisera cependant par le mélange des intérêts des peuples de l'univers. Le caractère de l'histoire contemporaine, c'est la place qu'y tiennent les intérêts matériels et les ([ueslions économiques. Si les rivalités politiques y ont encore une large part, les rivalités commerciales s'y dessinent aussi, et ces rivalités ne ressemblent plus à celles des siècles derniers, il y a audessus des divisions politiques v.n intérêt commun ([ui souvent les efface, c'est l'inlérct des échanges, le besoin qu'on éprouve les uns des autres. Le commerce relie les peuples, en attendant que la force morale devienne assez grande pour les réunir en une seule et même famille. Aujourd'hui les peuples se mêlent, ils se visitent, ils se connaissent, ils commencent à s'estimer. Celte estime mutuelle prélude sans doute, dans un avenir plus ou moins éloigné, à une mutuelle amitié. « La France et l'Angleterre, dit M. (î. Ducoudray, offrent un éclatant exem|ile du rapprochement qui s'opère entre les peuples les plus divisés par la nature et par le caractère. Ces deux nations, dont la rivalité est un des plus grands faits >de l'histoire moderne, et a coûté plusieurs siècles de guerre, sentent que leur intérêt est de triompher de leurs préjugés, de leur antipathie de race, de leur diversité de mœurs. Elles nouent une alliance de raison : la sympathie viendra peut-être. » (Histoire contemporaine, 1864, t. Il, p. 343 etsuiv.) —Ce qui est vrai delà France et de l'Angleterre, l'est de toutes les autres nations. La France a besoin de tous les autres pays, et tous les pays ont besoin d'elle. Aujourd'hui les capitaux français sont engagés dans les chemins de fer espagnols, italiens, autrichiens; les capitaux étrangers sont intéressés dans les grandes entreprises de la France. Les banques des divers Etats se règlent les unes sur les autres. Toutes les nations ne tardent pas à profiter des améliorations qui s'introduisent dans le régime économique d'un autre peuple. Cette solidarilé universelle, celte union des intérêts condamnent la guerre et l'éloigne'nt peu à peu des nations civilisées. Aussi la diplomatie s'efforccrt-elle le plus possible de conjurer toutes les complications qui peuvent surgir. Nous sommes donc loin du temps où la guerre était caprice de prince et
de l'interpréter, il n'y a rien à inférer de là contre la justice de la guerre, tant qu'il y a des hommes qui ne permettent pas aux amants de la paix d'en jouir, et (|ui leur font violence.
2. Le chapitre v de Matthieu fournit encore plusieurs arguments pour l'appréciation desquels il est besoin de se rappeler ce (lue nous avons dit un peu auparavant. Si le Christ avait eu l'intention de supprimer les sentences capitales et le th'oit de guerre, il s'en serait expliqué en ternies tout à fait exprès et précis, vu l'importance et la nouveauté de la chose. 11 l'aurait fait d'autant plus, qu'il n'y avait point de juif qui ne crût que les lois de Moïse, concernant les jugements et les affaires politiques, ne dussent conserver leur vigueur à l'égard des Juifs aussi longtemps que subsisterait .leur nation. Après cette première remarque, examinons par ordre la valeur de chaque passage;
3. L'opinion contraire se retranche donc, en second lieu, derrière les paroles suivantes: « Vous avez appris qu'il a été dit: œil pour œil et dent pour dent. Et moi je vous dis de ne point résister à celui ([ui vous traite mal (ait méchant, selon l'hébreu, et suivant la traduction grecque, à celui qui vous fait injustice f), Éxod. ii, 13); mais si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présen-
semblait la situation normale de l'Europe. C'est la paix ([ui maintenant devient de iilus en iiliis la vraie condition de la vie européenne, comme elle devrait être celle de riiumanilé entière. L'industrie et le commerce la réclament, la diplomatie la maintient, et les souverains trouvent plus de gloire à la consolider qu'à la compromcllre. — Voir : Ducoudray, llist. confemp. cliap. xxvi, p. 311 et suiv,; Puauieu-Fodkré, i)réface ii'une question de Droit international, par M. Cli. (lalvo; préface des Principes de 1761), Jugés par wn Américnin, par M. Torrès-Caicedo; te Droit des Gens, par Vattel, édition Guillaumin,t. i, p. 2C2, 263; t. Il, p. 162, 163, 338; t. 111, p. 167, 170. F. P. F.
(') Comme le dit Luc dans le discours d'Etienne : « (kdui qui Tait du tort à son prochain. » Grotius.