‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 92 sur 294 · LIVRE 1, Cll.U'lTllL · texte numérisé non relu

LIVRE 1, Cll.U'lTllL

tez-lui uussi l'autre. » De là,. en effet, quelques-uns concluent qu'on ne doit repousser aucune injure, et qu'on ne doit en tirer aucune vengeance, soit publique, soit privée. Cependant tel n'est pas le sens de ces paroles. Jésus- Christ ne s'adresse pas ici aux magistrats, mais à ceux que l'offense a atteints; il ne parle point de toute injure quelconque, mais de l'outrage qui serait de la nature d'un souiffet. Les derniers termes de sa proposition restreignent la généralité de ceux qui précèdent.

i. C'est ainsi (|ue dans le précepte suivant : « Si quel- «pi'un veut plaider contre vous pour vous prendre votre tunique, laissez-lui encore emporter votre manteau (*), » n n'y a point une délensc absolue de recourir au juge ou à l'arbitre. Telle est l'interprétation de Paul, qui n'interdit pas tous les procès (1 Corinth. vi, 4), mais qui délend que les chrétiens plaident entre eux dans les tribunaux profanes ; et cela à l'exemple des Juifs, chez lesquels c'était une maxime reçue que « celui qui porte les affaires regardant les Israélites à la connaissance des étrangers, déshonore le nom de Dieu. » Mais la volonté de Jésus-Christ est, afin d'exercer notre patience, que nous ne plaidions pas en justice pour des objets facilement recouvrables, tels qu'une tunique, ou, avec la tu-

(•) Cypricn [de Palienlid) explique cela ainsi : « ^c redemandez point ce qu'on vous a pris. » « A celui qui vous enlève votre tunique, dit Irénée (lib. IV, cap. xxvit), donnez voire manteau; mais ne soyez pas attristés comme des gens qui se résignent à être dépouillés; réjouissonsnous comme si nous avions donné volontairement. Et si quelqu'un vous contraint a faire mille pas. lailes-en deux mille avcclui; ne le suivant pas comme un esclave, mais le précédant comme un homme libre. » Libanius, qui avait lu les Évangiles, loue dans une de ses harangues [Di custodid reorum), ceux qui ne plaidaient pas pour un manteau ou une tunique. Suivant Jérôme [Dialog. 1, contre Pelage). « L'Rvangiie nous enseigne que si une personne veut nous appeler en justice et~nous dépouiller de notre tunique par. des chicanes, il faut lui laisser aussi le manteau. » GuoTius.

14G LE DKOIT 1>E LA (lUERUE ET DE LA TAFX.

liique, si besoin est, un manteau ; et ([ue, si fondé que soit, notre droit, nous en abandonnions la poursuite. Apollonius de Tyane niait ([u'il fût dij^ncd'un pliilosophe de plaider pour une mince sonune. «Le prêteur ne désapprouve pas, dit Ulpien, le fait de cet individu <pii a prélcré être privé d'une chose, pour ne pas avoir à la défendre trop souvent en justice. Cette manière de vou'd'un homme ennemi des procès, n'est, en elfet, pas blâmable '. » Ce qu'Ulpien présente ici comme devant être approuvé par les honunes de bien, le Christ le commande, faisant ainsi la matière de ses pré(;eptes des choses les plus honnêtes et les plus approuvées. Mais ce serait mal conclure (juc de décider <ju'il serait interdit même à un père, même à un tuteur, de défendre, s'il y avait nécessité, devant le juge, le pain de ses enfants ou de ses pupilles. Autre chose, en effet, est une tunique et un manteau, autre chose est tout le patrimoine dont on tire sa subsistance. Il est dit du chrétien, dans les Conslitulions de Clément, que, s'il a un procès, « il doit faire en sorte de transiger, quand bien même il en résulterait pour lui quel([ue dommage. » Ce que l'on dit donc ordinairement des choses morales, trouve également sa place ici : savoir qu'elles ne

' Le passage d'Ulpieii, cilé par Grotius, se trouve au Digeste, liv. IV, lit. VII, de aliénât, judicii mutandi causa factd, i. IV, g 1. Barbeyrac fait remarquer, avec raison, à ce sujet qu'il ne s'agit nullement dans ce fragment de sacrilier quelque chose de son propre bien, pour éviter un procès; et que le cas est, au contraire, tout diiïcrent, puisque celui qui, suivant le jurisconsulte, avait voulu éviter de plaider, était un possesseur du bien d'autrui voyant le propriétaire disi)Osé à le revcndiiiuer entre ses mains.

Ce n'est pas la -première fois que Barbeyrac a relevé une citation inexacte de Grotius ; mais loin de nous armer de la sévérité de cet aimolateur, nous trouvons dans les quelques inexactitudes de notre auteur, une preuve nouvelle de son étonnante érudition. Grotius était exilé; il ne possédait pas sous la main les ouvrages nombreux qui lui auraient permis de vérifier ses textes et ses indications; il citait généralement de mcmftire ; or, quelle mémoire 1 P. P. F.

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