LIVRE I, CîlAPITllE II
consistent pas dans un point indivisible, mais qu'elles ont à leur manière quelque étendue.
5. Dans le précepte qui vient ensuite: «Si quelqu'un veut vous contraindre de l'aire un mille avec lui, faites-en deux, » Ui Seigneur n'a pas parlé de cent milles, ce qui détournerait trop une personne de ses affaires, mais seulement d'un mille, ou de deux, s'il est nécessaire : promenade qui est considérée comme insignifiante. Le sens de ces paroles est donc que dans les choses (jui ne doivent pas beaucoup nous incommoder, nous ne devons pas presser notre droit à la rigueur, mais en céder au delà infime de ce qu'on nous demande, pour que notre patience et notre bienveillance soient conimcs de tout le monde (*).
G. « Donnez à celui qui vous demande, est-il dit ensuite, et ne rejetez point celui qui veut emprunter de vous. (**) » Si vous étendez ce précepte à l'infini, il n'y a rien de plus dur. « Celui qui n'a pas soin des personnes de sa maison, est pire qu'un infidèle, » dit Paul (1 à Tiraotli. V, 8). Suivons donc cet excellent interprète de la loi de son maître. Voulant exciter les Corinthiens à se montrer bienfaisants envers les habitants de Jérusalein : « Je n'entends pas, leur dit-il, que les autres soient soulagés et que vous soyez surchargés, mais que, par un partage égal, votre abondance supplée à leur pau-
(•) « Ces paroles, dit Justin (Apologet. II), ont pour objet de nous engager à être envers tout le monde patients, portés à rendre service, et nullement disposés à la colère. » Grotius.
(**) Ces paroles, fait observer Justin (Apologet. II), ont été dites à propos du devoir de faire part de ses biens à ceux qui sont dans la pauvreté, et cela sans ostentation. Voilà pourquoi il a été dit : « Donnez à quiconque vous demande,... etc.; » et ailleurs : « Faisons participer à notre bien ceux qui n'ont rien. » Cyprien {Testimon.,\\l). III, Ijdil qu'on ne doit refuser à personne l'aumône. «A quiconque te demande, dit-il ailleurs, il faut donner, et ne repousse pas celui qui veut emprunter de toi. » Grotius.
vreté (*)« (II aux Corintli. yiii, 13) ; ce qui signifie — en me servant des paroles deTite-Live sur un sujet assez semblable : — Je veux ([ue du superllu de vos richesses, vous veniez en aide aux nécessités des autres. Tel est aussi le sens de ceWe phrase du Cyrus de Xénoplion : « Ce que je trouve de superllu dans mon bien, j'en soulage l'indigence de mes amis. » C'est au point de vue de la même équité que nous devons nous placer, pour interpréter le précepte que nous venons de citer.
7. Comme la loi hébraïque accordait la liberté du divorce pour mettre obstacle aux mauvais traitements des maris envers leurs remmcs, de même pour empêcher les vengeances privées auxquelles la nation Israélite était extrêmement portée, cette loi avait doimé le droit à la personne lésée, d'exiger de celui qui lui avait imi la peine du talion, non pas en l'exerçant de sa projjre main, mais en la demandant au juge. Cet exemple a été suivi parla loi des Xll Tables : « S'il a ronqju un membre, qu'on applique le talion. » Mais Jésus-Christ (|ui enseignait le devoir d'une patience i)lus parlïiite, loin d'aj)prouver que la victime d'une olfensc actuellement commise en demande vengeance, ne veut pas même c[ue l'on prévienne certaines injures soit par la force, soit par la voie de justice. Quelles injures, cependant? Celles que l'on peut tolérer (**) ; non pas qu'il ne soit aussi louable de supporter de plus graves outrages, mais parce ([ue Jésus- Christ se contente d'un moindre degré de patience. Aussi
(*) M Je 'donnerai à celui qui a besoin, dit Sénè(iue {De I}enef.,\\), mais pourvu que je ne sois pas moi-même dans le besoin. » Ciirysoslômc, sur le passage de H4)itre aux Corinlbiens, cité dans le lexle, dit que « Dieu demande à cliacun selon les moyens qu'on a, cl non suivant ce qu'on n'a pas. » Pour bien comprendre celle pensée, il faut ajouter les paroles suivantes : « L'apôtre les loue d'avoir fait au delà de ce qu'ils pouvaient (il s'agit des Tbessaloniciens), mais il ne force pas les autres (il s'agit des habitants d'Achaie) i" en faire autant. » linoTius.
(**) Voir f.hrysostôme, dans l'endroit déjà in(li(jué. Groiius.