LIVRE I, CHAPITRE II
pas moins, et justement, les armes à la main, le royaume que lui avait promis Isboseth.
1 0. Qu'on étende maintenant la signification de proc/iain à tous les hommes — car ils ont tous été admis à une grâce commune, et il n'y a plus de peuples voués par Dieu H la destruction, — il sera permis de faire contre tous ce qui alors l'a été contre les Israélites, qu'on devait aimer dans ce temps-là comme on doit aujourd'hui aimer tous les hommes. Que si vous voulez même que la loi évangéliquc ait ordonné un plus haut degré d'amour, je l'accorde encore, pourvu qu'il soit aussi reconnu que tous les individus ne doivent pas être également aimés, mais qu'on doit avoir plus d'alFection pour son père que pour un étranger {*). Ainsi l'utilité de l'innocent doit passer avant celle du coupable, l'intérêt commun doit être préléré à l'intérêt privé, d'après la règle d'une charité bien ordonnée. C'est de cet amour pour les innocents que sont nées les peines capitales et les guerres pieuses. On peut voir à ce sujet la sentence morale qui se trouve dans le livre des Proverbes (xxiv, 1 1). Le devoir que nous impose le Christ d'aimer et de secourir chaque homme en particulier, doit donc être entendu avec cette réserve, qu'il n'y ait point d'amour plus grand et plus juste qui s'y oppose. On connaît cet ancien axiome: « Il est aussi cruel de pardonner à tous, que de ne pardonner à personne (**). »
(') Tertullicn dit {Advers. ilarcion, iv) « que le second degré de bonté est i)our les étrangers ; (juc le |iremier est pour ses proches.» « Il m'est commandé, dit Jérôme (Advers. Pelag., dialog. 1) d'aimer mes ennemis et de prier pour mes persécuteurs. Mais est-il juste que je les aime comme des proches ou des membres de ma famille, et qu'il n'y ait aucune difTcrenco entre un rival et un parent ? Grotius.
(*') Ces i)aroles sont de Séncque (De Clément., cap. ii). Chrysostôme traitant des châtiments humains (I ad. Corinlh., III, 13, et Seq.), dit que « les hommes les indigent non dans un esprit de cruauté, mats par un principe de bonté.» m Comme il y a quelquefois, dit Augustin, une compassion qui punit, il y a aussi une cruauté qui pardonne. » Les empe-
1 1 . Ajoutez à cela que nous devons aimer nos ennemis, "à l'exemple de Dieu qui t'ait lever son soleil pour les méchants. Mais ce môme Dieu en punit quekjues-uns dès cette vie, et leur intligera un jour les peines les plus sévères. Cet argument détruit du même coup les raisons qu'on tire ici de la douceur prc^scrite aux chrétiens. Car Dieu est appelé clément, miséricordieux, patient (,Ion. iv, 2; Exod. xxxiv. G), et cependant les saintes Écritures décrivent en maint endroit sa colère contre ceux qui l'ofTensent, c'êst-à-dire sa volonté de les punir (*) (Nomb. XIV, 18 ; Rom. ii, 8). Le magistrat a été établi ministre de cette colère (Rom. xiii, 4). Moïse est cité pour sa remarquable douceur; et il n'a pas laissé de punir des criminels, même de peines capitajes. On nous ordonne de toutes parts d'imiter la douceur et la patience de Jésus-Christ et c'est pourtant le Christ qui a menacé des plus graves supplices les .luifs rebelles (Matth. xxii, 7) (") ; c'est lui qui, au jou}' du jugement, condamnera les impies suivant ce qu'ils auront mérité. Les apôtres ont imité la douceur de leur maître, et cependant ils ont t'ait usage de l'autorité que Dieu leur avait donnée, pour la punition des méchants (1 Gorinth. iv, 21 ; v, 5 ; I à Timotli. i, 20) ("*).
reurs Valentinien, Tliéodose et Arcadius s'exprimenl ainsi dans la loi 3, au Code tiiéodosien, sur les défenseurs des cilés : « Il faut écarler toute lirotection (lui, en lavoiisanl les coupables cl en secourant les criminels, permettrait aux forfaits de se développer. Toliia dit dans Procope (//ïsfotre des GoOis, II) : « Je mets sur le même rang ceux qui commettent un crime et ceux qui empêchent que le crime ne soit puni. » Voir ce ([ui est dit liv. II. clia|i. xxi, j* H- Ghotius.
(*) Voir sur ce point Cyrille, liv. V, contre Julien. Ghotuis.
(**) Ajoutez les passages de Matthieu (xxi, 4')), de Luc(xix, l'^, 14, 27). Chrysoslôme [ad lloman., XIV), après avoir ntconlé les malheurs de Jérusalem, s'écrie : « C'est le Christ qui a fail tout cela. Écoutez comme il l'a prédit lui-même, soit par paraboles, soit ouvcilcmcnt et sans ménagement. » Il exprime une pensée semblable dans le second discours contre les Juifs. Grotius.
(***) « p-erai-je mourir, mutilerai-je? dit Chrysoslôme {\,Corinth. iv, 21) ;