LIVRE I, GHAriTRE II
12. Le quatrième passage qu'on objecte est de l'Épître aux RoHiains (xn, 17). « Ne rendez à persoinic le mal pour le mal ; ayez soin de faire le bien devant tous les hommes ; si cela se peut, autant qu'il est en vous, vivez en paix avec toutes sortes de personnes ; ne vous vengez pas vousmêmes (*), mes bien-aimés, mais donnez U7i sursis à votre colère, car il est écrit : C'est à moi que la vengeance est réservée; c'est moi qui la ferai, dit le Seigneur. Si donc votre cimemi a faim, donnez-lui à manger; s'il a soif, donnez-lui à boire ; car, agissant de la sorte, vous amas-
il y a, en cITcl, un cs|irit de sévérité, comme il y a un esprit de douceur, n Voyez aussi ce ([uc dit Augustin à propos des paroles du Seigneur sur la montagne (liv. 1), et d'autres écrivains que cite Gratianus (xxiii, Quesl. vin). GnoTius.
(*) La vulgale porte ici le mot defcndcntes. Mais cette expression est souvent prise par les auteurs chrétiens, pour exprimer l'idée de vengeance. Tertuilien (De J'atienl.) dit: « Jàm si lecius dcfendaris, insanies; si ubcrius, onerabcris. Quid mihi cwn uUionc, cujus inodtim regerc ncn possiim pcr impalientiam doloris ? » Il dit ailleurs {yldv. Marcion, 11): v Non enim injuriœ mutui exercendas liccntinm sapil, scd in lohtm cohibendêc violenliœ prospicil, ut quià durissimo et infideli in Deum populo lonyum tel eliam incredibile vidcrelur à Deo expeclare defensam, edicendatn posteà perprophetam, mihi defensam, et cfjo defcndam, dicit Dominus : intérim commissio injuriœ mclu vicis repastinaretur : et licentia retributiotiis , prohibitio esset provocationis ; ut sic improbitas astuta cessaret, dum secundà permissd prima lerrelur ; et prima deterritd, nec secunda committitur, quas et alias facilior limor talionis per eumdem saporem passionis. Nihil amarius quam idipsum pati, quod fcceris aliis. » Alia; diluvium iniqtiitales prnrocaverunt (dit Tertuilien, De monnyamid), scmel defensic qnelescumquc fncrunt, non tamen septungics scplies, quod duo mntrimonia meruerunt (a). » Le passage de Paul dont il s'agit, n'est pas mal expliqué par Augustin dans l'épitreoLiv : « C'est de là qu'il a été dit ; Ne résistons pas au méchant, afin que nous ne prenions pas plaisir à la vengeance, qui se repait de la vue des maux d'autrui » Voyez ce (jui sera dit plus loin, liv. II, cliap. xx, g 5 et g 10. Gnorius.
(a) Tonl l'iiUérôt du la note portant sur les mots : dcfendere~, dt^fcnsa, il a paru nécessaire de conserver et rcproduirp ces citations dans le texte latin.
serez des charbons de feu sur sa tête. Ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais travaillez à vaincre le mal par le bien. » On a ici la même réponse à l'aire ([u'au i)assage précédent. Cai* dans le même temps où il avait été dit par Dieu : « C'est à moi à tirer vengeance, c'est moi qui ferai justice, » à la même époque on prononçait des sentences capitales, et des lois étaient écrites pour réglementer les guerres. Il est, à la vérité, ordonné de se montrer bienfaisant pour ses ennemis, — ceux, bien entendu, qui sont de la même nation — (Exod. xxiii, 4,5). Mais ce devoir, comme nous l'avons dit, ne mettait pas obstacle aux peines capitales, ni aux guerres justes, même contre les Israélites. C'est poun|uoi il ne faut pas non plus presser maintenant à la rigueur les mêmes paroles, ou des préceptes semblables, quoique plus étendus. ; on le doit d'autant moins que les divisions des cliai)itres n'ont point été faites par les apùtres, ou de leur temps, mais qu'elles l'ont été beaucoup plus tard, pour diviser la lecture, et rendre plus facile la citation des passages '. C'est pour cette raison que le texte qui connncnce à présent le chapitre xin : « Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures^ » et les paragrajdies qui suivent, se trouvent liés avec les préceptes ((ui défendent de poursuivre la vengeance.
13. Or, Paul dit dans cet endroit que les autorités publiques sont les ministres de Dieu, chargés de faire sentir sa colère aux méchants, c'est-à-dire de les punir. Il distingue par cela même, de la manière la plus évidente, entre la vengeance en vue de l'intérêt puidic, qui
' On attribue la distinction moderne des chapitres à Hugues de Saint- Clier, cardinal, qui vivait dans le xiii' siècle, ou à d'autres, ([ui ne sont guère plus anciens. Il y avait avant cela une distinction beaucoup plus ancienne, faite sur la lin du iv siècle. Selon cette première division, les cliaiiitres xii, xiu et xiv de nos éditions, n'en font ([u'un.
(Bmiueyiial.)