LIVRE 1, CHAPITRE II
genre de vie est le plus simple, ont les mœurs les plus innocentes (*). Voici un passage analogue de Lucain: « 0 luxo prodigue, qui ne se contente jamais de modestes apprêts 1 Ambitieuse avidité de mets demandés à la terre et à la mer 1 Gloriole qui s'attache aux tables somptueuses 1 Apprenez combien il faut peu de chose pour vivre, et combien peu la nature demande. Ce n'est point un vin exquis, coulé sous un consul dont le temps a fait oublier le nom, qui remet sur pied les malades; ils ne boivent ni dans l'or, ni dans la murrhe ; mais, avec de l'eau limpide, la vie leur revient. Le llcuve et Gérés suf-
(*) l'hilon fait lu même remarque (De vilâ contemplalrice) en citant ce vers d'Homère : « Gens qui vivent de lait, et qui sont pauvres, mais d'une grande proiiité. » Justin dit des Scythes : « Ils ne convoitent pas l'or et l'a rj,'ent comme les autres mortels. » Puis il ajoute : « Ces mœurs sévères leur ont inspiré l'amour de la justice (a), à ces hommes qui ne désirent pas le bien d'autrui; car la passion des richesses se trouve là où on les emploie, » On trouve dans Grégoras (lib. H), au sujet des Scythes, un passage semblable, et qui mérite d'élre lu. Taxile pirleainsi à Alexandre : « Qu'est-il besoin, Alexandre, de guerres et de combats entre nous, puisque tu n'es point venu pour nous enlever l'eau et la nourriture indispensable : les seules choses pour les(|uelles doivent combattre des hommes doués de raison? » Le mot de Diogène vient à propos ici ; « Ce n'est pas parmi ceux qui vivent de bouillie que se recrutent les voleurs et les fauteurs de guerres. » Porphyre {II. De non edendis animalibiis) dit •pie « tout ce qui est d'un apprêt facile et coûte peu de frais, contribue à alTermir la piété, et à la rendre commune parmi les hommes. »
Grotius.
(a) Hœc conlinenlia morutn quoque illis justitiam indidil, ... dit le texte do la note. « L'édition de Graovius, fait observer Barbeyrac, suivie aujourd'hui, porte cdidil; mais iieiit-ètre que les exemples qu'il allègue ne sont pas tout à fait justes, à cause de la consiruction; de sorte que la manière dont notre auteur cite eu passa^;e, semble la meilleure. » Quant au vers d'Homère qui ouvre cotte note, Iîarukryac fait observer aussi que Gr.oTius, suivant l'explication ordinaire, prend le mot aStO)V qui s'y trouve, pour une épitliète, landisque c'est le unni propro d'un partie des anciens Scythes. « On n'a, dit-il, qu'à voir Strabon, Gcogr., liv. VII; Arien, de Exptdil. Alex., lib. IV, cap. i; Quinte- Currc, hb. VII, rap. vn num. 2; pour se convaincre tpio le jioctc parle des Abiens, comme d'une nation particulière.,. » Pt P.
158 LE imoiT bi-: i.a fjUEiîUE et i>e la taix.
fiseiit aux peuples. Malheureux 1 Pourquoi font-ils la guerre 1 » On peut ajouter à cela ce que dit Plutar([ue dans les Contradictions des Stoïciens : « H n'y a point de guerre entre les lioninies (jui ne vienne de (iuel(|ue principe vicieux. (*) L'une est allumée par le désir ellréné
(') Quel mal y aurait-il à confirmer, par bcaucou|) d'aulrcs exccllenls passages empruntes aux auteurs anciens, et par des citations non moins expressives, cette pensée si vraie, mais que les hommes méditent peu ? Dans Diogène Laërte, le philosophe Aihénéc s'écrie : « 0 malheureux I vous prenez bien de la peine pour de mauvaises choses! Une avidité insatiahlc vous précipite au milicii des luttes et des guerres. » Fahianus Papirius, dans les controverses de Sénèiiue le père, s'ex|)rime ainsi ; « Voici que des armées sont rangées en bataille, où souvent des concitoyens et des parents vont se battre ensemble. Les collines sont de toutes jiarts couvertes de cavaliers; tout le pays est jonché de cadavres ou de gens qui les dépouillent. On demandera quelle est la cause qui porte l'homme à cette fureur criminelle contre l'homme? Les bétes sauvages même ne se font pas la guerre entre elles; et quand cela serait, cela ne conviendrait pas à l'homme, cet animal paisible (jui se rapproche tant de la divinité! Pourquoi vous laisser emporter par une si grande colère, puisque vous êtes de la même souche et que vous avez le même sang? Quelle furie vous pousse à verser inutuellement voire sang? l'ar (|uel hasard, (juclle falalité, un si funeste fléau s'est-il introduit parmi le genre humain? Est-ce pour surcharger les festins de couoes, et pour faire briller d'or les dômes, que le parricide est tellement devenu en vogue? Il doit y avoir certes quelque chose de grand et de beau, qui fasse ([u'on aime mieux à ce prix admirer une table somptueuse et de riches lambris, que de voir, en conservant son innocence, la lumière du soleil. Faut-il souhaiter de rendre esclave l'univers, pour être en état de ne rien refuser à son ventre et à ses passions? A ([uoi bon rechercher ces richesses pernicieuses, si ce n'est pas même |)our les laisser à ses enfants! » « L'amour de l'argent, dit Phi- Ion {De Decalorjo) ou des femmes, ou de la gloire, ou de toute autre chose qui jjroduise du jdaisir, n'a-t-il été la cause que de maux de peu d'importance et vulgaires? N'est ce pas ce qui divise les parents, et ce qui change en une haine irréconciliable l'alfcction naturelle qu'ils avaient les uns pour les autres? N'est-ce pas ce qui fait que des pays vastes et peuplés sont dévastés par des dissensions intestines? N'est-ce pas ce qui remplit la terre et la mer de catastrophes sans ce?se renouvelées, au moyen de batailles terrestres et navales ? car les guerres des Grecs et des barbares, soit entre eux, soit de ces peuples contre eux-mêmes, ces guerres qui ont été cliantées p::r les tragiques, sont toutes venues d'une seule source :