LA VEUVE
ces belles paroles : « Sire, on ne connait les vrais amis que dans le malheur. Peut-être serez- Yous un jour chassé du trône, exilé, privé de tout, • réduit à mendier votre pain sur la terre étrangère. Sire! à ce moment-là vous retrouverez votre Ducroquet, fidèle et dévoué comme aujourd'hui. Au reste, développez ragricullure, encouragez le commerce et les arls, faites la guerre aux Anglais, rendez votre peuple heureux et je réponds de tout. »
Un tel homme doit avoir du crédit. Qui donc en aurait, s'il n'en a pas? La veuve est allée le trouver, implorant sa protection, rappelant le dévouement de son mari et les anciennes promesses, parlant de ses enfants. Je vous ai dit qu'elle était belle. C tôt trop peu dire. Quand elle s'anime, elle est vraiment touchante.
Le député s'est ému, quoique sexagénaire, ou à peu près. Ennuyé d'abord et décidé à répondre par un refus poli, il a fini par regarder. Puis il a écouté. Puis il a rapproché son fauteuil, et d'un air paterne, prenant dans ses vieilles mains la main blanche et délicate de la jeune femme, il a dit que toute démarche élait bien difficile, que le ministère était encombré de soUiciteiurs, qu'il fallait placer une infinité de gens, amis et parents des ministres; qu'il ferait cependant pour de si beaux yeux le
n LE DROIT DES FEMMES.
possible et l'impossible. . . Maisque désirez-vous, ma chère enfant? Une direction de poste aux lettres? ou un bureau télégraphique? on un bureau de tabac? — Ce qui sera vacant, monsieur, car le temps presse et mes enfants... — Vous avez des enfants, un garçon peut-être?... oui?... Eh bien, il faudra le mettre au collège, lui faire donner une bourse; je m'en charge... Tout en parlant, il rapproche son fauteuil. Son regard devient presque fixe, ses dents se serrent ; il semble préoccupé. Il va s- s^enouiller. . . La veuve comprend, se lève, ouvre la porte et s'enfuit pour ne plus revenir.
Quelque part qu'elle aille, ne rencontrera-t-elle pas les mêmes obstacles? Le Français est galant ; c'est son naturel. Un vieillard caduc, hideux, qui se soutient à peine, garde sur les femmes les mêmes idées qu'un homme de trente ans. Pour lui, le cœur n'a point d'âge. Est*ce le cœur qu'il faut dire? A coup sûr, les sens sont éteints* Que reste-t-il donc? L'habitude et la vanité.
En France, toute femme qui sollicite, pou^r peu qu'elle soit encore belle, ou qu'elle sache s'habiller, est à son tour sollicitée. Une malheureuse ouvrière qui voudrait gagner vingt sous dans son atelier est souvent obligée d'essuyer les insultantes caresses du patron, et plus souvent encore celles du cojatre-
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