fois : eu 1789, en 1830, en 1848, et qUi est
» réservée à TÂvenir. » ^' • ! "• t •'^'' ^ ' ■
Entière liberté* de pèfnser âiec - tblis ' lés àt* tributs qui la composent : vbîlà dôhb ée qtife' J'appelle non pas un droit, iriais le Droit." ^ "'' ' "'' ^
Je dis plus , je dis que Thomme ii'à' ^à^ lit liberté de ne pas penser. ' ' * ' ' ' ^ ' ' '^ ^' *'
L'homme qui ne pense point, rHotijmé qui ne raisonne point,' n^est pas' un' hominié,"êt st lîn hommîe qui pense pôtiÀ^àit liianger là'cïiaîr d^uli homme qui rie pense pas', îï ne serait point impossible de déniontrér qiiè celuî-lÊt il^ést pds mithropophage. L'homme qui ne ràisôiine 'point n'est pas le èemblable de l'homme qui raisonne.
Penser est plus qrf'une liberté,' c'dst une ïiécessité. ' ■ ' ••.'*.• ;r- y
La nécessité de penser, conséquemment dé ^a- ^ tisfaire ce besoin par la parole, pat récriture ^ par l'imprimerie, par l'ëtude, par renseignement, par la discussion, par le raisonnement, existe an même titre que la nécessité de manger, de boire, de dormir, de marcher. Cette nécessité porte avec elle-même ses limites.
.. Limiter la nécessité que rhomme a de raisonner n'est pas moins abusif qu'il le serait de limiter ]^, n^çssitéj (jue Vhoinme a de manger.
., Oïi^ie rjati,9i3jpLe .quç ceux qui ne se nourrissent pas eux-mêm^^ o^' rationne Tenfant, le soldat,
En dehors de Tentière liberté ppur toijis de raiçc^Hnqr^ je^P'^dmets^point, jç ne comprends point c;e ^'^ djçcojr^ dj^ ce npm abstrait : la Raison ; je i^e.jte.çioipprends ça^ plus, que je. ne comprendrais ^u^e additioji sans total j une multiplication s^ns ppodUjij;^ ^pe .diyision gaps quotient; la Raiso|i,, c'est ce que le paisonnemçnt démontre.
^ D^montrpz-piof que vous ayez raison en me mçttapijt.d^Qs rimpuissance de vous démontrer que vous avez tort , mais ne me contraignez point de vouer up: culte idolâtre à la déesse Raison.
i . ^Quje^t-pe, que la Raison ?
:. Lft. Raison d^un siècle est-ellq la Raison d'un autrer^qte?,]^ Raison, dlun^pays est-elle la Raim^ d'ua* m^ paya ? La Raipoja, d'un hqmme cstellQ: k i^ftisen d'un autre hoimme? La Raison , s^lon Descartes, Malebrandiô, Locke, Leibnît^î ^
Kant, est-elle là Raison seloii Afn^uld^ Bosôutet,- ' Reid, Hobbes, deMaistre? «î ■ •
La Raisoii est uùd ijuestiôïi de teîiipé ; la Rai-' son est tine question de nombre ; elle est Relative ; eire n'est pas absolue.
La Raison est au raisonnement ce qîxé la rë-^ coite est à la semence. Telle semence, telle récolte. '
Direz-vous qu'en m'exprimant en termes si posîtift et si rudimentàlres, j'essaye de voùë jeter dans la métaphysique, j'essaye de vous engager dans la controverse philosophique, j'essaye de vous égarer dans la définition d'une idée qui
se cache dans les profondeurs de l'esprit humain ? Direz- vous encore que je suis un esprit sceptique qui prend plaisir à nier tout ce qui est de consentement universel chez tous les peuples ?
Citez-moi donc, ô mon contradicteur, un seul point sur lequel tous les peuples aient été d'accord, un seul point sur lequel le consentement universel dont vous parlez ait existé !
Non ; je ne suis point sceptique, car je crois f(Mmement à l'impuissance finale de la force ma-
térijeUe dJi à-1% toute-puissaiwîe définitive de la force intellectuelle, celle-ci que, si vous le vwlez, je nommeffai le Droit , par opposition à cellelà s'appielant la Force. Tel que je viens de l'expliquer et ainsi défini : le Droit, c'est le raisonnement san$ autres limites que Terreur ou la vérité , sans^uftet jug^ qnie réridence, sans autre peina que la réfutation ; c'est la Raison démontrée par elle-raême et par elle seule; c'est, enfin, le triompîie de la Raison sans le secours de la Force.,
tmim»
S*U y a un Dlen, il est infhiimentiiieompréheneible, puisque, n'ayant ni parties ni.bo|!3ie8t il n*a nul rapport à nous. Noos sommes donc incapa- Um d0 ùnaM» m«»ffti*il e«tf lOvil il tsl.
PA8CAI.. Pmuie$. Panie II, tvt. UI.
Vous tenez à votre définition du Droite je tiens à la mienne.
Si Tune de ces deux définitions est plus justç que Tautre, comment cette justesse relatiyq se démontrer a-t-elle? Par le raisonnement. Quq faites-vous en vous efforçant de démontrer que j^ai tort et que vous avez raison? Vous raisonnez. Donc, vous qui me dcmnez tort quand vous.
dissertez, vous me donnez raison quand vous agissez. Vous combattez mon opinion, et cependant vous vous y conformer. Tel e^t l'avantage
de la yérité sur Terreur. En combattant Terlear, <m la détruit ; en combattant la vérité, on 96 détruit.
Mak, avant à'àBer plus loin dans cette controrerse, £1 est né cowai re de yider une question {Hré^adidelle: celle de l'utilité de ce débat et de son qpintEinttté.
On dit:
QuOaqmto^ m^fik iniéfiitable, telle définition du Droit plutôt que telle autre? Où cela mène-t-il? Où règne la force matérielle, que peut la force intellectudile?
Je réponds :
. En effet, cette discussion parait avoir peu d'opportunité, conséquemment peu d'utilité. Mais les journaux , sans ministres dépendants d'une majorité variable, n'étant plus que des leviers sans point d'appui, que des poulies tournant sans rien faire mouvoir, ce qui a mérité à ces poulies le surnom de poulies-folles, quelle discussion serait plus utile, quelle discussion serait plus opportune? Les journaux discutent pour discuter, comme ces poulies tournent pour
tournéï'. Us ne eonib phiB un d^imp de Mtsjîlle qu'à rétat de spectacle. j. ;• ; .!, .(., r
Quelle discuBsiou serait plua utiile?.U;^e.4isouBsionayanilie» pour ^llchmême,! wi ^t4lpar ^le-^mâme d/d plmsimpoitan^^ piMrîi9qi^ç de^l'i^ qu'on a du Droit déowlant :tx3Us les r^j^rte sociaux de nation à najbionj, de peuple ,^ gQ^ver-^ nement, de famille à iiadividu, d'individu à indiridU) de fort à faàWe, de riche à pauyre, de sarant à igïï«3rant? , /
Quelle dis<3B^on serais plus opportune? QuivBd disoutera-t*on, si ce n'est quand il n'y a rien de plus et rien de mieux à faire, et quel momeat plus propice pour débattre les hamte^ questfami^ que celui où la critique, des actes et de^ hommes du pouvok est exprimèrent interdite?
Donc, à ce point de vue de l'utilité et dje l'opportunité, les journauet d; leurs rédacteurs n'ont paa.de meilleur emploi de la Uberté dont ils jouissent encore pua* tolérance que de la. faire servir à éler-er les questions .au-despiis ,des hommes , car les hommes : passent , les questions restent.
Youfi pe^isftess à goutepir que le Vtroaik est la
raison de Dieu.
Je persîsÉôJ de îaûcm côté, à soutenir que le Broitèst la ïatis(m de l'Homme, se démontrant par le' rttiâDnnctoent, oomme le mouvement se démoiitteTpar le mouvement.
Que' la'Taificm de Dieu se dânontre ainsi, et j'abandonne aussitôt Fopinion que je défends pour me ranger à Topinion que vous défendez.
Mais, pour que la raison de Dieu se démontrât ainsî,* il faudrait que Dieu raisoamât.
La râisoii (Je Dïbu n'est d(mc qu'un motqui, imprimé dans la Ga^j^fe de France^ signifie: la raison de M. H. de Lourdoueix.
Ce mot n'a pas d'autre signification, car s'il en avait une autre, il signifierait impuissance.
fin effet, que serait un Dieu qui n'aurait pas la puiâgèfnce d'imposer sa volonté, de dicter sa loi, ou qui, ayant la vérité dans ses mains, les fettneràit à l'homme égaré k sa poursuite ?
. ' Ce aeraît'an Dieu qu'il faudrait reléguer parmi les faux dieux impuissants ou malfaisants qui ont
été successivement destitués, après avoir été. suj)erstitieusement adorés. . ^ , [
Mais ce qui démontre avec toute Isa clarté de révidence que le Droit est la rrisoiiidb rHoratthë, et que le Droit n'est pas. la iraîson de')Dieq, c'est que le Droit a constammeiiit varié )îc4 tarie encore selon les temps et leslicux; »' iin 1. » >
Ce qui fut flétri est glorifié, i ce <çui fat) glorifié est flétri; ce qui est défendu i<5i' eSt'jfertûis là; ce qui là est permis est d:éfenàti*fci'.'''î '
Grand-prêtre de la raison de Diew; dît^^î^î donc, vous devez le savoir, ceque-ir^ofuve'cetiie raison et ce qu'elle admet! . : '. , •.
Admet^Ue l'esclavage ?
Admet-elle le servage corporel? '
Admet-elle le servage intellectuel? » •' '
Admet-elle la domination de l^lromnie sur l'homme, domination inadmissible si tous'ks hommes naissent frères ? • i •
Admet-ellelasoumissiondelafemmeàl'homme, soumission prescrite par la loi, mais qufôjcotitoedit l'égalité de l'homme et de la femme rétablie par la foi ?
- -Admet^elle' qu'un hdmme règne sur ses semblables autrement que par là force du hiisonj^eÈnefift- et (khlaperguasioD^. autrement qu^en se ,feiflaiDf iBÙtouter.writé; €n toute humilité, non en parde aiiaîs( «ii* aation j; Jeùr serviteur ? '
jr;AiimetreJlei!cpihm' homme commande à ses semblables conmiie^él eoraopiande iaux êtres qui -di^^'M ideM lui par la ^ulté de penser dont 40&'4^iîi9âet^i BiTon*! lias -été; doufis?'* • . •
Adm.0trell$) i qAii«i deux- enfanit^-étâht nés» de la 'Baêm^ïftèr:^^ l'^Jin^él^art i^pUtéîlégitînip/fioèt com- >W4>d^/;jtw^) î«^rbi«$isy tmiiA que l'auitre,. étant réputé illégitime, soit eawîliiide sa part d'héritage?
Admet-elle que TenfagÉ pUi«^ être légalement déclaré le fils^e tVfecannî^' qui-n'ea'ef&t pas réellement le ;()to8?))!' I'î: '- 7' ' . .
:: ^ A^m^Wlle qîuev'U^aytot .pas fait qu'on héri- .^^t>des talents;, on ftérfte des^bienB ? : . « "^
Admet-elle que le petitriombre ait le superflu
.iîU5^î,mêoiO'li ayoir^ abquia- par ■ le trdvail,' lorsque
l'imuijewep nombre' laiatique du nécessaire qu'il
Mjft^jpèut^tjffîqftéylrifaêiiieaiaprîx de l^épmsement
du corps? ' : «
Bubsiatereu wiêuif?' temps âm»}^v^m^:^%Vf^^ A^met-elle U péiiîiUté q:ui jsua?yit,aM ri^peiitiK?: Adcfliet-eUe qua rb<;»ii^e^ji'ér^fi^l>i^f^Q^ijHige sttprêuae, iufailliblp, Qm^^^^V^l^àxvà^^mhi^- ^)i^y OQnd^uuiç un *iutra h<w^mf3 à la rpeiPè^
mort? -,..• . ,• ' \ < nî .-
Adqietrelle 1^ paf:tag€ ^es Jbpi?ime^:faiL<Qai|$s <^ppçsé? ^64€Rl^?aA^l*.gT^^r.ej.eUfliflPlfleJflfwent d#;Vwivg|^ ^n nai?pBaJiitpô ppl?Fa8e»S€;s, »poç«- (lîftilit fjfi Ift ifçrpe et dç 1^ cenquête^. qt. geçp^^tf ant Tesprit de rivalité ? .. ' . . .-
S^i la Jmijoft de Dieu m <irgMigP pas ayepj'erreuretrinjugtice, si eU^ îi'^djpaeit qwc^qjW.fet, est ou sera universeUemeoit yr4j étçrppllptpent jtt^tQ, ppmmeoti, iwtqçprète de, «^t#|drpi|eîçî^ immuable, rnson^ ôxpliqw^-wuô qtue tdles générationstnieB^t.oupaisswtianrdûîun âort «i.difél*ent de celui de telles autres générations ? Qw^Ues (X)mpeiisaidon& seront dJŒoiiéôâ à rh(W)!ixie qui vécu le corps civorbé sous ireficlavage^ mas le servage, sous Toppressioii^ tandis que sob'seQ'*
blabla' l^it<idUeui4 la tête Haute, en pleine posaesBioiiâeilum^e; et ne relevant que de sa ^i^e irâfisbwP €(mtAeiit et où se rétablira Tégantérompiietellfttre' ces deux hommes, entre ces 4eux' crért^urés sorties des mains du même créateUt, ^ttte'^^'deFUX frères? Un compte aura-t-il été ottrert à obaièiEïû dl'eux, où toutes les jouissances de Tun auront été portées, où n'aura été oiddiée ftUfeuiie des souflfranoes de Vautre? ■GôttiineMl la balance s'établira-t-elle ? Comment lu dsÉÊGSrence en sens contraire se soldera-t-elle? 'La rài^n de Dieu , telle que tous la définissez, ' n'explique rien et complique tout.
- La raison de THomme, telle que je la définis, èx|)llque totrt et ne complique rien.
I 'Par k'taisoDi de l'Homme, j'explique sans la -jttbéfiei- la'bailimrie qui fut et qui est, relativement' à -là •civilisation qui est et qui sera. i! Làiuîson de l'Homme se développe par la oUl*itfe.^
i > j Av^i d'être un épi, elle a commencé par être »to|ppain»;, avant d'être une javelle, elle a commea(sé>{>ar jètre un- grsdn et un épi ; avant d'être
une gerbe, elle a commencé par êtreim-gtiaîri^ lin épi et une javelle ; avant d-etré- la récolte qtii sera le pain et la force des multitudésii."elle»4i commencé par être un grain, un épi,"un€: javelle et une gerbe, ' 01 1!;.;! i-
Le monde physique acommencépâ;rtlnb(!)âime.
Cet homme a procréé un autre homtnef. ï/e^niOiide intellectuel a commencé par tme idéeiOëïte^Wée a procréé une autre idée. L'idée, c'esb-àddire rhomme intellectuel, croît et se multiplie «ommè croît et se multiplie Thomme charnel. ; J'exrplîqae la succession et la multiplication des idée» comme j'explique la succession et la multiplicatioà^des hommes : par lamême loi de natulre^ d'aocoupleiment et de développement. Il y a ides unions et des générations intellectuellesxoiïïmie''il yladës unions et des génération^ chamelles; *I1 y a des idées femelles et des idées mâles, «comtoè il yia des idées filles et des idées* mères. i r- . • .
Le monde intellectuel, se peuplant de iplusîen plus d'idées, se transforme comme se fransforme le monde physique partout où la'populîrtion^oroit rapidement en nombre. Aussitôt le champ se'dç-
ftAdie, ilJHrbi^. 'W[ gt^fl^,ikiieu s'àlluaie^' le fur âei forgeHjltijilaîtte .'* jtisaei,' la. mmisou «^ conâtruit. I.e,pjîogix^ôi03tiilttipi?eri$îoj)idu besoiriw Elus celui' mi es* JmpéfiQnK,.|Aii^ celui-là est actif. • hu civilisation, en définitive, n'est que FaccroifiseïnôttÈdliiijftOjaa^jrQidiÇfiiJdaee'.. C'est le peuplement ilwîmôad6inteHeiïtuel.Mi ... '. ...
r,|l(pàtV'idé^)iîîêKmteMe^»|COi'eiqu.'eu germe^ c'éstk feùrisâîforjc'esti'éilfance^ del'liomme, e'estl'enfanœ-dellq société^, loii ridée se fait jour,, c'est la ba^lJnirie^uiNteud è<\déoit)ltve,. c'est i'homm^ ^luiîiteBd à.mfeontteîrtD'estlai société qui tend, i ««•tbrmeri <îtLeâ€i-art?elle?. Elle sera ce qu'est le «flljiSeloniqu'iliïy a beaucoup de lierres pour peu tle brasy -oinbeauçîôup de bias poiu» peu de tenues. 11 lest vaiissii simple iq^e' des étendujes de temps «çSeBt/refetéesttufiresffent' sans être intelleotuellenieiil défriidîQas^ qu'tt est simple -que des étendues de terre seienfc restées -^ou restent sans être anaduwllclment cultivées. Les braâ manquaient ou maiM^esubàees étendues de terre; les idées man- ({«aient (MîLTnapquént à ces étendues de temps qu'on nomme des siècles.
n est vrai de dire que je n'admets pas ou que je «n'admets plus de distinction morale entre le Bien et le Mal. Ce que vous appelez Mal, je le nomme Risque.
Dans Tordre moral, qu'appelez-vous le Bien ?
Appelez- vous ainsi Ventière et stricte application des préceptes évangéliques ?
Mais cette application, si elle avait lieu, serait la destruction de la société telle qu'elle existe.
Toute pénalité, toute justice, tomberaient devant l'observation de ces commandements :
« A celui qui te frappe sur une joue, présente-lui aussi Vautrée ; et si quelqu'un t'ôte ton manteau, n*} l'empêche point de prendre aussi ta tunique.
" Et à tout homme qui te demande, donne-lui ; eti celui qui t'ôte ce qui t'appartient, ne le demande point.
»» Et comme vous voulez que les autres vous fessent, faites-leur aussi de même.
« Mais si vous aimez seulement ceux qui vous aiment , quel gré vous en saura-t-on? Car les gens de mauvaise vie aiment aussi ceux qui les aiment.
»» Et si vous ne faites du bien qu'à ceux qui vous-au-
ront fait du bien, quel gré vous en saura-ton? Car les ffeiis de mauvaise vie font aussi de même.
' « C^est pourquoi aimez vos ennemis et faites du bien, et prêtez sanà en tien espérer, et votre récompense sera grande et vous serez les fils du Très-Haut, car il est bi^âisanf envers les ingrats et les méchants.
' * \Et lié Jugez point et vous ne serez pas jugés; ne condamnez pohit etvous ne serez pas condamnes (1) . «
Toute hiérarchie sociale s'écroulerait sous cette
déclaration :
" Lés dertiîèré feront les pn^nieW et les premiers seront les derniers (2).
»' Vous qui avez la foi en la gloire deNotre-Seigneur Jésus-Christ, ne faites point acception de personnes. 5'il entre dans une de vos assemblées un homme ayant un anneau d'or et un habit magnifique, et qu'il y entre aussi un pauvre mal vêtu, et qu'arrêtant vos regards sur le ri<die, vous lui disiez en lui dfrant un si^e : « Asseyez-vous ici, » et que vous disiez au pauvre : « Tenez-vous là debout ou asseyez-vous à mes pieds, »» n'est-ce pas là faire, en vous-mêmes,
(1) Apôtre saîût Luc.
. ^ Apôtre fAÎQtMattliini.
une différence entre lui et l'autre, et vous abandonner à d'iniques pensées dans le jugement que vous faites? Si vous avez égard à la condition desperscnmeSy vous commettez un péché, et vous serez condamnés par la loi comme en étant les transgresseurs.
" Si un de vos frères, une de vos sœurs n*a pas de quoi se vêtir et manque de ce qui hii est nécessaire chaque jour pour vivre, et que quelqu'un d*entre voos lui dise : " Allez enpaix, je vous souhaite de quoi vents garantir du froid et de quoi manger, » sans leur donner ce qui est nécessaire, à quoi serviront vos paroles 1 C'est par les œuvres que V homme estjustifiéj et non pas seulement par la foi (1), "
Toute domination de l'homme par Thomme, sous quelque forme de gouvernement que ce soit, disparaîtrait devant ces paroles :
' - Vous savez queles princes des nations les m^- SENT et que les grands usent d autobité sur elles ; mais il nen sera pas ainsi entre vous ; au contraire, quiconque voudra être grand entre vous, qu'il soit votre SERVITEUR ! Et quiconque voudra être le premier entre vous, qu'il soit votre serviteur !
(1) Apôtre eamt Jncquen*
-" Mais vous , ne veuillez pas être appelés maîtres,
q&T voi*^ n'avez qu'un seul maître et vous êtes tous
frères, -^t.»'«ppeiez sur la terre personne votre père,
ic*iy«!Ba.StJ&^ qu'u© s^ père, qui est dans les Cieux.
Ne vous appebi fDOttt laiâtreft, parce que vous n'avez
•qu^Wf itutî^.- Cel^ qui est le plus grand d'entre vous
MWkf^fstoesmmtmt^ -** car quiconque s'élèvera sera
dbaÎMi^>ôtqaÛ0ODqiie»'alattS^^ sera élevé.
' : . /i» ÎBifl m^p&aàJBêràsàeasa, maîtres^ car il aimeral'un
' etdaËLrarantey ou il sera docâe à l'un et méprisera
IrMÉm* ' ' : ' ^ '
A Yoâs ne pM^iaicarvir Dieu et Mammou (1).
» Vous avezété rachetés àun haut prix, nevous rendez plus esclaves des hommes. Vous n'avez point reçu l'esprit de sei^ritilde ; Vous avez reçu l'esprit de Taàoptîon divine, cet esprit qui nous rend témoignage que nous sommes enfants de Dieu et cohéritiers du
, (Christ.^
À R^ez vos paroles et Vos actions comme devant
être j^ées par la loi de la liberté. . . Où est l'esprit du Seigiaour» |à.^t la liberté.
^ i^-Tene%vaus àotyc fermes dans la liberté à Tégard de laquelle le Christ vous a affranchis et ne
;i) Saint MRttli:eu.
vous soumettez plus au joug de la servitude (1). « Luxe et misère se nivelleraient dans le bienêtre commun si ces préceptes étaient pratiqués :
« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement.
»♦ N'ayez en possession ni or, ni argent, ni aucime monnaie dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni chaussures, ni bâton, car àl'ouvrier est due la nourriture (2). «
Ainsi ce que vous appelez le Droit, ainsi ce que vous appelez la Raison de Dieu, ainsi ce qui,
selon elle, serait le Bien, aboutirait à la chute de toute justice humaine, de toute hiérarchie sociale, de toute autorité dominatrice, de toute richesse inégale, de toute la société^ enfin, telle que Font formée et transformée la succession des siècles, la succession des idées.
Vers le but, npiis nous rapprochons, mais où vous marchez sans arriver par la voie que vous appelez la raison dé Dieu, je marche et j'arrive par la voie que j'appelle la raison de l'Homme.
(1) Saint Paul.
[2) Saint Matthieu.
Oui, j'arrive, car j'avance, et la preuve que j'avance résulte du progrès accompli, du progrès visible qiii, sous toutes les formes, se fait jour de toutes parts.
Ce progrès, que j'impute à la raison de l'Homme, l'imputerez- vous à la raison de Dieu?
Vous ne le pouvez pas sans renverser de vos propres mains l'autel élevé par vos mains !
La raison de Dieu ne saurait être qu'absolue. Elle ne saurait être relative ni progressive. L'univers est tel qu'il l'a créé. Il ne l'a point perfectionné. Il ne l'a point retouché. Les astres 86 meuvent éternellement dans le même orbite. Us sont ce qu'ils furent. Considéré physiquement et abstractivementi l'homme n'a pas acquis, l'homme ne possède pas un organedeplus qu'au premier jour de la création.
Vous confondez la société avec l'humanité $ moi, je distingue entre l'humanité, qui n'est pas l'œuvre de l'homme, et la société, qui est son ou* vrage.
L'humanité ne varie pas. Les siècles attestent que ses lois sont immuables et éternelles.
La société varie sans fin. Les siècles attestent que ses lois sont aussi éphémères qu'elles sont contradictoires.
La raison de THomme étant relative et se développant par le raisonnement, qu'y a-t-il donc à faire? Il y a à faire dans Tordre social de la maternité des idées, ce qui se fait dans Tordre naturel de la maternité des enfants ; il y a à faire de Thomme un être qu'on exerce à raisoimer comme on exerce Tenfant à parler. La supériorité oblige au même titre que la maternité.
Quiconque sait a pour enfants, dans Tordre intellectuel^ tous ceux qui ignorent; il y a à s'efforcer' sans relâche et sans fin, d^accroître le nombre des hommes qui raisonnent, et de diminuer le nomibre des hommes qui nç raisonnent pas»
De combien d'êtres qui raisonnent est. composé un peuple de trente-six millions d'hommes,,, de femmes et d'enfants? S'il ne compte à peine qu'un être raisonnant par mille êtres ne raisonnant pa^, un tel peuple n'est qu'une nation de trente-six mille âmes^ pour me servir de l'expression consacrée. Qu'est-ce qu'un homme qui, ayant at-
teint rentier développement de ses facultés physiques, ne raisonne pas? Est-ce un homme?
Non', ce n'est pas même la moitié d'un homme. C'est moins qu'un homme qui aurait un des deux côtés du corps paralysé. La raison d'exister d'un gouvernement, sa tâche, ce devrait être de faire servir à l'instruction de tous ceux qui ignorent le savoir de tous ceux qui ont appris, afin d'avoir pour multiplicateur de la véritable force nationale le nombre le plus considérable possible d'hommes méritant véritablement le nomd'liommes, c'est-à-dire agissant conformément à leur raison librement exercée et entièrement développée. La nation, la puissance intellectuelle, qui se composerait de dix millions d'hommes ainsi formés, serait la première et la plus puissante nation du globe ; elle changerait la face du inonde! Combien, je le demande, parmi les vingt -deux millions d'hommes et de femmes dont se compose, en France, la population légalement majeure , compterait-on d'hommes et de- femmes composant , en réalité , une population rationnellement majeure, si on les comp-
tait par têtes t^n Ueu de 1^ compter par corps?
L'ilotisme intellectuel doit être combattu sans relâche jusqu'à ce qu'il n'y ait plus dans une na« tion que des êtres se gouvernant par leur raison, quelle qu'elle soit, plus ou moins limitée, plus ou moins étendue ; si bornée qu'on la suppose, elle ira toujours jusqu'à comprendre la liberté ainsi expliquée et démontrée par la réciprocité :
Ne tue pas, si tu ne veux pas être tué;
Ne frappe pas, si tu ne veux pas être frappé ;
Ne vole pas, si tu ne veux pas être volé ;
Ne trompe pas, si tu ne veux pas être trompé ;
Necalomniepas, si tune veuxpasêtre calomnié;
Ne diffamepas, si tu ne veux pas être diffamé*
Car si tu as tué et qu'on te tue, à qui tes parents se plaindront-t-ils? Quelle raison invoqueront-ils?
Car si tu as frappé et qu'on te frappe, à qui te plaindras-tu? Quelle raison invoqueras-tu ?
Car si tu as volé et qu'on te vole, à qui te plaindras-tu? Quelle raison invoqueras-tu?
Car si tu as trompé et qu'on te trompe, à qui te plaindras-tu? Quelle raison invoqueras-tu?
Car si tu as calomnié et qu'on te calomnie, à qui te plaindras-tu ? Quelle raison invoqueras-tu ?
Car situ as diffamé et qu'on te diffame, à qui te plaindras-tu? Quelle raison invoqueras-tu?
Donc;
Tuer autrui, c'est appeler sur soi le risque d*être tué;
Frapper autrui, c'est appeler sur soi le risque d'être frappé ;
Voler autrui, c^est appeler sur soi le risque d'être volé ;
Tromper autrui, c'est appeler sur soi le risque d'être trompé ;
Calomnier autrui, c'est appeler sur soi le risque d'être calomnié ;
. Diffamer autrui, c'est appeler sur soi le risque d'être diffamé.
La réciprocité est à la liberté ce qu'en arithmétique la preuve est à la règle. La réciprocité est une formule qui peut s'enseigner aussi ineffaçablement et se démontrer aussi rigoureusement que 2 multipliés par 2 égalent 4.
La réciprocité peut se démontrer par un exeni-
pie à la portée des enfants les moins intelligents ; prenez une pièce de monnaie et dites-leur : Un homme étant à Tautre ce que le revers de cette pièce est à la face , est-il possible de jeter un côté en Tair sans y jeter Tautre ? — Essayez. — Impossible. — Donc, la réciprocité est inséparable de la liberté.
C'est ce qui distingue le régime de la liberté du régime de la force ; la force exclut la réciprocité. Ce qui est inégal ne peut être réciproque.
La réciprocité, c'est la force destituée par le raisonnement; c'est la raison à l'état de formule arithmétique ; c'est la justice existant par elle-même et prenant son niveau comme le fleuve prend le sien ; c'est l'équité.
Là où les hommes qui raisonnent sont en majorité, les hommes ne se mangent plus, ne . se tuent plus, ne se battent plus ; ils ne se battent encore que là où ils sont en minorité.
Je ne confonds pas la réciprocité avec la fraternité. Il y a entre elles la différence qui existe entre le calcul et le sentiment.
Or, depuis qu'on apprend aux hommes à s'ai-
mer, il ne paraît pas qu'ils aient fait aucun progrès. C'est à peine si les deux fils de la même mère se conduisent en frères.
H en est autrement de Tart qui apprend aux hommes à compter. Il n'a plus de progrès à faire. H n'est aucun problème qu'il ne puisse résoudre, aucune probabilité qu'il ne puisse mesurer, aucun risque qu'il ne puisse évaluer.
Conséquemment^ ce qu'il y a faire, c'est d'enseigner à tout enfant à calculer et à raisonner avec lui-même, dès qu'il a atteint l'âge de raisonner et de calculer.
Le calcul traduisant tout en risques commence par les diminuer et finît par les annuler.
Le calcul, cet attribut de la raison de l'Homme, détruit les effets en s'attaquant aux causes, tandis que la morale, érigée en attribut de la raison de Dieu, laisse subsister les causes en ne s'attaquant qu'aux efiets.
La raison de Dieu, telle que vous l'interprétez, et telle qu'elle a prévalu, guillotine le meurtrier, emprisonne le voleur, flétrit le fripon, punit le difiamateur.
La raison de rHomme, telle que je Tentrevois, et telle qu'elle prévaudra, s'appliquera à rendre le meurtre, le vol, la fraude, la diffamation, si évidemment déraisonnables, que la pensée de tuer, de voler, de frauder, de diffamer finira par n'avoir pas plus de chances d'entrer dans le cerveau d'un homme civilisé que la pensée de rôtir son semblable pour le manger. Le meurtre, le vol, la fraude, la diffamation, ne sont pas moins incompatibles avec la civilisation que l'anthropophagie (1),
Où l'on tue, où l'on se bat, où l'on vole, où l'on trompe, où l'on diffame, c'est que la civilisation n'a encore dissipé la barbarie qu'imparfaitement.
Ce qu'il faut, c'est étudier le meurtre , le vol, la fraude dans leurs causes comme on a étudié dans leurs causes les incendies par la chute de la foudre , les explosions par la
(l) On n'apprend pas aux hommes à être honnêtes gens et on leur apprend tout le reste, et cependant ils ne se piquent de rien tant que cela. Ainsi ils ne se piquent de savoir que la seule chose qu'ils n'apprennent pas. Pascal. Pensées,
fuite du gaz on par la pression de la vapeur.
Ce n'est poîtit en fermant les cabarets qu'on détruit l'ivrognerie : c'est en faisant monter le niveau du bien-être ; le bien-être acquis change les habitudes et en fait contracter de nouvelles. Qui peut aller au café ne va plus au cabaret; qui a un salon ne va pas au café. Vous qui gouvernez, appliquez donc l'échelle de la civilisation de telle sorte qu'un plus grand nombre puisse y monter !
Le jour où il sera reconnu qu'il n'y a moralement ni bien ni mal, qu'il n'y a matériellement que des risques, que peu importe d'être tué par un meurtrier ou par une tuile, noyé par un malfaiteur ou par une vague, visé derrière une borne ou derrière un canon, blessé par la main d'un homme ou par la corne d'un bœuf, ce jourlà on ne prendra plus l'ombre pour la proie ; on ne parodiera plus Xercès, faisant châtier la mer à coups de verges ; mais on appliquera à la société les règles qu'on applique à la construction du navire qui doit défier la tempête, ou de la maison qui doit affronter l'incendie.
Qu'est-ce que le vol? Si le vol est Tappropriation sans travail du bien que Ton convoite, moins le travail deviendra pénible, et plus le vol deviendra rare. On peut donc transformer le vol. Il est l'appropriation par la force ou par la ruse ; il peut devenir Tappropriation par l'activité ou par la supériorité.
Plus le vol sera rare, et proportionnellement moins il y aura de risques de meurtre. Ainsi, Ton voit que tout se tient et s'enehaîne, quand on remonte des effets aux causes. Mais les causes, qui les étudie, qui les approfondit?
Vous dites que le Droit tel que je l'ai défini n'a ni sfl;nction ni refuge.
Je vous rq)ondB; Il a pour sanction la logique, il a pour refuge la liberté.
Vous dites que la liberté de raisonner entraîne évidemment la liberté de déraisonner.
Je vous réponds : Sans contredit, comme la liberté de marcher entraine la liberté de tomber ; mais de ce que les hommes ont la liberté de tomber, s'ensuit-il que tomber soit une manière de marcher? Et d'ailleurs, qu'importe qu'un homme
déraisonne ? S'il déraisonne, la réfutation n'en sera que plus facile. La victoire restera donc toujours à la raison déniontrée par le raisonnement.
Vous dites : La raison étant individuelle, quel motif y a't-il pour que Thomme qui raisonne entraîne les autres hommes qui raisonnent ?
Je vous réponds: La force étant individuelle, quel motif y a-t'il pour qu'un homme étant le plus fort terrasse un autre homme étant le plus faible ? Qu'est-ce que la logique, sinon le droit du plus fort transporté dans l'ordre intellectuel ? J'aurais pu vous répondre encore : La science étant individuelle," quel motif y a-t41 pour qu'un homme qui sait réduise à l'aveu de son ignorance ou tout au moins au silence l'homme qui ne sait pas ?
Vous dîtes : Qui vous autorise à croire que les autres raisonneront comme vous, s'il n'y a pas au-dessus d'eux tous une raison commune, éternelle, divine ?
Je vous réponds : La preuve que cette raison commune, éternelle, divine, que vous supposez^ n'existe pas, c'est la diversité même d'opinions
— sa —
qui divise tous les grands penseurs de tous les temps. J'ajoute : Est-ce que tous les hommes ont besoin de raisonner comme Descartes, pour que la raison de Descartes s'impose à eux ?
Vous dites que votre définition est aussi consolante que la mienne est désespérante pour l'humanité ; qu'avec vous le faible et l'opprimé peuvent en appeler au jugement du genre humain tout entier; car la raison où leur droit est écrit existe chez tous les hommes comme en Dieu.
Je vous réponds : A quoi sert aux Polonais asservis, aux Italiens opprimés, aux esclaves des planteurs américains, aux serfs des seigneurs russes, aux catholiques persécutés en Suède, aux protestants persécutés en Toscane, aux Israélites exclus du parlement anglais, d'en appeler « au jugement du genre humain tout entier » de l'oppression, de la persécution, de l'exclusion qui pèsent sur eux? Cet appel, qu'ils n'ont cessé de faire, les a-t-il délivrés? Finissons-en donc avec les grandes phrases. Voulez- vous savoir pourquoi les israélites du royaume-uni ne tarderont pas à se faire ouvrir à deuxbattants les portes de la cham-
bre des communes comme ils ont déjà réussi à se faire ouvrir les portes des collèges électoraux ? C'est qu'en Angleterre le raisonnement est libre. Où le raisonnement est libre, Tabsurdité ne Test plus, et j'appelle absurdité toute iniquité. En effet , il n'y a pas une iniquité qui ne soit une absurdité. Voulez- vous savoir pourquoi les Polonais et les Italiens ont peu de chance d'être délivrés ? C'est qu'en Pologne et en Italie le raisonnement n'est pas libre. Que partout le raisonnement soit libre, et nulle part il n'y aura plus ni faibles ni opprimés ! Toute question ne sera plus que le germe d'une solution. Tout obstacle deviendra point d'appui sous la pression de ce levier du monde intellectuel.
Vous dites qu'il faut traduire le droit du plus capable par le droit du plus roué. Je proteste contre cette traduction infidèle, traduction indigne d'une discussion sérieuse. Avais-je donc' besoin avec vous de préciser ma pensée en ajoutant : le plus capable rationnellement ou scientifiquement?
Ce qui met entre nous l'immense distance qui
sépare le Passé, que j 'interroge et que vous personnifiez, de r Avenir, que je pressens et dans lequel je m'identifie, c'est que vous croyez, vous, à la possibilité d'améliorer indirectement et rapidement la société en améliorant directement l'homme, tandis que moi, je crois qu'il n'est pos^ sible d'améliorer indirectement et rapidement l'homme qu'en améliorant directement la société. Cette double amélioration, directe et indirecte, je l'appelle par les progrès de la civilisation, par les conquêtes de la science, par le triomphe de la vérité sur l'erreur, sans autres armes que le rai- Bonnement, la démonstration, la persuasion, l'évidence ; je ne l'appelle point, je ne l'ai jamais appelée, quoique vous l'insinuiez, par les voies de la révolution, et puisque vous avez jugé à propos de terminer votre réponse par l'adjonction du nom de M. Proudhon au mien, je terminerai ma réplique en rappelant ici ce que, le 7 juin 1848, je ripostais à M. Proudhon : « Ne » comptez pas sur moi pour conspirer jamais la > démolition d'aucun gouvernement, mon esprit 1» s'y refuserait; il n'est accessible qu'à une
9 seule pensée : améliorer le gouvernement étu- » blî , le légitimer par le nombre de ses bienfaits , w le glorifier par la grandeur de ses œuvres (1 ) . »
Tout par le raisonnement, rien par la force : telle a toujours été, en effet, ma règle de conduite, et je ne saurais logiquement en adopter une autre.
Qui a placé le Droit dans le raisonnement, successivement élevé à sa plus haute puissance, croit à la force de la logique, aussi fermement qu'il croit peu à la logique de la force, sous quelque drapeau qu'elle s'abrite, sous quelque bonnet qu'elle se cache, sous quelque nom qu'elle se glisse. Les mots ne le trompent pas» Aussi n'avez-vous pas réussi à m'abuser par ce$ grands mots: Saison de Dieu.
(1) Presse du 7 juin 1848.
Les lois, daus la signification la plus étandue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la na> tare des choses ; et dans ce sens tous les êtifes oui leurs lois ; la divinité a ses lois, le monde matériel a ses lois, les intelligences supérieures à l'homme ont leurs lois, les bêtes ont leurs lois, Fhotnme a *u lois.
tfOKTBSQUIBU. Esprit det lois.
L'objection à laquelle vous revenez toujours, c'est qu'il y a des lois étemelles et absolues qui régissent le monde matériel : lois mathématiques, géométriques, physiques. Est-ce que j'ai jamais nié ces lois ? Est-ce que je n'ai pas, au contraire, commencé par les reconnaître et les procllamer en m'expriraant ainsi : « Je vais des lois émanant 9 de la volonté de l'homme ou des votes d'une ma- ]» jorité aux lois dérivant de la nature des * CHOSES? » Est-ce que je nie que la Terre existe et tourne? Est-ce que je prétends que la Terre
estTœuvre de rHomme, et que c'est lui qui la met en mouvement? Ce que je nie, c'est ce que vous affirmez quand vous dites qu'tï y a des lois étemelles pour les soci^tiès. Soyez donc sincère, soyez donc sérieux, ô mon contradicteur! La loi derêtre pensant, c'est de se mouvoir dans sa raison commelaloidechaqueastreest de se mouvoir dans son orbite. Quand Thomme s'y meut en toute liberté, il accomplit ainsi la loi de son être. Ce que vous appelez la raison de Dieu est alors pleinement satisfaite ; elle n'exige rien au-delà ! Les lois de l'Homme sont de procréer des idées dans l'ordre intellectuel^ comme il procrée des enfants dans l'ordre charnel. Ces idées sont ce qu'elles sont ; elles deviennent ce qu'elles deviennent. H y a des enfants qui naissent sains et vigoureux ; il y en a d'autpçsqui naissent infirmes ou difformes. Ceuxci heureusement sont l'exception. Pareillement, il y a des idées justes ; il y en a d'autres qui sont fausses ou faussées. Celles-ci, malheureusement, ne sont pas encore l'exception, mais elles ne tarderaient pas à l'être si le parrallélisme l'emportait, enfin, sur l'antagonisme de deux forces
qui n'ont rien de commun : la force matérielle et la force intellectuelle, La société est à la raison de THomme s'exerçant par le raisonnement ce que l'effet est h la cause. La raison de Dieu n'a pas plus de motifs d'y intervenir et n' j intervieiit effectivement pas plus que dans la construction d'une maison, d'un navire, vd'un chemin de fer. Si le constructeur d'un chemin de fer se trompe dans le calcul de ses courbes ou de ses pentes^ c'est sa faute, uniquement sa faute ; si le constructeur d'un navire méconnaît les rapports de^ la pesanteur et de la résistance , c'est sa faute ^ uniquement sa faute ; si le constructenr d'une maison ne tient aucun compte des règles de la statique , c'est sa faute, uniquem^at sa faute. La société est un effet ; la raison de Dieu n^est pouy rien ni dans la façon dont les pieds des Chinoises sont estropiés, ni dans la façon dont la tête des Omagas est aplatie entre deux planches, à l'opposé des Scythes, qui allongeaient celle de leurs, enfants ; ni dans la façon dont la peau d'un grand nombre de sauvages est tatouée ; ni dans la façon dont se mutilent les peuples qui ont su-
perstitieusement conservé la pratique de la circoncision. Que d'innombrables ' aberrations de ce genre on pourrait citer encore !
C'est par l'édifice qui s'écroule qu'on apprend à construire l'édifice qui ne s'écroule pas ; c'est par le navire que brise la tempête qu'on apprend à construire le navire qui lui résiste ; c'est par la nlacbineàvapeurquifaitexplosionqu'oB apprend à construire la machine à vapeur qui n'éclate plus ; laissez, laissez la raison de l'homme se f(H*« mer librement, à ses risques et périls, à l'école de l'expérience par l'expérimentation, et Id rdson trouvera ses lois, comme l'astronomie, comme la physique, comme la géométrie, comme la statique ont trouvé les leurs!
La raison ayant trouvé ses lois, toutes ses lois, la société sera ce qu'elle doit être.
. La société ne sera plus l'empire de la Force en guerre avec l'empire de la Kaison; elle sera l'empire de la Eaison s'étendant exclusivement, successivement, imiversellement» Elle ne sera plus le combat ; elle sera le progrès.
Ce n'est pas sérieusement que vous avez écrit
ce que je vais transcrire afiu qu'on juge de la valeur de vos arguments :
« Dieu a voulu que Thomme fut libre. Il n'emploie pas sa toute-puissance à vous contraindre d'observer ses lois; mais il vous abandonne à votre impuissance quand vous voulez vous séparer de lui.
♦» Ilest bien singulier que cette pensée delà liberté de l'homme, respectée par la toute-puissance de Dieu , ne soit pas même venue à l'esprit de l'écrivain qui porte si haut et si loin l'amour de la liberté illimitée ! Si M. de Girardin était tout-puissant, il nous impo* serait sa volonté et nous dicterait sa loi . Il ne comprend pas un Dieu qui n'écrase pas. Une autorité qui res^ pecte la liberté est tellement en dehors de sa nature, qu'il s'écrie : » Ce serait un Dieu qu'il faudrait relé- H guer parmi les faux dieux impuissants ou malfai^ H sants qui ont été successivement destitués après *» avoir été superstitieusement adorés. ♦? Ainsi, M. de Girardin destituerait les dieux qui donneraient la liberté. Il ne respecterait et ne servirait que les dieux imposant leur volonté et dictant leur loi. Quelle révélation ! »
Est-ce que Thomme est libre de ne pas naître,
de ne pas grandir, de ne pas marcher, de ne pas manger, de ne pas boire, de ne pas dormir, de ne pas se réveiller ? Si Dieu a ainsi contraint les hommes d'observer ses lois dans Vordre matériel, pourquoi donc se serait-il arrêté à mi-chemin et les aurait-il laissés libres de ne pas suivre ses lois dans Tordre intellectuel ? Vous faites ainsi un Dieu à votre image, c'est-à-dire un Dieu inconséquent, un Dieu qui permet dans Tordre iutdlectuel ce qu'n interdit dans Tordre matériel, un Dieu qui laisse aux hommes la liberté de blesser sa raison immuable, étemelle, universelle, mais qui ne leur laisse paslaliberté, sous peine de mort, de rester une semaine sans boire ni manger 1
Ce que je soutiens est précisément le contraire de ce que vous me faites dire.
Je soutiens que ITiomme naît avec Tentière lîberté de se mouvoir intellectuellement, au même titre qu'il naît avec Tentière liberté de se mouvoîï^ corporellement; ni plus ni moins. La raison deDieu n'intervient pas plusdans le second cas que dans le premier. Si l'homme n'est pas libre de se mouvoir corporellelnent,il n'est pas libre de se mouvoir in-
tellectuellement. Ilfaut s'entendre préalablement et expressément à cet égard. Selon moi : l'homme n'a pas la liberté de ne jamais se mouvoir, mais il a la liberté de se mouvoir dans tel sens de préférence à tel autre, aussi bien dans l'ordre intellectuel que dans l'ordre matériel. C'est dans ces limites que l'homme naît libre. L'orbite de sa liberté, c'est sa raison.
Que, sous aucun prétexte, aucune atteinte ne soit portée à cette liberté, et le monde social ira de lui-même comme va le monde physique.
Maïs qu'on y porte atteinte^ chaque nouvelle atteinte portée en rendra une autre nécessaire ; éelle-cî en rendra une autre indispensable, et ainsi successivement et sans fin, en tombant de mons- , truosités en monstruosités. Alors on aboutit, dans l'ordre intellectuel, au même résultat que celui auquel on arrive dans l'ordre matériel quand on ôte aux femmes la liberté de se mouvoir. On les estropie. On déforme leurs pieds, lesquels, comme en Chine, deviennent hideux et infects.
Empêchez une source d'obéir à sa loi ; empêchez-la de jaillir, elle ravinera ! Empêcher un
fleuve de suivre son cours, de prendre son niveau : que de canaux sans nombre il faudra inutilement creuser, que de travaux sans fin il faudra vainement exécuter !
On veut empêcher la raison d'obéir à sa loi ; on veut Tempêcher de jaillir, elle ravine ! on veut r^npêcher de suivre son cours, de prendre son niveau^ et l'on s'étonne de n'aboutir qu'à des tentatives sans solution, qu'à des expédients ^ns durée.
Une loi positive qui contredît une loi naturelle
ne réussit jamais qu'à attester Fimpuissance de
celle-là devant celle-ci.
. TTne autre objection est celle que vous formulez en ces termes t
•^ M. dé Gîrardin nie qu'il y ait itbe rdiaon étômdlç ^ «nivefseUe. Pour lui, toute la raisoR est dans la faculté de raisonner.
' n Qu'ilnous dise donc comment, en partant dumême principe» deux esprits placés, l'un à Paris, l'autre à Pâcin, arrivent à la même conséquence ! Comment Àrchimède a vu dans les propriétés du levier ce que tous nos savants y ont trouvé ; comment toute l'huma-
nité a quasi ratifié le jugement de Cambyse, faisant écorcher vif un juge prévaricateur I Si la raison était purement individuelle, pourquoi les hommes, en raisonnant, n'arriveraient-ils pas à des conclusionis, nonseulement différentes, mais opposées t Pourquoi ce que l'un a déclaré juste ne serait-il pas trouvé faux et inique par tous les autres ? Comment s'accorderaiton, même imparfaitement, sur un point ou sur un autreî »♦
En vérité, j'éprouve quelque embarras de répondre à des objections de cette puérilité. Il n'eût pas été plus puéril de me poser cette question : Pourquoi deux hommes, nés l'un à Paris, l'autre à Pékin, marchent-ils l'un et l'autre sur les pieds et ne marchent-ils pas l'un sur les pieds, Tautre sur la tète? D'ailleurs, est-il donc vrai qu'en raisonnant les hommes n'aitivent pas communément à des conclusions non^seulement différentes, mais opposées ? Est-ce que vous et moi n'en offrons pas en ce moment même l'ex^n^ pie ? Est-ce que, vous et moi, nous sommes d'ao« cord? Est-ce que le gouvernement russe ne trouve pas légitime sa conduite, que le gouverne-
ment français et le goaveniem^t anglais ont qualifiée d'inique? Est-ce que ces trois gouverne* ments s'entendent, quoiqu'ils admettent unanimement une raison éternelle et universelle? Est-ce que l'histoire comparée des peuples n'est pas un tissu de contradictions légales ?
Mais la grosse, la capitale objection que vous teniez apparenunent en réserve est celle que vous décorez ainsi du nom de problème,
« Comment ce qui est individuel peut-il devenir, nous ne dirons pas universel, M. de Girardin n'a pas cette ambition, mais général, ce qui serait nécessaire pour que le droit eût quelque force ! Voilà le problème vraiment insoluble qui se présente à Tesprit avec la définition de notre adversaire. Ce problème insoluble, il essaye de le résoudre. »
Où donc est le problème, et en quoi est-il in* sduble ? Est-ce que toute science ne commence pas par être individuelle avant de devenir universelle ? Est-ce que toute science n'est pas à la fois universelle et individuelle? Universelle, puisque toute découverte scientifique faite par un individu profite au monde entier, et individuelley
puisque nul ne sait que ce qull s'est donné luimême la peine d'apprendre ? La science s'impose universellement et s'acquiert individuellement. C'est même en cela qu'elle diffère de l'art qui est moins universel et plus individuel. On naît artiste, on devient savant.
Vous n'admettez pas, je m'y attendais, qu'on réduise le Mal à n'être plus qu'un Bisque, Yoici votre objection :
« Nous doutons que le calcul de la rédjyrodté soit très raisonnable pour préserver les hommes du risque du mal. Le calcul de M. de Girardin serait juste si Ton ne volait que les voleurs, si Ton ne tuait que les assassins ; mais il n'en est pas ainsi. Si Thonnête homme auquel on a pris sa bourse ; si le voyageur pacifique qui a été blessé par un brigand prenait au pied de la lettre la loi de réciprocité, s'il raisonnait comme M. de Girardin veut qu'il raisonne, ne devràit-il pas dire : On m'a volé, donc il faut que je vole ; oii a voulu m'assassiner» donc il faut que j'as6assine^ Si la société n'avait pas d'autre' garantie que la raison humaine telle que M. de Girardin la définit ou l'explique, que deviendrait-elle 1 La raison de Dieu dit à la raison de
rhomme : « Tu ne tueras pas, tune voleras pas. ♦» Elle le lui dit avec l'autorité que le Créateur a raisonnablement sur sa créature, et avec la sanction des peines dans cette vie et dans Tautre.
« Croire que vous suppléerez à Dieu par le calcul, le raisonnement, c'est la folie des folies ! Le raisonnement et le calcul, s'il n'y avait pas de Pieu, vous porteraient à tous les crimes. »
Telle est cette autorité, telle est cette sanction qu'en effet, dans notre société, gouvernée depuis tant de siècles en vertu des doctrines qui ont pour fondement la raison de Dieu, on ne tue ni on ne vole !
.. Les comptes rendus de la justice criminelle,, qui se publient annuellement, sont des romans imprimés pour distraire Vimagination et la transporter dans une autre région que celle des réalités (1).
(1) Anunellement, il sort, non des bagnes, mais des prisons ordi< naires, de 40 à 50,000 voleurs, prêts à tremper leurs mains dans le sang ; et sur ce nombre il y en a 6, 7 ou 8,000 au moins qui ne valent pas mieux que les forçats et sont aussi dangereux pour lasociété.
Lelut. Corps législatifs 2 mai 1854:. Loi sur Texécutionde la peine des travaux forcés.
Mais le sujet est trop sérieux pour comporter la raillerie, quoique vous paraissiez vous être donné pour tâche de la provoquer en démontrant exactement le contraire de ce que vous tent^ de prouver.
Présentement, à quels moyens la sodété mcourt-elle contre le voleur et contre Fassassin ? Se substituant au volé et agissant à sa place, elle arrête, elle juge, elle emprisonne le voleur ; mais
On a arrêté à Paris, pendant Tannée 1852, 21,316 personnes, dont 19,695 en flagrant délit. Sur ce nombre, les garçons mineors entraient pour 6,228, et les filles mineures pour 581, les vagabonds pour 6,414, les mendiants pour 2,698, et les individus sans asile pour 1,396, c'est-à-dire que l'on a arrêté et exposé à la contagion des prisons 10,508 individus qui n'avaient commis ni crime, ni délit.
MAIS017S CENTRALES. Aoppore du ministre de V intérieur, Il mai 1854.
1852 Mouvement d'entrée 28,861
Entrées. 10,460
Sorties 9,141
Effectif au 21 décembre 1852 19,720
Augmentation progressive sur les années antérieures.
Libérations, 6,926, soit 35 0/0.
Proportion inquiétante, si l'on considère que, d'après les statistiques crimine'.les, sur 100 libérés des maisons centrales, 37 pour les hommes et 25 pour les femmes (62) sont ordinairement jugés de nouveau dans les cinq années qui suivent leur libération.
Cette proportion est bien plus considérable dans les établissements qui avoisinent la capitale. Un rapport du directeur de la maison centrale de Melun, sur les entrées du dernier semestre êe 1853, w constaté le chiffre de 70 récidiviefes sur 100 condamnés.
le volé eu a-t-îl été moins volé? Se substituant à l'assassiné, et agissant à sa place, elle ai^ète, elle juge, elle guillotine l'assassin ; mais l'assassiné en a-t-il été moins assassiné, et la mort du meurtrier rend-elle la vie à sa victime?
Qu'est-ce que je propose ?
Je jMtypose de s'y prendre, avec le mal transformé en risque, comme Franklin s'y est pris avec la foudre. A-t-il imaginé de lui intenter des procès, de lui faire subir des condamnations, de lui appliquer des peines ? Non ; il a été droit de l'effet à la cause, sans s'arrêter à l'effet. Je propose d'aller droit au vol, au meurtre, au lieu de s'arrêter au meurtrier, au voleur. Je propose de remplacer, la pénalité par la publicité (1 ). Je propose de traiter le mal comme le médecin traite la maladie. C'est un axiome admis en médecine que tout état morbide se révèle par ses symptômes. Donc, il faut les étudier et non les supprimer.
Pourquoi vole-t-on ? En quelles circonstances
(1) Les républiques anciennes n^avaient pas de lois judiciaires pour punir les crimes et réprimer la violence.
AVftTOTE, dté par yico.
plus particulièrement vole-t-on ? Où se recrutent les voleurs? etc., etc. Pourquoi tue-t-on? Eu quelles circonstances plus particulièrement tuet-on? Où se recrutent les meurtriers? etc., etc.
Telle est Tenquête permanente que je commencerais par ouvrir.
Si cette enquête m'apportait la preuve que les hommes dépourvus d'instruction commettent, toute proportion gardée, plus de vols et plus de meurtres que les hommes sachant lire, écrire, compter, au lieu de dépenser de l'argent à construire et à entretenir des prisons, j 'appliquerais cet argent à construire et à entretenir des écoles ; si cette enquête m'apportait la preuve qu'il se
commet plus de vols la nuit que le jour, et que les condamnés, loin de s'amender, se pervertissent encore dans les maisons dites de force et de correction, au lieu de dépenser de l'argent à loger, nourrir, vêtir des malfaiteurs, j'appliquerais cet argent à multiplier le nombre des réverbères et à solder une vigilante police de sûreté ayant l'œil ouvert toute la nuit. Je me servirais du mal-: faiteur pour me guider dans mes recherches,
comme on se sert de rexhalaison du gaz pour reconnaître une fuite dangereuse, ou de la fumée pour découvrir un incendie caché ; je m'en servirais comme d'un indice utile, jusqu'à ce que j'eusse détruit, ou du moins considérablement diminué, l'une après l'autre, les causes génératrices du vol et du meurtre; et en procédant ainsi, je ne ferais que suivre les traces marquées par saint Vincent de Paul. Si vous pensez que les infanticides sont des crimes, et si vous croyez que le nombre en a été diminué par l'institution des tours d'exposition, vous devez reconnaître avec moi qu'au lieu de viser le criminel à la tête, il est plus sûr de viser le crime au cœur. Mieux encore : où la naissance d'un enfant ne serait ni une honte ni une charge , croyez- vous qu'il se commît jamais d'infanticides en d'autres cas que dans des accès de fièvre et de délire ? Où les misons sont toutes construites en pierre et couvertes en tuiles, croyez-vous qu'il n'y a pas un moins grand nombre d'incendiaires qu'où elles sont construites en bois et couvertes en chaume (1)? Où il existe des
(1) On vous avertit que si, la nuit, le feu prend dans le quartier, il
grandes routes, comme en France, croyez-vous qu'il ne se commet pas un moins grand nombre de vols à mains armées qu'eu Espagne ? Donc, on peut tarir le crime à sa source, ce qui est un moyen plus simple et plus efficace que de tenter de l'arrêter tardivement dans son cours alors qu'il a creusé son lit et submergé ses rives. Sans doute l'application de ces idées n'aurait point pour effet d'anéantir immédiatement et entièrement tous les malfaiteurs, mais est-ce que le système en vî* gueur les supprime tous? Est-ce que ce n'est point pour rentrer dans les maisons de force et de correction comme récidivistes, que 70 sur 100 condamnés à temps en sortent comme libérés?
Est-ce que le Code pénal est un filtre qui ne laisse déposer aucune lie au fond de la société, dont il se proclame la garantie ? Est-il bien certain que si le Code pénal n'existait pas, il se commît un
y a un refuge dans tel couvent voisin ou dans telle maison bâtie en pierres; ainsi, l'incendie est habituel, il doit être prévu, il est une des conditions de la vie à ConUanlinopîe, Jamais il n^est permis de fermer les yeux avec sécurité ; le riche qui dort sur ses trésors est constamment exposé à les perdre avec la vie, ou au moins à risquer sa vie pour les conserver.
DUO DE BAOUBB. Votfoge m Orient,
Icancoup plus grand nombre d'actes nuisibles qualifiés crimes et délits? N'y a-t-il pas, au contraire, lieu de supposer que le nombre s'en réduirait rapidement et notablement, si ces actes n'étaient plus considérés que comme des risques qu'on peut prévoir et prévenir, combattre et diminuer en s'attaquent non à l'effet mais à la cause, en s'attacbant non à l'ombre mais à la proie? Le criminel n'est que l'ombre du crime. Par la clarté de la flamme, l'homme est parvenu à dissiper l'obscurité de la nuit, et, à la lueur d'une torche, d'une bougie, d'une lampe ou d'un bec de gaz, à j voir la nuit aussi distinctement que le jour : le plus difficile, c'est ce qu'il a fait ; le moins difficile, c'est ce qui lui reste à faire. 11 lui reste, par la clarté de la publicité, à tîrer k société, œuvre de l'homme, de l'obscurité dans laquelle elle est encore honteusement plongée ; îl lui reste à donner à cette clarté un tel éclat qu'elle rende en quelque sorte transparente la vie de chacun et la vie de tous. Si la conscience était diaphane, si chacun y pouvait lire, croit-on que la plupart des crimes et des délits qui s'our-
dissent et se commettent, s'ourdiraient et se commettraient encore? Est-on bien sûr que Fhomme naît criminel? Est-on bien sûr que beaucoup de crimes et de délits qui sont imputés à l'homme soient autre chose, en réalité, que les souillures d'une société encore emmaillottée dans ses langes? N'est-on pas communément enclin à faire à ce qu'on appelle les vices de l'honmie une trop forte part, et à en faire une trop petite à ce qu'on devrait nommer, dans une autre acception, les vices de la société ? N'y a:t-il point là i^ie erreur funeste que nous payons chèrement et que nous expions cruellement?
Oui, sans doute, mes idées admises et appliquées, il resterait encore un certain nombre dç risques impossibles à faire disparaître entièrement. Mais, est-ce que le feu qui chauffe n'incendie pas ? Est-ce que l'eau qui féconde ne ravage pas ? Est-ce que le vent qui fait avancer la barque ne la fait pas chavirer ? Est-ce que le soleil qui fait mûrir les moissons ne fait pas mour rir le moissonneur ? Est-ce que la gelée qui ^ là, est salutaire, ici n'est pas contraire? Est-ce que
la vapeur, qui est une force, n^est pas un péril ? A cause de ces risques renonce-t-on à Tusage de l'eau et du feu, demande-t-on la suppression du vent, du soleil, de la gelée, de la vapeur? Est-ce qu'il n'y a pas de risques en tout? Est-ce que tout n'est pas risque ? Est-ce que l'homme marche sans le risque de tomber ? Est-ce qu'il cherche la vérité sans le risque de rencontrer l'erreur ?
Toute la question se réduit donc à savoir quelle part dans une société il faut faire aux risques sociaux, et s'il vaut mieux , pour en réduire le nombre, s'en rapporter aux lois dérivant de la nature des choses qu'aux lois émanant de la volonté d'un souverain ou des votes d'une assemblée?
Il ne s'agit point de suppléer Dieu par le calcul, par le raisonnement ; il s'agit uniquement d'employer le calcul et le raisonnement dans ce qui est essentiellement de leur ressort. A quoi servirait d'avoir découvert le levier s'il ne devait rien y avoir à soulever? A quoi servirait d'avoir inventé le compas et Téquerre , s'il n'y avait pas de cercles à tracer, de distances à
mesurer, de lignes à vérifier? Le calcul et le raisonnement sont des instruments.
Prétendre qu'ainsi employés , le calcul et le raisonnement porteraient à tous les crimes, équivaut à dire que perfectionner la construction des navires, c'est augmenter les risques de naufrages ; que remplacer le bois et le chaume par le fer et le zinc, c'est augmenter les risques d'incendie ; que remplacer les rues sales et insalubres par des rues propres et aérées, c'est augmenter, en cas d'épidémie, les risques de contagion, etc. Appliquer le calcul et le raisonnement, n'est-ce donc pas appliquer la première de toutes les lois éternelles et universelles, celle qui constitue rincontes1;3,ble supériorité de l'homme, être pensant, sur tous les êtres dont l'infériorité consisté à avoir été privés de la faculté dépenser?
Assez et trop longtemps on a fait des lois sans faire de mœurs. Où cela nous a-t-îl menés, où cela nous mène-t-îl ? Essayons donc de faire des mœurs sans faire de lois ! Que la morale, remontant à son sens étymologique , soit effectivement la science des mceursj et non-seulement j'admettrai la néces-
sité de la morale, mais je la proclamerai! Assez, et trop longtemps, on s'est défié de la raison dont chaque homme apporte avec lui le germe en naissant, et qui, comme fruit, a besoin de mûrir. Les tuteurs intéressés qui Tout frappée de suspicion, afin de prendre sa place, qui ont retardé sa maturité, nous ont-ils donc si bien conduits dans les voies de l'équité et de la vérité, qu'on doive continuer à se confier à eux de préférence à elle? Qui prouve que la raison collective soit plus éclairée et moins sujette à Terreur que la raison individuelle ? Est-ce l'histoire ?
S'il est vrai qu'il existe des lois étemelles et divines « régissant les sociétés, » ainsi que vous l'affirmez, pourquoi donc ne point s'en rapporter exclusivement à ces lois, pourquoi donc leur préférer, leur substituer des lois passagères et factices? J'ai démontré, textes en main, que ce que vous appelez le Droit, que ce que vous appelez la Kaison de Dieu, que ce qui, selon elle, selon l'Evangile, serait le Bien, aboutirait à la chute de toute justice humaine, de toute hiérarchie sociale, de toute autorité dominatrice, de toute ri-
chesse inégale, de toute la société, enfin, telle que Vont formée et transformée la succession des siècles, la succession des idées. Ne pouvant contester cette démonstration, vous avez gardé le silence. C'est de la même façon, c'est en vous taisant, que vous confessez Timpuissance, l'impossibilité de répondre aux questions que je vous avais posées en ces termes : Si les sociétés sont soumises à des lois éternelles et divines, comment expliquez- vous que telles générations aient pu ou puissent avoir un sort si difierent du sort de telles autres générations ? Quelles compensations seront données à Thomme qui aura vécu le corps courbé sous l'esclavage , sous le servage, sous l'oppression, tandis que son semblable vit ailleurs la tête haute, en pleine possession de luimême et ne relevant que de sa seule raison ? Comment et où se réglera Tégalité rompue entre ces deux hommes ?
Eluder toutes les questions précises que je vous avais adressées et ne reproduire que de vaines objections déjà réfutées : tel a été le suprême effort pour lequel, malgré votre grande expérience
de la controverse et votre incontestable talent d'écrivain, il vous a fallu sept dissertations et quinze jours I
Mais si vous avez échoué où il était impossible d'aborder, une consolation vous reste, c'est den'avoir pu aborder où avant vous déjà avait pareillement échoué Vico essayant de rectifier Descartes .
Je ne saurais voir pourquoi Ton devrait supposer que Dieu imprime certains principes universels dans l'âme des hommes, puisque les principes de spéculation qu'on prétend être iniiés ne sont pas d'un fort grand usage, et que ceux qui concernent la pratique ne sont point évidents par eux-mêmes.
En refusant aux principes de morale la prérogative d'être innés, qui ne leur appartient point, on n'affaiblit en aucune manière ni leur vérité ni leur certitude.