‹ Le droitChapitre 5 sur 14 · LOCKE · texte numérisé non relu

LOCKE

Exîste-t-il des lois universelles, éternelles, immuables régissant Thumanité?

— Oui ; et la preuve que ces lois existent, c'est leur éternité, c'est leur universalité, c'est leur immuabilité, manifestes, incontestables, incontestées.

Existe-t-il des lois universelles, éternelles, immuables régissant les sociétés?

— Non ; et la preuve que ces lois n'existent

pas, c'est leur absence démontrée par cinq mille hnit cents ans de recherches infructueuses.

L'humanité est une, composée d'homnuis et de femmes, d'enfants et de vieillards, les uns bien et les autres mal partagés sous le rapport du lu force, de la beauté, delà santé, de Tintelligence ; elle est ce qu'elle fut, elle est ce qu'elle sera.

Les sociétés sont diverses, elles ne sont pluB ce qu'elles furent et ne sont pas ce qu'elles seront. Il suffit d'un homme dans un siècle pour transformer une société, pour la tirer de la barbarie ou pour l'y replonger.

Pourquoi l'humanité est-elle une? Parce qu'il n'est pas au pouvoir de l'homme de l'assujettir à sa volonté.

Pourquoi les sociétés sont-elles diverses ? Parce qu'étant ce que l'homme les fait, elles varient selon que le raisonnement exerce sur elles plus ou moins d'empire. Elles sont le ratiomètre marquant le degré de civilisation ou de barbarie, comme le thermomètre indique le degré de chaleur ou de froid.

L'humanité, c'est Tordre étemel, universel, immuable.

La société est Tordre successif, partiel, mobile-

L'humanité ne peut se concevoir sans Tordre éternel^ universel, immuable.

La société, qui ne serait pas Tordre successif, partiel, mobile , ne serait plus la société, ce serait l'humanité.

Votre erreur est de persister à confondre l'humanité et les sociétés.

Qu'est-ce qui distingue l'homme de tous les autres êtres vivants, et qu'est-ce qui constitue sa supériorité sur eux? C'est la faculté de raisonner, c'est la force intellectuelle dont il a été exclusivement doué.

Que doit donc faire l'homme? L'homme doit s'appliquer sans relâche à étendre, par tous les moyens directs et indirects, cette force intellectuelle qui est en lui, qui est sa « loi dérivant de la nature des choses^ j> suivant l'expression consacrée de Montesquieu.

C'est cette force intellectuelle qui le fait libre !

C'est cette force intellectuelle qui le fait souverain !

L'homme commandant à la matière, à tous les êtres privés déraison, et n'obéissant qu'à la raison : voilà ce qui constitue la souveraineté individuelle, la liberté humaine !

Est-ce que l'homme qui aspire à commander n'a point assez, pour exercer sa puissance, de maîtriser les éléments, de subjuguer les animaux, de convertir les résistances en forces et les obstacles en moyens? Est-ce que -la nature, moins rhomme, n'est pas pour l'homme un empire assez vaste que l'homme ait encore besoin de commander à l'homme? A quel titre un homme commande-t-il à ses semblables, à ses égaux, à ses frères ? Lorsqu'ils lui obéissent, est-ce volontairement? Lui obéiraient-ils s'ils étaient matériellement les plus forts, s'il était matériellement le plus faible? Commander à son semblable aussi bien que lui obéir, c'est s'amoindrir, car c'est donner la mesure de la petitesse humaine. Ne céder qu'à la persuasion ou qu'à l'évidence : telle

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